Selon Kadhafi, la démocratie n'est pas bonne pour la Mauritanie, voire pour l'Afrique. A travers cette déclaration, appelant le camp du président déchu à 'accepter le fait accompli', après le coup d'Etat du 6 août 2008, le guide libyen a mis le Front national pour la défense de la démocratie dans tous ses états. Le guide libyen, Mouammar Kadhafi, n'a pas laissé de bons souvenirs en Mauritanie. En application du mandat qui lui avait été confié par le groupe de contact international sur la Mauritanie, il devait rechercher une solution consensuelle à la crise institutionnelle et politique qui prévaut dans le pays.
Au cours d'une réunion au Palais des congrès, qui a vu la participation du général Ould Abdel Aziz, des dirigeants du Front national pour la défense de la démocratie (Fndd), du leader du Rassemblement des forces démocratiques (Rfd), Ahmed Ould Daddah, des responsables des deux chambres du Parlement, etc., Kadhafi s'est rangé du côté de la junte. Il a fustigé le camp adverse. Le guide libyen a déclaré que la démocratie n'était pas bonne pour la Mauritanie et l'Afrique de façon générale. Selon lui, les coups d'Etat sont le mode d'accès au pouvoir le plus usité en Afrique ; et que 'la négociation était terminée'.
Les dirigeants du Fndd et une partie du public n'eurent alors d'autre choix que de se retirer de la salle pour marquer leur rejet des propos de Kadhafi. Ce dernier choisit alors ce moment précis pour entonner, debout le bras levé, un slogan : 'En avant pour le six six ! En avant pour le six six !', en référence à l'agenda électoral de la junte.
Selon la direction du Fndd, certains de leurs dirigeants avaient rencontré l'équipe libyenne à laquelle elle fit part de ses observations globalement favorables à la proposition libyenne, sous réserve de certains amendements destinés à souligner la référence au Corpus des décisions de l'Union africaine ainsi que certaines mesures de nature à conférer plus de crédibilité au dialogue à entamer. Après cette rencontre, la partie libyenne, relève-t-on, avait promis de remettre au Fndd, une heure plus tard, sa proposition officielle de document cadre à soumettre à la signature des parties concernées. 'Nous avons été surpris d'apprendre dans la soirée, par la voix du chef de l'équipe libyenne, sur une chaîne satellisée, qu'un accord entre les parties a été trouvé et qu'il serait signé le lendemain', avoue le porte-parole du Fndd.
'Plus tard, ajoute notre interlocuteur, le même responsable libyen remit au Fndd un document qui, dès la première lecture, s'est avéré sans aucun rapport avec la première version et épousait manifestement l'agenda unilatéral en cours de la junte, au point qu'il s'est donné pour principal objet de définir les modalités d'organisation de la mascarade électorale du 6 juin 2009 telle que planifiée et orchestrée par le général Ould Abdel Aziz pour résoudre sa propre crise de légitimité'.
Après cette gifle du guide libyen, qui vient de raviver la tension entre les deux camps, le Fndd se déclare scandalisé que le président en exercice de l'Union africaine, qui est censé faire respecter et veiller à la mise en oeuvre des décisions de l'Ua, puisse prendre le contre-pied des décisions de l'Ua et soutenir, en particulier, la candidature du général Oud Abdel Aziz. Kadhafi entre ainsi en contradiction flagrante avec la communauté internationale.
En outre, le président déchu, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, a exprimé sa grande déception et sa profonde amertume devant l'échec de cette médiation. Et pour manifester sa peine, Cheikh Abdallahi déclare qu'il laisse au peuple mauritanien et aux observateurs étrangers le soin de tirer les conclusions qui s'imposent du sort qui lui a été réservé au cours de cette visite, organisée sous l'égide du pouvoir putschiste. Ainsi, depuis son départ, les partisans du président déchu, pour manifester leur colère, ont brûlé et déchiré les effigies du guide libyen qui embellissaient un peu partout la capitale Nouakchott.
De mémoire d'observateurs, jamais on n'avait vu le Fndd et le Rfd adopter une démarche commune pour défendre une cause : celle de rejeter les résolutions du guide libyen. Dans un communiqué conjoint, ces deux parties ont fustigé la regrettable prise de position de Kadhafi en faveur des autorités en place au lieu de la recherche d'un consensus entre toutes les parties. Pour lui renvoyer la balle, ils annoncent que 'la réunion du 11 mars 2009, qui était censée fixer le cadre et les procédures de travail pour instaurer un climat de confiance indispensable à un dialogue fructueux, n'a malheureusement abouti à aucun résultat'. Les deux parties adressent un appel pressant à l'opinion et à l'ensemble des acteurs politiques nationaux pour une prise de conscience de la nécessité de poursuivre leur lutte. L'idée est de rejeter toute solution unilatérale et tout fait accompli pour aboutir à une solution de sortie de crise consensuelle.

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