Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Eboa Lotin aux bons soins des siens

Stéphane Tchakam

22 Mars 2009


Sa famille vient de faire paraître un coffret de 3 CD et d'aménager un site Internet. Ce sont les mamans, papas, tatas et tontons qui vont être contents. Eux qui fredonnent souvent les « Martine », « Ngon'a Mulato », « Matumba Matumba », « Da Longo » ou « Mbemb'a mot'a sawa ». Avec une pointe de nostalgie et de regret.

Une époque, pensent-ils alors, est définitivement passée, emportant avec elle monsieur Eboa Lotin, chansonnier et musicien émérite, figure du Panthéon de la chanson africaine, disparu le 6 octobre 1997. Et si nos parents chantent aujourd'hui encore ses chansons, c'est bien parce que ces titres-là ne souffrent pas de la patine des ans. Eternelles. Comme leur interprète.

En revanche, le couac jusqu'ici était la quasi-impossibilité à retrouver et à rassembler ce répertoire inédit. Sauf à jeter son dévolu sur les compilations que messieurs les « rapetous », euh pardon, les pirates, proposent au nez et à la barbe de la conscience collective (il y en a une, n'est-ce pas ?). A des prix galvaudant le talent, piétinant le travail d'une icône et au mépris de la mémoire d'un grand homme.

Mémoire. C'est le mot. Celle sur laquelle veillent celle et ceux qui en ont la légitimité naturelle, le juste devoir et en vertu d'une légalité entendue. Depuis bientôt douze ans. En silence. La succession Eboa a donc repris les choses en mains et posé un acte qui a rempli récemment la salle du Centre culturel français de Douala.

Ce jour-là, Jacqueline Eboa, digne, et Henri, son fils, brave, présentent le « Collector Remember Eboa Lotin », précieux coffret de trois CD contenant le meilleur de l'artiste de référence. Et pour compléter la démarche, ils ont également aménagé un site Internet, www.eboa-lotin.com. Où on peut, à présent, très officiellement, se souvenir, se renseigner, savoir. La mémoire, disions-nous.

Après le mausolée que la succession avait édifié au cimetière du bois des Singes, à Douala, là où repose Eboa Lotin, il en fallait plus pour que le père de « Elimb'a dikalo » reste en vie. Très esthétique, le coffret est un vrai trésor. 32 titres entre ballades, méditations et vibrations, choisis parmi les titres cultes et les classiques du créateur. Avec une valeur ajoutée que l'on retrouvera dans ces lyrics et ces traductions pour ceux qui ne parlent et ne comprennent pas le duala. Enfin !

Et sur le site, on en saura bien plus sur ce qu'aura été la vie et la carrière du chanteur. Que dire de plus? Que l'on est à présent certain qu'il restera bien quelque chose d'Eboa Lotin et qu'une partie majeure du patrimoine artistique et musical de notre pays sera préservé, sauvegardé, perpétué et transmis.

C'est pour cela qu'ailleurs, Georges Brassens, Edith Piaf ou Tino Rossi sont toujours vivants et que la France est si fière. Où sont-elles, les chansons de Medjo Me Nsom Jacob ? Ces oeuvres fondatrices sont-elles vouées à disparaître ? Qui peut raconter l'histoire de ce guitariste, interprète de « Bengon Ya Melu Ma », « Dulu Ya Gabon » ou d' « Awulu Wula » ? Des questions pour chacun et chacune d'entre nous.

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