Cadre administratif, Sérigne Mbacké Fall alias Hervé est le vice-président de l'Association culturelle Sénégal-Cuba. Dans cet entretien, il jette un regard sans complaisance sur la musique salsa au Sénégal.
Vous êtes l'un des gardiens du temple de la salsa au Sénégal. Pourquoi cette musique n'a plus son lustre d'antan ? Est-elle définitivement détrônée par le mbalakh ?
« Non, jamais ! Le mbalakh a ses propres adeptes ; la salsa elle aussi a ses fanatiques, les salseros, sonéros ou cubanophiles. Ils sont encore là, je veux parler de nos aînés qui ignoraient d'ailleurs ce nouveau mot qu'est salsa et qui aujourd'hui est collé à la musique dite cubaine.
Nous, à notre époque, on disait cha cha cha ou pachanga. Je dis bien à notre époque, c'est à dire de 1955 à 1980. La salsa est un terme qui, comme le Jazz, englobe d'autres rythmes.
Les Portoricains installés à New York ont commencé à jouer de la musique cubaine tout en y apportant leur propre cachet. C'est un timbre commode qui signifie sauce et qui désigne aujourd'hui ce qu'on appelait autrefois musique typique.
Au début, les Cubains ont été un peu irrités en voyant qu'on désignait par salsa des rythmes qu'ils avaient inventés, mais aujourd'hui, ils n'hésitent plus à l'employer. Le mbalakh n'a rien à voir avec la salsa. Ce n'est ni le même rythme ni la même danse. Bien entendu, ce ne sont plus les mêmes personnes ni le même public qui écoutent ou qui dansent la salsa »
Quel regard portez-vous sur les nouveaux albums salsa au Sénégal ?
« Les albums ne sont plus ce qu'ils étaient car, la musique a un peu changé à cause des instruments modernes. Les mélodies ne sont plus très belles, ça va vite, il y a beaucoup de bruit car, les orchestres sont pressés de produire des disques et n'ont donc plus de temps pour bien satisfaire les mélomanes. Il faut dire que nous sommes trop nostalgiques et conservateurs ».
La salsa mbalakh répond-elle aux attentes des salseros que vous êtes ?
« Les musiciens qui font de la salsa mbalakh y ont ajouté des notes venant de notre culture et le rythme est typiquement sénégalais. Malgré le manque de moyens, les orchestres sénégalais se débrouillent avec ce qu'ils ont pour nous faire revivre le bon vieux temps.
C'est bien ce qu'ils font car c'est notre culture à nous tous. J'aime bien leur style, mais ils ne peuvent pas remplacer dans nos coeurs la musique dite cubaine, ce n'est pas possible. Nous sommes des mordus de contrebasses, de congas, de violoncelles, de guiros, etc. Ah, le bon vieux temps ! ».
Qu'est ce qui fait le charme de la musique salsa ?
« Il n'y a pas de secret en salsa, il faut savoir d'abord la danser. Et avant de danser cette musique, il faut que le corps et l'esprit vivent en parfaite harmonie, qu'il y ait un équilibre réciproque.
Il faut s'habiller correctement, bien cirer les chaussures, bien se coiffer et se présenter correctement devant sa cavalière pour lui demander gentiment de bien vouloir danser avec toi. Il y avait un respect de part et d'autre. C'était extraordinaire !!! ».
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