Robert Kongo
28 Mars 2009
interview
Kinshasa — Après 30 ans de silence, Dona Mobeti, le patron de la «Base missile du village Molokaï», vient de mettre sur le marché du disque son nouvel album intitulé «Chérie Kadetti». L'oeuvre comporte 9 titres superbement arrangés avec le concours de Papa Wemba et Danos Canta Nyboma.
Vous venez de renouer avec la musique. «Chérie Kadetti», votre nouvel album, est sur le marché depuis le mois d'octobre dernier. 30 ans après, était-il facile de prendre cette décision?
Je n'ai eu aucun mal à me décider. La musique, je l'ai dans le sang et c'est un choix qui date de ma jeunesse. Je peux faire autre chose, mais le démon de la musique finit toujours par me rattraper. Toute autre activité que je puisse exercer, ici ou là, ne vaut pas ce que je ressens quand je fais de la musique. C'est une passion. La musique a fait de moi ce que je suis devenu aujourd'hui. La musique, c'est ma vie. Indépendamment de ma volonté, j'ai dû arrêter cette activité quand j'ai mis mes pieds en Europe. Il fallait me battre pour assurer la stabilité de ma famille. Evidemment, c'était une priorité pour moi. Et pour y parvenir, j'ai dû consentir des sacrifices: exercer d'autres métiers et faire un break avec la musique. Comme je m'étais lancé dans les affaires, je ne pouvais donc me consacrer pleinement à la musique. Toutefois, pendant mes heures de loisirs, j'écrivais des chansons dont quelques unes se retrouvent dans cet album. Pour réveiller le souvenir des mélomanes, j'avais décidé de reprendre les vieilles chansons du groupe Cavacha, prologue à celui qui suivra avant la fin de cette année. «Chérie Kadetti» marque, à cet effet, le retour en force du commandant Dona Mobeti.
Les critiques disent que vous vous êtes bien adapté à la nouvelle tendance. Qu'en pensez-vous?
Je suis un artiste musicien à part entière: j'ai la dextérité et l'expertise de ce métier. Il faut bien vivre avec son temps, non? Alors, on essaye de coller à cette réalité. Si les critiques estiment que je ne m'en suis pas mal sorti avec un style dévolu à la nouvelle génération, c'est tant mieux. Je n'ai d'ailleurs pas perdu de ma superbe. Et il faut également reconnaître que ces jeunes ont du talent. Que je m'inspire de ce qu'ils font aujourd'hui ou qu'eux reprennent certaines partitions de nos oeuvres d'antan ne pose aucun problème. Notre souhait à tous est que la musique congolaise aille de l'avant. Nous devons travailler ensemble, jeunes et vieux, dans une entente parfaite et arrêter les polémiques stériles. Les musiciens congolais, toutes générations confondues, doivent prendre conscience de cela. Nous devons nous aider mutuellement. Dites-moi, qui pense au sort d'Evoloko qui croupit en prison? Pourquoi les musiciens congolais ne se mobiliseraient pas pour revendiquer sa libération auprès des autorités congolaises? N'a-t-il pas déjà payé pour la faute commise? Nous devons agir, ici et maintenant, avant que le pire n'arrive à notre frère et collègue Evoloko. C'est ainsi qu'on pourra témoigner de l'amour entre nous.
«Chérie Kadetti» est un chef-d'oeuvre: des belles chansons et un arrangement musical réalisé avec finesse et talent. Une satisfaction pour l'artiste que vous êtes?
Une grande satisfaction. Comme vous le soulignez, à juste titre d'ailleurs, tous les artistes qui ont participé à la réalisation de cet album l'ont fait avec intelligence et talent. Je les remercie de leur coup de pouce, car j'en avais besoin: dans la chanson «Chérie Kadetti», le titre phare de l'album, Papa Wemba a prouvé, par sa voix mélodieuse et talentueuse, qu'il avait de la grâce. De même, Danos Canta Nyboma, chanteur à la voix douce, a imité avec brio le timbre vocal de Mambo Ley. Popolipo, le guitariste soliste que d'aucuns qualifient de guitariste porte bonheur, a fait dans la qualité. Et Diblo Dibala, le guitariste inventif a excellé, encore une fois, dans le soukous dont il détient seul le secret. Voilà, j'étais entouré d'un aréopage musical qu'on ne présente plus.
Etes-vous nostalgique de l'époque du tandem Mopero-Dona Mobeti?
Oui, je dois avouer que Mopero et moi avions fait de bonnes choses ensemble et le style Cavacha, je ne le dirai jamais assez, était unique. Certains musiciens congolais qui ont le vent en poupe s'en sont inspiré. Cela ne me gêne nullement. Bien au contraire, cela perpétue le style Cavacha. Vous savez autant que moi, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.
Les groupes Cavacha et Shama-Shama avaient pratiquement le même style musical. Vous ne pouviez vous démarquer de Mopero ou vice-versa?
Les groupes Cavacha et Shama-Shama, c'est la même chose. Toutes les chansons enregistrées par le groupe Shama-Shama, et qui ont connu du succès, sont à l'origine les oeuvres du groupe Cavacha. Et le fondateur et leader de ce mouvement musical, c'était moi. Les mélomanes peuvent le témoigner. Mais, comme les auteurs de ces chansons m'ont quitté, floué par M. Matumona Billy desEditions Biby, ils les ont toutes reprises dans le groupe Shama-Shama. De là haut, si Mopero m'entend ou me voit ne me contredira pas. Qu'on veuille l'accepter ou pas, sachez que mon inspiration et mes idées ont également contribué au succès du groupe Shama-Shama. C'est la raison pour laquelle je n'ai jamais fait de distinction entre les deux ensembles musicaux. Pour une meilleure compréhension des mélomanes, je ferai dans les jours qui viennent une vidéo pour expliquer cet épisode de ma carrière musicale.
Etes-vous un artiste heureux?
Heureux pour avoir tracé seul ma voie. J'ai débuté au côté de Jeannot Abumba, le frère cadet d'Abeti Massikini, et c'est lui qui m'a mis le pied à l'étrier: il m'a donné goût à la musique. Depuis, j'ai volé de mes propres ailes. Je n'ai bénéficié d'aucune aide ou du soutien d'un quelconque mécène. Personne ne pourra lever son petit doigt pour dire que: «j'ai fait Dona Mobeti». Toute ma carrière, je me suis battu seul. Le groupe Cavacha est ma plus grande satisfaction, car tout le monde reconnaît aujourd'hui la valeur artistique des musiciens qui formaient cet ensemble.
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