L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Burkina Faso: Vente d'actions ONATEL - L'émergence d'un actionnariat populaire burkinabè

Ousséni Ilboudo

2 Avril 2009


Du 22 décembre 2008 au 31 janvier 2009, l'Etat burkinabè a procédé à la vente de 680 000 actions de l'Office national des télécommunications (ONATEL-S.A). Deuxième étape, en attendant l'introduction prochaine en bourse, de la privatisation de la société, cette offre publique de vente (OPV) a consacré l'ouverture du capital de la maison, détenu à 51% par Maroc Telecom, à l'actionnariat populaire national. Retour sur cette première au Burkina avec Alexis Lourgo, patron de la Société burkinabè d'intermédiation financière (SBIF) qui a piloté l'opération.

Lancée le 22 décembre 2008, l'Offre publique de vente de 680 000 actions s'est terminée le 31 janvier 2009. En fait, qu'est-ce qu'une OPV ?

L'Offre publique de vente (OPV) de titres est une procédure par laquelle un émetteur ou propriétaire de titres décide de les céder, totalement ou partiellement, mais publiquement, à un prix ferme et définitif.

Dans le cas d'espèce, par l'OPV des actions de l'ONATEL, l'Etat du Burkina a décidé de céder publiquement une quantité déterminée (680 000) de ses actions ONATEL à un prix ferme et définitif (45 000 FCFA). L'Offre publique de vente, comme son nom l'indique, est publique, car elle s'adresse tant aux personnes physiques et morales burkinabè qu'à celles non burkinabè, donc à tout le monde.

Pourquoi cette Offre publique de vente des actions ONATEL ? Quels sont les objectifs qu'elle visait ?

• Le Gouvernement, à travers cette opération, visait l'ouverture du capital de la société aux différents investisseurs en général et l'émergence d'un actionnariat populaire national burkinabè en particulier. Il faut rappeler que cette OPV résulte d'un engagement de l'Etat burkinabè pris dans le cadre de la privatisation partielle de l'ONATEL.

En effet, l'Etat avait décidé pour cette opération de privatisation que 51% du capital de l'ONATEL sera cédé à un investisseur stratégique qualifié, 20% au public à travers une Offre publique de vente (OPV) suivie de l'introduction en Bourse de l'ONATEL et 6% aux salariés de l'ONATEL. Rappelons au passage que l'Etat va également céder 3% à la Société financière internationale (SFI) pour ne garder, au bout du compte, que 20%.

Ainsi, la première phase du processus de privatisation a-t-elle consisté en la cession par l'Etat d'un bloc stratégique de 51% du capital de l'ONATEL à Maroc Telecom, filiale à 53% du Groupe Vivendi, pour un montant de 144 310 540 000 FCFA (220 millions d'euros). La seconde phase du processus, la phase donc de l'Offre publique de vente des actions de l'ONATEL, a consisté en la cession publique par l'Etat de 20% du capital de l'ONATEL.

Enfin, il faut rappeler que les OPV d'actions de sociétés privatisées accompagnées d'introduction en Bourse demeurent des moyens sûrs d'obliger lesdites entreprises à une meilleure transparence, à une bonne gouvernance, à rechercher une meilleure rentabilité et à mettre en place une meilleure gouvernance d'entreprise, toutes choses qui contribuent à l'amélioration des finances publiques (amélioration des recettes fiscales) et constituent des impératifs pour des sociétés qui veulent non seulement se valoriser sur le marché financier mais aussi conquérir d'autres marchés hors du Burkina.

Avec seulement 20% du capital, l'Etat burkinabè peut-il encore peser sur la gestion de l'ONATEL ?

• Il faut rappeler que depuis décembre 2006, c'est-à-dire depuis la cession de 51% du capital de l'ONATEL à Maroc Télécom, l'Etat n'influait déjà plus sur la gestion de la société. Il était un actionnaire de poids, disposant d'une minorité de blocage pour certaines décisions, mais c'est Maroc Télécom qui détient depuis lors le contrôle effectif, la gestion courante de la société. Maroc Télécom, en achetant la majorité du capital, a aussi acheté le contrôle de la société. Avec 20% du capital, c'est vrai, l'influence de l'Etat sur l'ONATEL diminue, puisque la minorité de blocage disparaît.

Cependant, lors de la privatisation de l'ONATEL, un cahier de charges a été signé par le repreneur. Il revient à l'Etat de veiller à l'application de ce cahier de charges, qui définit les obligations, les engagements de Maroc Télécom pour le développement du secteur des télécommunications en général et de l'ONATEL en particulier.

Lors du lancement de l'Offre publique de vente des actions ONATEL, d'aucuns pensaient que la période n'était pas favorable et le scepticisme était ambiant, puisque, selon nos informations, la Société financière internationale (SFI) avait été mise à contribution pour acheter les actions qui n'auraient pas été vendues. Pourquoi, malgré tous les risques, avez-vous lancé cette OPV ?

• En réalité, avant de proposer de lancer une telle opération 03 jours avant la fête de Noel, nous avons fait une évaluation et tenu compte de plusieurs paramètres. Tout d'abord, nous avons évalué l'attente des investisseurs ; au niveau des investisseurs nationaux, notre évaluation était positive, car l'OPV de l'ONATEL était attendue depuis 2001 par les Burkinabè ; au niveau des investisseurs étrangers, l'évaluation n'était pas très favorable, à cause justement de la crise financière internationale.

Ensuite, pour ce genre d'opération, il fallait éviter autant que faire se peut qu'il y ait des opérations de levée de fonds concurrentes ; à ce niveau, le mois de décembre n'est pas une période en général utilisée pour faire un appel public à l'épargne, à cause des congés de Noel et de fin d'année.

Enfin, il fallait prévoir des mécanismes qui assureraient le succès de l'opération : à ce niveau, outre les méthodes de communication et de marketing classiques telles les affiches publicitaires, des spots radiotélévisés, des insertions dans les journaux, nous avions prévu d'autres méthodes innovantes et pratiques telles l'approche marketing et commerciale « one to one » par appels téléphoniques mobiles, axée principalement sur les personnes physiques, la mise en place d'une force de vente spéciale composée de diplômés de l'enseignement supérieur et la prise en compte des Burkinabè de la diaspora.

Après analyse de tous ces paramètres et au regard du nombre pas très élevé des actions ONATEL à vendre, nous avons proposé de lancer l'OPV dès le 22 décembre 2008 pour un mois dans l'espoir que durant cette période, ce sera la seule opération sur le marché financier. Comme vous pouvez le constater, nous n'avons pas été téméraire !

Revenons au prix de l'action ONATEL. N'était-il pas très élevé pour les particuliers lorsque l'on tient compte du pouvoir d'achat du Burkinabè Tartampion ?

• C'est vrai, on nous a toujours fait observer que le prix de l'action ONATEL, malgré la décote à 42 000 FCFA, n'était pas accessible à tous. Nous aurions souhaité, particulièrement le Gouvernement, que le prix fût à un niveau abordable pour tous. Mais nous avons été confrontés à un problème purement juridique. Nous aurions voulu fractionner l'action ONATEL, c'est-à-dire diviser sa valeur nominale, pour la rendre plus accessible et donc liquide à un prix, par exemple, qui se situerait à 18 000 ou 20 000 FCFA.

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