Fraternité Matin (Abidjan)
Pascal Soro
2 Avril 2009
Abidjan — Grande ville du continent noir, la capitale éthiopienne fascine par un boom immobilier qui fait d'elle une ville en chantier. La capitale de l'Ethiopie, Addis-Abeba, que les Ethiopiens aiment appeler la «Capitale de l'Afrique (parce qu'elle a hébergé, hier, le siège de l'Organisation de l'unité africaine (Oua) dès sa création en 1963 et abrite aujourd'hui celui de l'Union africaine (Ua) qui est née sur les cendres de l'Oua frappe le visiteur qui y met les pieds pour la première fois et peut-être même ceux qui y sont réguliers, par les nombreux immeubles qui sortent de terre comme des champignons.
Du reste, cette ville que nous avons visitée du 17 au 20 mars dernier, dans le cadre d'un Eductour, nous a donné l'impression d'une ville est en train d'être nouvellement construite. De l'Africa Hall (le quartier qui abrite le siège de l'Union africaine, la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique, mais aussi de nombreux palais impériaux autour du boulevard Ménélik II) à Bolé, le quartier administratif d'Addis-Abeba, en passant par Mexico, Mikael, Kotobé, CMCI, Kassenguish, Jah Cross, Old Airport, Merkato, Piazza etc. tout est en construction. De grands bâtiments qui poussent, comme si leurs propriétaires s'étaient entendus pour les construire au même moment. Addis-Abeba, une ville en chantier.
«Le boom immobilier ne date que de 2007», explique une source diplomatique. «Il tire sa source dans les facilités que le gouvernement du Premier ministre Meles Zenawi fait aux Ethiopiens, particulièrement à ceux de la Diaspora», explique-t-elle. Selon cette source, le chef du gouvernement éthiopien, récemment en visite aux Etats-Unis d'Amérique, a expressément rencontré les Ethiopiens qui y vivent et leur a ouvertement demandé d'investir dans leur pays, notamment dans le bâtiment.
Notre informateur soutient que pour faciliter la construction des immeubles qui ont littéralement envahi la ville, des dispositions particulières ont été prises pour que les banques, qui sont nationales, fassent des prêts aux Ethiopiens, à faibles taux d'intérêts. De même, les taxes des matériaux de construction sont très allégées, de sorte qu'ils coûtent moins cher sur le marché.
«Même les prix des terrains ont été revus à la baisse», confie-t-elle. La plupart des nouvelles constructions, selon d'autres sources, sont faites sur les cendres d'anciens bidonvilles dont les occupants ont été déguerpis. En outre, ces sources affirment que la majorité des immeubles qui sortent de terre à Addis sont des hôtels de grand standing.
Mais la reconstruction de la ville est aussi matérialisée par de nombreux échangeurs et boulevards en chantier. Même l'Ua n'échappe pas à ce que l'on peut appeler, avec le quotidien «The Ethiopian Herald», la renaissance de l'Ethiopie. Le journal progouvernemental affiche en bandeaux: «The Third Millennium signifies Ethiopia's renaissance» (Edition du 18 mars 2009). Traduction: «Le troisième millénium signifie la renaissance de l'Ethiopie».
Et l'organisation panafricaine a entrepris d'étendre ses bureaux. De sorte que la construction des nouveaux bureaux de l'Union africaine cadre parfaitement avec l'allure de la nouvelle capitale d'Ethiopie. «Cette ville sera très moderne d'ici deux ou trois ans», commente l'un de nos compagnons de voyage. Addis-Abeba est déjà parsemée d'hôtels internationaux de haut standing, pour la plupart neufs, qui lui donnent une fière allure.
Une ville propre et ordonnée
La propreté des rues et boulevards d'Addis-Abeba ne laisse pas indifférent le visiteur qui arrive d'Abidjan. Des voies bien tenues, balayées à longueur de journée. Des voies où les chaussées sont exclusivement et effectivement réservées aux véhicules et à tous les autres engins que l'on peut rencontrer dans la circulation. Et où les trottoirs, généralement séparés des chaussées par des balises en béton ou des barres de fer faits à cet effet, reviennent aux piétons et aux piétons seulement.
Nos compagnons de voyages (une quinzaine de représentants d'agences de voyage et une équipe de la télévision Première chaîne, invités par la compagnie aérienne Ethiopian Airlines), sont tombés sous le charme de la propreté et de l'ordre dans les rues de la capitale éthiopienne. De même que la délégation ivoirienne a été fascinée par les nombreux immeubles qui sortent de terre et qui donnent l'impression que leurs propriétaires sont en compétition.
La gigantesque ville (plus de quatre millions d'habitants), dont les nombreux bâtiments officiels ne peuvent être photographiés, abrite aussi plusieurs monuments, témoins de l'histoire du pays. Entre autres, la statue équestre de Ménélik II, celles du «Lion de Judas» érigée à la gloire de Zaoditou, du ras Makonnen et du Négus Tafari, les colonnes commémorant la libération de 1941 ou le martyr de patriotes durant l'occupation italienne.
Le palais et le musée de Ménélik II, en retrait, sur une colline, supplantent la ville parsemée de nombreuses églises telle la Cathédrale orthodoxe de la Sainte Trinité où reposent le dernier empereur d'Ethiopie, Haïlé Sélassié et son épouse. Le domaine de Ménélik II, d'où l'on a une vue panoramique de la capitale, se présente ainsi comme le toit d'Addis-Abeba.
Mais la capitale éthiopienne compte aussi ses bidonvilles et ses mendiants, notamment aux carrefours et autres marchés, surtout au Merkato. Dans cette ville, les transports urbains sont assurés par la compagnie de transport Anbessa City Bus Enterprise qui gère une flotte importante de bus publics. Mais les taxis (généralement de vieilles marques de véhicules qu'on ne rencontre plus en Côte d'Ivoire), à Abidjan, on les appellerait des «wôrô wôrô», servent également de moyens de transport en commun.
Comme dans la capitale ivoirienne, à Addis, les minibus (Les Ivoiriens diraient les «Gbakas») sont aussi de la partie, avec leur lot de désordre et de klaxons intempestifs. On y dénombre aussi plusieurs universités et centres de recherche, notamment Addis Abéba Yunivärsiti, une université installée dans un ancien palais du dernier empereur du pays, Haïlé Sélassié.
Option : L'autre Ethiopie
La compagnie aérienne Ethiopian Airlines a donné l'occasion à une quinzaine d'Ivoiriens de découvrir une autre image de l'Ethiopie. Une image différente de celle que certains médias ont toujours donné de voir. Une image positive de ce pays de la corne de l'Afrique. En Ethiopie, il y a de la vie. A Addis-Abeba, il y a des maisons, de grandes et belles maisons, de grandes surfaces, des buildings, même s'il y a aussi des bidonvilles.
Il y a surtout au pays de l'empereur Haïlé Sélassié, un peuple qui n'a peut-être pas de grands moyens, mais qui est digne et fier non seulement de son passé, mais aussi de son présent, de sa civilisation, de sa culture. Un peuple qui est au travail. A Addis-Abeba, nous avons vu des hommes et des femmes se mettre ensemble pour construire, qui des boulevards, qui des immeubles.
«Proud to serve», traduction : «Fier de servir» (le pays, bien entendu) est un slogan que l'on rencontre dans bien des endroits publics de la capitale éthiopienne, la capitale «africaine». Dans ce pays, la rigueur n'est pas un vain mot.
Ici, le policier, entre autres fonctionnaires de l'Etat, ne connaît pas le racket. Quand l'entrée à un endroit est soumise à une fouille, alors, on fouille tout le monde. Ainsi, à l'hôtel où nous étions logés, quiconque y entre passe au scanner. Un contrôle dont les agents commis vous accueillent avec le sourire. Un contrôle qu'ils effectuent avec amour, courtoisie, respect pour les hommes et les femmes qui y passent.
A Addis-Abeba, il y a certes des mendiants. Comme dans bien des villes du continent noir. Mais on ne les rencontre pas à tous les coins de rue. Dans cette ville, la sécurité est de mise. Elle n'est certes pas assurée à 100%. Mais les braquages, les vols à main armée, les cambriolages etc. y sont rares.
Seulement, l'Ethiopie positive, l'Ethiopie qui est en train de renaître au plan économique reste inconnue du monde extérieur. Parce que justement le pays est encore replié sur lui-même. Certes, des efforts sont accomplis en matière d'ouverture par le Premier ministre Méles Zénawi auquel l'on attribue volontiers la mise en chantier de la capitale éthiopienne.
Mais beaucoup reste à faire. Notamment l'ouverture de l'investissement aux étrangers : le transport, le commerce, l'hôtellerie, la restauration, par exemple. Pour l'heure, tout ou presque tout, est entre les mains de quelques nationaux. Si cette ouverture n'est pas effective, si, en outre au plan social, les Ethiopiens ne s'ouvrent pas, davantage aux autres peuples qui ont accepté de vivre avec eux, le boom immobilier auquel l'on assiste à Addis-Abeba risque de ne pas atteindre les résultats escomptés.
Les Ivoiriens d'Addis-Abeba
Selon le premier conseiller de l'ambassade de Côte d'Ivoire en Ethiopie, Paul Kpehe Djoh, la communauté ivoirienne à Addis-Abeba compte environ 60 familles. Ces Ivoiriens, poursuit-il, travaillent pour la plupart dans des organismes internationaux tels que l'Union africaine (Ua), la Commission économiques des Nations unies pour l'Afrique (Cea), la Croix rouge internationale, etc.
Depuis avril 2007, souligne le diplomate que nous avons rencontré à l'ambassade, à Bolé, quartier administratif d'Addis-Abeba, cette communauté a créé l'Association des Ivoiriens résidant en Ethiopie (Aire). Une organisation en parfaite entente avec l'ambassade, se réjouit Paul Kpehe Djoh. Qui, plus est, l'Aire travaille à la promotion de la culture ivoirienne en Ethiopie.
Ainsi, se souvient le chef de l'administration qui coordonne les activités de l'ambassade, la communauté ivoirienne a organisé, en avril 2008, une journée culturelle dans la capitale éthiopienne. Cela lui a permis de présenter les danses et l'art culinaire ivoiriens. La journée, au dire du diplomate, a été bien accueillie par les Ethiopiens et les autres communautés étrangères.
Les principales difficultés auxquelles les Ivoiriens (aussi bien ceux travaillant à l'ambassade que les autres) sont confrontés, ont trait à la santé du fait du climat de la ville (environ 2 800 mètres d'altitude) et au transport. Pour Paul Kpehe, le transport reste à développer. Ce qui fait que le déplacement n'est pas facile dans la capitale. Mais, relève-t-il aussitôt, cette difficulté est en train de trouver solution parce qu'il commence à avoir des ouvertures en matière de transport dans le pays.
Le diplomate pense que l'Ethiopie présente d'énormes opportunités pour la Côte d'Ivoire. Notamment, souligne-t-il, en matière d'agriculture, de tourisme et de culture. Avec insistance, notre interlocuteur précise que l'Ethiopie s'intéresse surtout à l'hévéaculture et au beurre de cacao où la Côte d'Ivoire excelle. Aussi, pense-t-il, «il faut donc des promotions commerciales de la Côte d'Ivoire à l'endroit de l'Ethiopie».
L'ambassade de la Côte d'Ivoire en Ethiopie couvre également le Kenya, l'Ouganda, la Tanzanie et le Djibouti. Selon le premier conseiller, cette mission est également accréditée auprès de l'Union africaine, de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique et du Programme des Nations unies pour l'environnement basé à Nairobi (Kenya).
Si le diplomate salue le volume des activités multilatérales, il estime que celui des activités bilatérales (avec l'Ethiopie) reste insuffisant. Pour Paul Kpehe Djoh donc, il faut donner un coup de fouet aux relations bilatérales par «une volonté politique».
La Côte d'Ivoire a ouvert son ambassade en Ethiopie depuis 1963. C'est à cette même date que l'Ethiopie a ouvert sa représentation diplomatique à Abidjan. Le plus ancien travailleur à la représentation diplomatique ivoirienne à Addis-Abeba est Mme Merskerem. Une Ethiopienne qui y travaille il y a maintenant 25 ans.
Focus : Les meilleures agences à l'honneur
La compagnie aérienne éthiopienne, Ethiopian Airlines, a organisé un voyage touristique à Addis-Abeba, du 17 au 20 mars dernier. Pour marquer sa reconnaissance et ses félicitations à une quinzaine d'agences de voyage de Côte d'Ivoire, de Guinée (Conakry) et du Kenya qui lui ont fourni le plus de clients en 2008.
Un voyage de découverte auquel ont été associés la Rti (Télévision Première Chaîne) et Fraternité Matin. La totalité des agences de voyage a reçu des certificats tandis que les meilleures ont reçu des chèques en plus. La cérémonie de remise des prix s'est déroulée le 19 mars dans un grand hôtel de la capitale éthiopienne.
A cette occasion, Busera Awel, le vice-président commercial de la compagnie, a expliqué aux heureux récipiendaires qu'Ethiopian Airlines est à leur écoute et ne ménagera aucun effort pour satisfaire à leurs requêtes. Car, a-t-il argumenté, ce sont eux qui sont en contact avec les clients et qui sont donc au parfum de leurs exigences. Il leur a même rassuré que la compagnie n'ira pas sans eux. La soirée des awards a été meublée par des danses traditionnelles autour d'un copieux dîner.
Pendant son séjour à Addis-Abeba, la délégation ivoirienne a visité les installations de la compagnie aérienne sises sur le site de l'ancien aéroport de la ville. Cette visite guidée a permis aux hôtes de découvrir l'école de formation des pilotes, celle de la maintenance et bien d'autres ateliers. De février 1964 à janvier 2007, Ethiopian Airlines a formé 770 pilotes venus de 36 pays d'Afrique.
Puis de février 1967 à janvier 2007, ce sont 2 218 agents de maintenance (ou mécaniciens d'avions), dont un Ivoirien, qui y ont été formés. Les visiteurs ont également vu et touché le premier avion de la compagnie qui assure le transport aérien du pays depuis 1946. Un DC 3 immatriculé ET-T-1 dont le premier vol a été de rallier Addis-Abeba au Caire (Egypte) en 1946.
Depuis le 20 avril 1996, date de la commémoration du jubilée d'or de la compagnie, l'appareil est exposé dans la cour de la direction de la compagnie. La délégation ivoirienne a appris non seulement l'histoire de ladite compagnie. Mais aussi ses perspectives et ses ambitions. Le personnel au siège, estimé à 4 000 travailleurs, est exclusivement composé d'Ethiopiens.
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