Notre Voie (Abidjan)

Côte d'Ivoire: S.E.M. Dalo Gbouagbré, ambassadeur de Côte d'Ivoire en Ethiopie : "Il faut renforcer la mission diplomatique d'Addis-Abeba"

César Ebrokié

4 Avril 2009


interview

 Quelle est l'organisation de la Mission diplomatique ivoirienne en Ethiopie ?

L'am-bassade de Côte d'Ivoire à Addis-Abeba a été ouverte tout juste avant la création de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), précisément en 1963. Elle est l'une des plus vieilles représentations diplomatiques ivoiriennes, à travers le monde. La Mission assure le suivi des dossiers, au niveau du Secrétariat général de l'Union africaine.

Elle est la représentation permanente auprès de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (CEA), qui est l'une des grosses directions des Nations unies. Il y a une direction en Afrique, une en Europe, et une troisième en Asie, en cours d'installation. La Mission s'occupe également du programme des Nations unies pour l'environnement (UNEP), basé, à Nairobi, au Kenya. A ces titres, l'ambassade est très sollicitée.

Les dossiers sont nombreux et diversifiés. Tous les problèmes africains se débattent d'abord au niveau de l'Union africaine. L'ambassade d'Addis-Abeba est en première ligne pour faire entendre la voix de la Côte d'Ivoire sur toutes les questions africaines, et certains grands sujets d'intérêt international.

En outre, la Mission diplomatique, j'allais dire de façon ordinaire, oeuvre au renforcement de la coopération bilatérale entre la Côte d'Ivoire et les Républiques d' Ethiopie, Djibouti, Tanzanie, Kenya et de l'Ouganda. La Mission diplomatique en Ethiopie a donc deux tâches essentielles. Le suivi des dossiers multilatéraux et les actions pour le renforcement de la coopération bilatérale entre la Côte d'Ivoire et les pays cités.

L'ambassade de Côte d'Ivoire en Ethiopie a un personnel de 6 fonctionnaires, 5 diplomates plus le chef de mission que je suis. Naturellement, ce nombre est insuffisant au regard de l'immensité de la tâche. Il faut suivre les réunions de l'UNEP, à Nairobi, les réunions de la CEA, à Addis-Abeba, et gérer le fonctionnement au quotidien de l'ambassade, qui comme je l'ai indiqué, couvre cinq pays.

Justement, avec quelle organisation, arrivez-vous à faire fonctionner les choses ?

Nous avons reparti les missions en fonction des spécialités des diplomates. Il y a un économiste qui s'occupe de tout ce qui est commerce, échange commerciaux, et dossiers au niveau de la coopération et du développement CEA. Au niveau de la CEA, la plupart des réunions qui ont lieu, concernent la coopération et l'intégration; un autre agent s'occupe des dossiers sociaux. Nous sommes deux sur les dossiers de l'environnement ; un diplomate à Addis-Abeba pour les dossiers de l'Union africaine.

Le premier conseiller coordonne un peu tout cela. Au niveau de l'Union africaine, il y a quatorze comités techniques spécialisés qui représentent des secteurs techniques suivis par des ministères techniques.

A ces rencontres, il y a les experts des ministères concernés qui viennent d'Abidjan. La capitale éthiopienne est donc l'une des capitales les plus fréquentées par les Ivoiriens. Au moment où je vous parle, Addis-Abeba abrite une réunion regroupant les ministres du commerce des pays africains. Une forte délégation ivoirienne est partie.

Comment faites-vous quand les activités se chevauchent ?

Nous faisons tout pour éviter que les activités au chapitre de la coopération bilatérale se chevauchent avec celles relatives à la coopération multilatérale. Aux différentes rencontres des comités ministériels, les représentants de tous les pays africains se retrouvent à Addis-Abeba.

Nous profitons de cette occasion pour créer un cadre pour la coopération bilatérale. Nous organisons une rencontre entre les officiels ivoiriens et les représentants des cinq pays cités plus haut. Les délégations ivoiriennes qui viennent pour les réunions ministérielles ont un programme très chargé. Parce qu'en dehors de la réunion, ils ont d'autres rencontres pour discuter avec des représentants venant des autres pays africains, et même européens.

Cinq pays distants même si c'est dans la même zone, pour une Mission diplomatique, sans moyens conséquents. Est-ce que ce n'est pas un travail bâclé ?

Le nombre de pays importe moins que les moyens. Que peut-on faire même dans un seul pays, si les moyens font défaut ? Dans le cas d'espèce, la Mission diplomatique en Ethiopie est traitée, comme une ambassade bilatérale simple, alors qu'elle est la 1ère Mission permanente avant Abuja en Afrique.

 Quelles propositions faites-vous pour que la Mission diplomatique d'Addis-Abeba soit redynamisée ?

Deux solutions sont envisageables. Soit on renforce la Mission diplomatique, en lui donnant plus de moyens, soit on ouvre de nouvelles représentations diplomatiques dans les autres pays. Ce qui serait intéressant, c'est de renforcer la Mission diplomatique d'Addis-Abeba tant en personnel, qu'au niveau de l'enveloppe budgétaire. Auquel cas, il faudrait dégager de gros moyens pour ouvrir des ambassades, à Nairobi, à Kampala, à Dar-es-salam.

Par ces temps de crise, c'est loin d'être réaliste. L'avanta-ge de la représentation diplomatique en Ethiopie, c'est que l'Ethiopie est située pratiquement au centre des pays de l'Afrique de l'Est. A partir d'Addis-Abeba, on se rend facilement dans les autres pays.

La plupart des capitales sont à environ deux heures de vol d'oiseaux d'Addis-Abeba. Dans la situation actuelle, nous n'avons pas la possibilité de tisser des relations plus soutenues avec ces pays, alors qu'ils peuvent nous apporter beaucoup. Nous avons aussi notre expertise à exporter.

 Est-ce qu'il ne serait pas judicieux d'ouvrir à Addis-Abeba, une représentation qui, comme celle de New York, s'occuperait spécialement de la coopération multilatérale ?

C'est faisable. Comme vous le releviez, aux Etats-Unis, à Washington D.C., et nous avons l'ambassade à New York, nous avons la représentation permanente. Ça aussi ça demande des moyens. Ici, il faut doubler le budget et le personnel. Chaque ambassadeur aura son personnel.

Compte tenu de l'enjeu, est-ce que cela en vaut la peine ?

Il est bon en faisant des propositions à l'Etat d'être réaliste. Il faut tenir compte de la situation du pays. Sinon, moi, ça me ferait plaisir de voir la Côte d'Ivoire ouvrir une nouvelle Mission diplomatique à Addis-Abeba.

Demain quand la Côte d'Ivoire sera sortie de la crise, et que l'économie du pays sera relancée correctement, nous aurons besoin d'espaces pour intensifier nos échanges. A ce moment, nous ouvrirons des missions diplomatiques dans tous ces pays. La Côte d'Ivoire est un pays qui a des atouts énormes.

Aujourd'hui, en Afrique, beaucoup de gens ont de l'admiration pour les Ivoiriens. Parce que justement dans les instances internationales, quand on écoute les Ivoiriens on sait qu'ils ont de l'expertise à faire valoir.

 Quel est aujourd'hui la situation de la coopération entre la Côte d'Ivoire et les pays de l'Afrique de l'Est ?

Les échanges entre la Côte d'Ivoire et l'Ethiopie sont je dirai, jusque-là des échanges politiques. Les deux pays sont membres de l'organisation internationale du cacao, dont le siège est localisé à Abidjan. Ils coopèrent sur ce plan, mais c'est une coopération stratégique. Les échanges commerciaux restent très pauvres. Il faut savoir que l'Ethiopie est un pays enclavé. Ses échanges avec les pays limitrophes se font en avion.

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