Olfa Belhassine
4 Avril 2009
Depuis quelques mois déjà, l'Institut français de coopération a commencé à élaborer un travail de fond visant les champs des métiers d'art et du design. Il vient de chapeauter un workshop dans le domaine du tapis
Consultant tous les intervenants tunisiens du secteur (designers, artistes, artisans, cadres ministériels, enseignants aux écoles des beaux-arts et d'art et métiers, commerçants...), les responsables de l'IFC ont sondé un désir vrai d'innovation et de modernisation de tous ces métiers d'art dont regorge notre pays, mais qui restent parfois à la traîne par rapport aux évolutions de la demande et du marché, et notamment ceux liés à l'export.
Le projet intitulé «Savoir et savoir-faire en partage» vient de démarrer. Il vise à développer des actions concrètes avec des acteurs culturels et économiques tunisiens. Ses composantes conjuguent la formation à la conception, à la production et à la diffusion. Une vision globale et très actuelle de la culture entrepreneuriale qui ne dissocie point la création de la commercialisation. Pour cela, l'Institut français de coopération a décidé de travailler main dans la main avec l'Institut des beaux-arts de Tunis et l'Onudi.
Le premier expert designé invité en Tunisie pour diriger un workshop de quatre jours dans le domaine du tapis est Arzu Firuz. Ces ateliers, qui ont ciblé une dizaine de stagiaires du Centre technique de création, d'innovation et d'encadrement du tapis et du tissage de Tunis (créé voilà deux ans), ont abouti sur de nouveaux modèles d'une très grande originalité. Un exposé sur cette première expérience a été présenté au Centre technique du tapis et du tissage jeudi aux journalistes par la jeune designer Arzu Firuz ( 28 ans seulement) et les responsables culturels de l'IFC.
Combiner les références, superposer les techniques
Issue d'un couple mixte, la turquo-panaméenne, Arzu Firuz vit et travaille depuis seize ans en France. Ses origines métissées ont dicté quelque part sa démarche artistique et sa technique de designer, qui a su attirer en tout cas des marques européennes notoires telle Ligne Roset. Ses revêtements de sol exposés dans les salons spécialisés comme Maison & Objet à Paris offrent à voir des motifs inspirés des caftans et des tapis turcs découpés dans des matériaux du quotidien, solides et durables comme le vinyle. Un mariage entre orient et occident, passé et contemporanéité, artisanat et produits high tech.
Arzu a voulu appliquer l'idée de faire naître une harmonie en mélangeant des références parfois éloignées les unes des autres dans son workshop tunisien. Au terme d'une étude sur la variété de styles existants du nord au sud du pays et d'une journée d'excursion-exploration des souks du tapis de Kairouan, Arzu a décidé de travailler sur la superposition/ combinaison des motifs et des techniques. Pourquoi ne pas mixer les points noués au tissage ras? Pourquoi ne pas mélanger les motifs kairouanais à ceux des kilims de Gafsa?
L'approche s'est révélée possible. Et même débordante de promesses créatives. Elle a donné lieu à sept maquettes d'une grande modernité où les références aux codes symboliques traditionnels sont très présentes. Des modèles où prédominent les couleurs vives et franches (la tendance cette année dans les salons internationaux du design pour contrecarrer la crise économique).
Il reste l'essentiel : convaincre les producteurs à fabriquer à grande échelle cette nouvelle collection. Et ce, afin de donner un nouveau souffle à un secteur qui a donné ces dernières années les signes d'une certaine désaffection liée à une concurrence internationale exacerbée, face notamment à des pays comme le Pakistan, et surtout à l'abandon des artisanes d'un métier peu rémunérateur et peu sécurisant.
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