Selon les historiens, le nom Sierra Leone date de 1462 et signifie « la montagne du lion » à cause de la silhouette de la péninsule de Freetown, qui culmine à 915 m.
C'est ce pays d'environ 6 millions d'habitants, au climat très pluvieux, environ 3500 mm d'eau par an avec de belles forêts et des savanes arborées, qui connut une instabilité politique qui a débouché sur une guerre civile hautement meurtrière, déclenchée au début des années 90 par un groupe armé se nommant le RUF (revolutionary United Front ) avec à sa tête un certain Foday Sankoh, réputé très proche de Charles Taylor, qui voyait là une idoine occasion de faire main basse sur les fabuleuses richesses diamantifères de ce pays ;ce qui d'ailleurs permet d'entrevoir la guerre civile serra léonaise comme une extension de celle du Libéria et qui a achevé de ruiner l'économie de cette petite république de 72000 km2 de superficie, que dirige présentement Ernest Bai Koroma.
C'est peu dire que d'affirmer que la Sierra Leone a été meurtrie au plus profond d'elle par une guerre atroce dont l'origine remonte à 1985 où, le général Joseph Momoh, élu président, succéda à l'octogénaire Siaka Stevens qui renonça au pouvoir à cause du poids de l'âge. Mais le nouvel élu doit faire face à une très mauvaise situation économique, qu'il tente de pallier en 1986 par des mesures d'austérité draconiennes, engagées en accord avec le FMI.
Le général président n'eut pas le temps de mettre en place sa politique puisqu'il fut renversé par un coup d'Etat militaire qui porta au pouvoir le capitaine Valentine Strasser, lequel, pratiquant la bonne vieille recette déjà éprouvée chez tout putschiste qui se respecte, suspendit la Constitution. C'est alors qu'il est ébranlé par le mouvement rebelle, le RUF. Croyant détenir la recette magique pour réduire la rébellion à sa plus simple expression, le bouillant capitaine fit appel à la Guinée, au Nigeria et aux mercenaires sud- africains pour la mater. C'est le début d'une guerre civile de huit ans qui aura fait plus de 500 000 exilés avec à la clé 200 000 morts.
S'il est vrai que bien d'Etats de la région ont pratiquement trahi la jeunesse en lui tournant le dos, en Sierra Leone, cet oubli coupable a eu à prendre une ampleur rarement égalée ailleurs. Mal éduqués, non soignés, abandonnés à leur propre sort, et donc sans perspectives, les jeunes hommes ont rejoint en masse le RUF qui leur promettait monts et merveilles. Et ainsi, le conflit armé dirigé par une rébellion qui n'avait ni programme, ni idéologie, prit des allures de guerre des moins âgés contre les vieux, des pauvres contre les riches et de la campagne contre la ville.
Mais si Foday Sankoh et ses amis rebelles, qui pouvaient compter sur 500 000 combattants bien drogués dont 7000 enfants, n'avaient d'autres astuces pour prendre le pouvoir que de tout raser pour s'y installer, ils semblaient être une solution de recours pour tous ces centaines de milliers de jeunes désoeuvrés dont l'horizon semblait hermétiquement bouché. Ainsi quitter sa bourgade, posséder une arme, manger à sa faim, terroriser des adultes, paraissaient bien plus porteurs pour ces jeunes enfants enrôlés que cette quête misérable de subsistance dans laquelle ils étaient confinés.
Mais pendant que les jeunes enrôlés montraient leur savoir-faire dans le maniement des armes et surtout comment transformer un ennemi en une « manche longue ou manche courte » c'est-à-dire lui amputer le bras ou l'avant-bras sans aucune anesthésie, les chefs rebelles, plus conscients de ce pourquoi ils sont entrés en guerre, eux, avaient pour intérêt le contrôle et le trafic du diamant, l'une des grandes richesses du pays. Ce n'est certainement pas pour rien que les batailles les plus rudes de cette guerre ont eu pour théâtre d'opération les régions diamantifères, près de la frontière libérienne où le RUF mettait autant de détermination dans le combat que dans l'exploitation et la vente de ce trésor.
Ainsi, de connivence avec le Liberia de Charles Taylor, les rebelles ont réussi à écouler plus de deux millions de carats en Belgique, ce qui restait un véritable nerf de la guerre au propre, comme au figuré. C'est clair, le diamant a fait le lit de la guerre serra-léonaise et c'est pour cela qu'on a coutume de dire que l'économie criminelle peut ronger des Etats et des peuples entiers. Mais fallait-il laisser le chef rebelle Sankoh continuer de dépecer ainsi ce pays ?
Assurément non et c'est ainsi qu'après plusieurs vaines tentatives pour ramener la paix dans cette partie du monde, le Conseil de sécurité vota, le 8 octobre 1997 à l'unanimité, un embargo sur le pétrole et les armes à destination de la Sierra-Leone. Le 5 juillet 2000, un embargo qui vise le trafic illégal de diamants de la Sierra Leone que contrôle à 90% le RUF est appliqué, et par la résolution 1315, le Conseil de sécurité donna mandat au Secrétaire général de l'ONU pour créer le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) pour juger les responsables de graves violations du droit international humanitaire commises depuis le 30 novembre 1986.
C'est ce tribunal qui a prononcé son verdict mercredi dernier à l'encontre de trois anciens rebelles du RUF : des peines allant de 25 à 52 ans de prison et qui ne ramèneront certainement pas les bras amputés. Les trois condamnés qui, selon toute vraisemblance, vont finir leur vie en prison ont pour noms : Issa Sissay (52 ans de prison), Morris Kallon (40 ans de prison) et Augustine Gbao (25 ans de prison). On s'en souvient, il y a seulement deux mois, ils avaient été reconnus coupables de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.
Du côté de Freetown pas de doute, Ils font partie de ceux qui, parmi les rebelles, donnaient les ordres d'amputer vifs et sans état d'âme enfants, femmes, jeunes hommes et vieillards au temps fort de la guerre civile. Hormis ces amputations avec cette expression morbide « de manche courte ou de manche longue », ils avaient pour habitude de graver les initiales de leur mouvement, le RUF, sur la peau de leurs suppliciés. Ces atrocités allaient de la lacération au viol, au crime, etc.
Dans cette hystérie barbare, indigne de l'espèce humaine, beaucoup d'enfants ont été séparés de leurs parents tandis que d'autres ont été victimes ou témoins. Et l'effet sur la population a été hautement dévastateur, car, à entendre un fin connaisseur de ce pays, la Sierra Leone reste, toutes proportions gardées, là où on retrouve le plus d'amputés et de débiles mentaux, qu'aurait engendrés cette guerre.
Mais bien que condamnés, ces trois hommes ne passent que pour être des seconds couteaux, de véritables comparses, puisqu'il n'est un secret pour personne que les principaux commanditaires de cette funeste épopée sierra-léonaise avaient pour non Foday Sankoh, le chef historique du RUF, et Sam Bockarie, le chef militaire de la rébellion.
Malheureusement pour la justice, ces deux vrais responsables de la tragédie sierra-léonaise ne pourront plus être traduits devant les tribunaux pour qu'on comprenne au moins ce qui motivait leur folie meurtrière : Foday Sankoh a trouvé la mort dans la douceur de son lit en 2003, et Sam Bockarie, selon des sources dignes de foi, aurait été exécuté sur ordre de Charles Taylor. Et ainsi du côté de Feetown, le quotidien se déroule avec ces « manches longues et manches courtes », en tentant difficilement de pardonner à défaut d'oublier.

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