S.L.
13 Avril 2009
interview
Gilles Etoga, Conseiller parc du WWF auprès du parc national de Campo Ma'an.
En quoi consiste le programme de conservation des tortues marines ?
Nous avons un programme de suivi écologique dans le parc et sa périphérie qui concerne les grands mammifères en général et les tortues marines. Elles sont sur la zone côtière, de Campo jusqu'à Ebodje. Notre activité consiste à connaître le potentiel, les dynamiques dans le temps et dans l'espace, la distribution spatiale des animaux, et les facteurs qui l'influencent. Ces questions sont capitales car elles permettent de guider le touriste qui vient dans la zone.
Pour les tortues marines, c'est relativement plus facile. Elles ont une période de nidification qui va d'octobre à avril, soit environ six mois pour leurs activités sur les plages, où elles font la nidification et se nourrissent. Cette activité est capitale, car elle est la plus visible en matière de faune. Il est plus difficile de voir d'autres animaux comme les éléphants et les gorilles. Mais les tortues font face au braconnage.
Elles sont braconnées pour leur viande, et pour leurs oeufs. C'est principalement le fait des communautés locales, mais aussi des chiens, qui creusent le sable à la recherche de ces oeufs. En effet la tortue au moment où elle vient pondre, laisse des traces que les hommes et les chiens voient, et se contentent de suivre.
Ça va poser un problème de durabilité des tortues, car si on détruit tous leurs oeufs, il n'y aura plus de reproduction, ce qui va aboutir à terme à l'extinction de l'espèce. Donc notre activité consiste à assurer la pérennité de la tortue dans la zone. Le suivi se fait en deux étapes. D'une part grâce aux patrouilles qui sont faites le long des plages, et d'autre part grâce à la sensibilisation auprès des populations.
Comment adhèrent-elles à ce concept d'éco-tourisme, relativement nouveau ?
Cette activité est menée par deux ONG locales. Ce sont elles qui en assurent le suivi. De notre coté, nous leur apportons juste un appui technique et financier. L'activité étant une entité de la communauté, le processus d'adhésion est relativement plus facile. Mais comme je l'ai dit, il y a toujours des communautés qui pour des soucis de pauvreté et d'alimentation entravent le message que les organisations locales donnent en termes de protection.
Dans l'appui que nous donnons aux ONG en termes de matériels, une partie va en compensation aux pêcheurs, dont les tortues déchirent les filets quand elles sont prises accidentellement. A ce moment là, eux ils peuvent libérer les tortues qui sont prises dans leurs filets.
Quelles peuvent être les opportunités pour l'éco tourisme dans cette zone ?
Hormis les tortues qui sont l'une des principales attractions, le parc national de Campo Ma'an est un endroit riche avec plus de 80 espèces de mammifères, 300 espèces d'oiseaux, plus de 1500 espèces végétales dont 45 endémiques, 122 reptiles, des vestiges archéologiques et historiques, etc. En plus, il est situé à une position stratégique. Il est non loin de Kribi, à côté de la zone touristique par excellence du Cameroun.
Il a une façade maritime, une biodiversité terrestre, et une multitude d'écosystèmes à l'intérieur, parmi lesquelles les mangroves, dont la végétation donne une indication assez précise des changements climatiques. Ces différentes spécificités font de Campo Ma'an un endroit très riche.
C'est parc de forêt qui reçoit le plus de touristes, un peu comme au Nord à Waza. Il y a un fort potentiel, et l'éco-tourisme est à valoriser ici. Mais nous avons aussi beaucoup de difficultés car nous ne pouvons pas encore satisfaire tous les besoins et exigences des touristes, notamment à cause du manque d'infrastructures hôtelières, et surtout du mauvais état de la route et du braconnage.
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