Abdou Karim Diarra
21 Avril 2009
L'accueil positif de la critique cinématographique du 25e Festival Vues d'Afrique de Montréal sur la production sénégalaise donne espoir à la relève. La discorde d'El Hadji Samba Sarr et La punition de Khadidiatou Sow projetées, dimanche dernier, sur les écrans de Montréal offrent de la jouvence au cinéma sénégalais. Certes, si on est encore loin des géants du Maghreb, de l'Afrique du Sud, du Nigeria et plus près de nous du Burkina et du Mali, le cinéma sénégalais résiste. Sur le registre du documentaire, le Sénégal se dévoile, ce mardi, à Montréal.
Sous la thématique intitulée Africadoc, le Sénégal s'affiche à travers des documentaires, ce mardi, au programme du 25e Festival Vues d'Afrique. Yandé Codou Séne, la griotte de Senghor de la réalisatrice sénégalaise Angèle Diabang-Brener évoque la cantatrice Yandé Codou Sène (80 ans environ) qui demeure un des derniers mohicans de la poésie polyphonique Sérère.
Le film, un moyen-métrage de 2008, est un regard intime sur une diva qui a traversé l'histoire du Sénégal aux côtés de l'un de ses plus grands mythes, le président poète Léopold Sédar Senghor. Une histoire douce et amère sur la grandeur, la gloire et la fuite du temps. La Fille au foulard est de la réalisatrice malienne Awa Traoré.
Cette dernière qui balade son appareil entre la France et le Sénégal s'attarde avec douceur auprès d'une de ses amies qui l'invite dans l'intimité de la composition de sa coiffure. Le Génie protecteur de la ville de la Burkinabé Marie Laurentine Bayala, déroulé entre la France, le Burkina et le Sénégal, parle de la ville de Saint-Louis. Le film dresse le portrait d'un animateur radio très populaire à Saint-Louis du Sénégal.
Pa Djadji du Camerounais Simon Pierre Bell est réalisé entre la France et le Sénégal. Pa Diadji est un homme de la soixantaine. Unijambiste, il est coach et entraîneur de l'équipe de handball de l'Université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal.Il lance le défi aux handicapés en les invitant à se servir de son exemple pour taire l'image du handicapé voué à la mendicité.
Manges-tu le riz de la vallée de la Burkinabé Mamouna Nikiema ouvre la deuxième partie de la soirée des films documentaires présentés par le Sénégal. Le synopsis parle de la tradition culinaire et alimentaire du Sénégal ou le riz occupe une place centrale. Mais le riz que mangent les Sénégalais vient d'ailleurs.
Il est évoqué l'équation de la place du riz de la Vallée dans le système alimentaire du Sénégal. Notre pain capital est réalisé par le Nigérien El Hadji Magori Sani entre la France, le Niger et le Sénégal. Dans les rues de Saint-Louis du Sénégal, Sani Elhadj Magori, étudiant en Master 2 à l'Université Gaston Berger, s'attache à filmer la chaîne alimentaire qui gravite autour du pain, de sa fabrication jusqu'au marché noir qui irrigue les réseaux de la mendicité.
Le souci des organisateurs du Festival Vues d'Afrique de Montréal, qui ont intégré les documentaires depuis quelques années au programme, est de permettre à l'Afrique de bien valoriser ses potentialités.'Au Sénégal, comme dans la plupart des pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique Centrale, l'évolution de la presse écrite et des radios a joué un rôle extrêmement important dans le développement de la société civile et la naissance d'une véritable démocratie d'opinion.
La question qui se pose aujourd'hui est celle de la production et de la création des images par les Africains, de leur propre regard sur les réalités de leur continent', expliquent les organisateurs. Ces derniers de poursuivre estimant qu"une multitude d'images du monde parvient chaque jour sur les écrans africains, au point que la représentation des cultures et des identités africaines rend compte du point de vue du monde extérieur sur l'Afrique plus que de leurs propres regards.
En dehors des informations, il n'y a pas ou peu de programmes locaux, que ce soit dans le domaine de la fiction, de l'animation ou du documentaire. Le développement des antennes locales est limité par le manque de moyens et la bureaucratie. Dans ce contexte, les pays du sud et leurs enfants risquent de se retrouver sans images et sans représentations de leurs propres réalités'.
'Nous sommes intimement convaincus que la représentation documentaire est certainement celle qui est la plus à la portée des Africains, la plus nécessaire aussi en termes de regard non spectaculaire, de regards approfondis sur le temps présent du continent.
Ensemble les structures Dakar Images, Ardèche Images et LX Films ont fait le pari de former et développer un tissu des réalisateurs et de producteurs audiovisuels indépendants en les formant au documentaire', concluent les dirigeants du Festival.
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