Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Général William E. Ward de l'AFRICOM est formel - « Il faut une armée congolaise professionnelle et performante »

Kinshasa — «Il n'y a pas d'Etat sans armée». Cette déclaration est celle du ministre congolais des Affaires étrangères, Alexis Thambwe Mwamba lors de la fin officielle de «l'Opération Umoja Wetu». Il n'y a donc plus de temps à perdre pour doter la République démocratique du Congo d'une armée nationale et dissuasive. Le général William E. Ward, commandant de l'AFRICOM, Commandement militaire régional pour l'Afrique des Etats-Unis, est arrivé à la même conclusion: «Il faut une armée congolaise professionnelle et performante». Leçon tirée des deux dernières guerres d'agression et de la présence de nombreux groupes armés au Congo.

Le temps ne joue plus en faveur de la République démocratique du Congo pour que l'on se permette des distractions s'il faut préserver les acquis de cette «paix précaire», mais acquis au prix de nombreux sacrifices. La restructuration de l'Armée et de la Police, pour ne cite que ces deux corps, doit s'inscrire en ordre vraiment prioritaire. Sans quoi la République démocratique du Congo demeurera toujours ce «géant aux pieds d'argile», vulnérable à la moindre agression extérieure.

Le séjour de 48 heures du général William E. Ward, Commandant de l'AFRICOM, (Commandement militaire régional pour l'Afrique des Etats-Unis), avec Quartier général basé à Stuttgart, en Allemagne, a relancé cette question de grande importance. Certes, il a salué les opérations militaires conjointes menées par la RDC, le Rwanda et l'Ouganda pour venir à bout des FDLR et la LRA. « Une opération régionale militaire est un développement positif. Mais pour stabiliser l'Est de la RDC, il faut une armée congolaise professionnelle et plus performante», s'est il empressé d'indiquer.

Une façon d'interpeller les dirigeants congolais sur la nécessité de se doter rapidement d'une « armée dissuasive» plutôt que de se contenter des «opérations militaires conjointes». Il a saisi cette opportunité pour confirmer que l'AFRICOM propose une «formation qui rendra l'armée congolaise professionnelle et performante, et ce en appui de la formation qu'apportent déjà les autres partenaires de la RDC». Et pour joindre l'acte à la parole, le Général William E. Ward a annoncé la formation des FARDC par l'armée des Etats-Unis dans le domaine médical. Cette formation débutera l'année prochaine, c'est-à-dire en 2010.

Sécurité en Afrique

S'il est vrai que l'AFRICOM s'inscrit dans le cadre global de la «Stratégie nationale desécurité» des Etats-Unis, il doit son existence avec la sécurité à travers le monde. C'est ainsi que l'un des objectifs de l'AFRICOM est de mettre un terme à des «guerres de longue durée», notamment en Afrique avec la République démocratique du Congo. Ce qui explique la rencontre du mois de mars qui vient d'avoir lieu à Douala, au Cameroun, et qui vise «à améliorer la sécurité des pays africains». Il est donc envisagé la création d'une «Armée africaine» pour intervenir rapidement dans des zones de conflits et mettre un terme à des guerres de longue durée en Afrique. Aussi, l'AFRICOM a reçu mission de coordonner les relations militaires à militaires entre les Etats-Unis et les pays africains.

Loin d'être une simple promenade, le Général William E. Ward est en tournée en Afrique pour souligner les préoccupations sécuritaires des Etats-Unis, mais également celles de l'Afrique. D'abord, en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, les Etats-Unis estiment que l'Afrique demeurent un terrain propice et qu'il faille veiller au grain. Le pétrole est aujourd'hui une «arme politique redoutable» à même de provoquer l'insécurité.

Les Etats-Unis se tournent présentement vers le Golfe de Guinée, en Afrique, pour réduire sa dépendance vis-à-vis du Moyen-Orient. Or, la RDC marche tout droit vers le cercle des pays producteurs du pétrole avec les découvertes de plus en plus importantes des réserves pétrolières le long du Lac Albert, dans la province de l'Equateur et à l'embouchure avec l'Angola, en plus du gaz du Lac Kivu.

Toujours au plan économique, les minerais congolais ont suscité de nombreuses convoitises et sont à la base des guerres qu'a connues la RDC. Il s'agit d'une véritable menace ressentie aux Etats-Unis marquée par l'achat de métaux de guerre servant à fabriquer des produits de haute technologie (radar, téléphone portable) tout en finançant de groupes armés. Une RDC déstabilisée est une vraie «menace» pour la sécurité mondiale.

Accélérer la coopération militaire

«Il n'y a pas d'Etat sans armée», avions-nous rappelé tout au début. La gestion de cette question doit être caractérisée par la redynamisation sans délai de la coopération militaire bilatérale et multilatérale, tant que la «défense militaire» passe pour le maillon faible de la RDC.

Cette redynamisation sera sous-tendue par l'élaboration d'une «vraie politique nationale de sécurité» qui servira d'instrument capital de travail à la réforme de l'armée et de la Police. Sans oublier bien sûr les services des renseignements.

Le moment est venu de tirer les grandes leçons de ces guerres d'agression, de ces pillages scandaleux, de cette présence fortement nuisible des groupes armés nationaux et étrangers sans que les FARDC les neutralisent. Comme l'a dit le Général William E. Ward, la «coopération régionale militaire est un développement positif». Mais il faut que la RDC ait quelque chose à donner sur le plan militaire. Sans armée professionnelle et performante, cette «coopération régionale militaire» affectera et aliènera toujours la souveraineté nationale et l'intégrité territoriale


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