Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Intégration des groupes armés - L'abbé Malumalu inquiet

Selon l'abbé Malumalu, qui intervenait vendredi lors de l'atelier de la Fondation Osisa, la liste définitive des membres des groupes armés congolais candidats à l'intégration au sein des FARDC a été bouclée à la date du 22 avril 2009. C'était de commun accord entre le Coordonnateur du programme Amani qu'il est, et le superviseur de la SMI (Structure Militaire d'Intégration), le colonel Kaumbu Yankole Isidore. A en croire les statistiques établies à l'étape de ce délai-butoir, les effectifs totaux des combattants intégrés se chiffrent à 20.666 (vingt mille six cents soixante-et- six) hommes.

Curieusement, le gros du contingent est constitué d'éléments FARDC ayant échappé jusque-là au brassage et au mixage, soit 8.592. Ceux-ci évoluaient comme des électrons libres, échappant à la fois au contrôle de la hiérarchie de l'armée régulière et à celui des chefs de milices armées. Le CNDP (Conseil National pour la Défense du Peuple) vient en seconde position avec 6.006 hommes, suivi de Pareco (2.872 hommes), des Mai-Mai Mongol (566 hommes), etc.

Selon l'abbé Malumalu, l'on devrait verrouiller les listes présentement disponibles, de manière à éviter le gonflement des effectifs et partant à faire imploser les prévisions budgétaires et logistiques arrêtées en fonction de la taille des unités réellement intégrées. Il soupçonne en effet les groupes armés d'être tentés de battre le rappel d'hommes, garçons et filles n'ayant rien à avoir avec leur passé de belligérants.

Pour le prélat catholique, les candidats à la démobilisation étaient peu nombreux, soit seulement 3.550. Toutefois, 7.130 combattants manquent à l'appel, soit pour n'avoir pas encore été identifiés par la SMI, soit parce qu'ils jouent les abonnés absents. Il croit que certains hésiteraient à se manifester, à cause du fâcheux précédent créé par certains bailleurs de fond qui se contentaient de récupérer les armes des éléments à démobiliser, de leur remettre un petit cachet et de les abandonner à leur triste sort. En conséquence, la peur du lendemain les poussait à réintégrer les groupes armés.

Cette fois, a-t-il promis, des dispositions pratiques ont été arrêtées pour l'encadrement des combattants démobilisés, en vue de leur réinsertion planifiée dans la vie civile.

L'autre source d'inquiétude de l'abbé Malumalu réside dans la trop grande étendue du « front» contrôlé jadis par les groupes armés, où l'autorité de l'Etat a du mal à être rétablie. C'est le cas notamment du Haut-Uélé ( sous le contrôle des rebelles rwandais de la LRA), du Mont Ruwenzori ( sous le contrôle du Nalu et de l'ADF du couloir partant de Lubero et passant par Masisi, Walikale, Lubutu jusqu'à Kalembe (sous le contrôle des FDLR).

L'interlocuteur de la presse a révélé que les quatre étapes de traque des FDLR, selon le Communiqué Conjoint de Nairobi, devaient s'articuler autour de :

1°) la formation de 14 bataillons des FARDC (8 seulement étaient formés mais rendus inopérants pendant 12 mois) ;

2°) les pressions militaires (proposition rwandaise) ;

3°) l'encerclement des FDLR ;

4°) l'étranglement des FDLR.

Compte tenu de l'enlisement de ce processus, la RDC et le Rwanda avaient finalement levé l'option des opérations militaires conjointes. Bien qu'elles soient une réussite, Malumalu déplore le fait que de nombreux rebelles rwandais ayant échappé aux mailles du filet se sont enfoncés à l'intérieur du pays, dans des zones difficiles d'accès, où ils se livrent à des actions de représailles contre les populations civiles.

La situation risque de se compliquer davantage avec les vagues des déplacés internes qui regagnent progressivement leurs milieux d'origine (880.000 au Nord-Kivu et 350.000 au Sud-Kivu), mais surtout les réfugiés congolais annoncés en Ouganda (41.774 selon le HCR), au Rwanda ( 52.668 selon le HCR), au Burundi (31.904 selon le HCR) et en Tanzanie (87.000 selon le HCR).

D'où, le Programme Amani envisage d'entrer dans le volet de la stabilisation et de la reconstruction, en initiant des actions de désenclavement et de développement communautaire. Le gouvernement finance sa structure à 99%, contrairement à une opinion répandue, selon laquelle tous les moyens viendraient de l'extérieur. L'abbé Malumalu a prévenu que si les autorités locales gèrent mal les contentieux fonciers que vont provoquer les arrivées des déplacés internes et des réfugiés, l'Est du pays risque de connaître un nouveau cycle de violence, du Nord-Kivu au Nord-Katanga.


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