Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: RDC - FMI - les contrats chinois ou rien

Kinshasa — La partie n'est ni gagnée ni terminée entre la République démocratique du Congo et le Fonds monétaire international. Certes, les discussions serrées de Washington ont pris fin. Au cours de cette rencontre, les négociations ont tourné autour du recadrage macro-économique durant toute la période de 2009 - 2011 ainsi que le bouclage du Plan de trésorerie pour le reste de l'année 2009, avec en toile de fond les contrats chinois.

En ce qui concerne le cadrage macro-économique, le gouvernement a présenté les principaux indicateurs conjoncturels du programme, à savoir le taux de croissance économique annuelle, le taux d'inflation et le taux de change. Quant au Plan de trésorerie, le gouvernement s'est attardé sur les garanties liées au Plan de trésorerie pour éponger le gap de 40 milliards de Fc. Notamment les recettes attendues provenant du secteur minier et du Portefeuille.

Mais comme je le soulignais dans ma précédente réflexion sur la « gestion hasardeuse» du gouvernement, le FMI n'a pas pris pour argent comptant les propositions sur ces « recettes hypothétiques». Il est demeuré dubitatif jusqu'à la fin de la session du mois d'avril de Washington en ne concluant le dossier que sur le plan technique. La question doit être maintenant examinée au «plan politique». D'où l'arrivée imminente du Directeur général du FMI, Dominique Strauss Kahn, à Kinshasa pour rencontrer le président de la République, Joseph Kabila Kabange.

Les entretiens entre les deux personnalités devraient aboutir à une «solution politique» en vue de conclure un accord avec le FMI. Cette solution politique, je l'avais déjà effleurée. Elle conduirait à la nomination d'un « nouveau Blumethal» à Kinshasa. Car le FMI, au regard de ses précédentes missions d'évaluation, doute de la capacité du gouvernement à exécuter correctement son budget. L'exécution a toujours été caractérisée par des dérapages, en terme de dépassements.

Pour éviter qu'au niveau de la chaîne de dépenses qu'il y ait un déséquilibre susceptible d'affecter le Plan de trésorerie, j'apprends que dans un document interne, le FMI a pris certaines dispositions. Cette institution envisage la possibilité de renforcer le rôle de la Banque Centrale du Congo en y adjoignant quelques «experts du FMI». C'est sur ce point précisément que porteront les discussions entre Dominique Strauss-Kahn et Joseph Kabila en vue de conclure en priorité un « accord politique» avant un « programme économique».

Je constate que si dans certains salons, on a sablé du champagne pour dire qu'on « a gagné à Washington», il n'en est encore rien. Bien au contraire, ce «succès de Washington» coince malheureusement la République démocratique du Congo. Pire, il réduit la marge du manoeuvre du président de la République. En effet, dans les conditions convenues au cours de la rencontre de Washington, la lettre d'intention qui est proposée au chef de l'Etat est semblable à «une corde au cou». La RDC ne pourra échapper au diktat du FMI.

Pour corroborer ce que je viens de dire, la lettre d'intention du chef de l'Etat doit être soutenue par un mémorandum des politiques économiques et monétaires. Un accent particulier doit être mis sur l'étude de faisabilité des contrats chinois. Un ultimatum que Dominique Strauss-Kahn communiquera personnellement au président Kabila. Une menace à peine voilée sous couvert de « négociations politiques». Car dans les milieux autorisés du FMI, on précise que la conclusion d'un PEG II est subordonnée au réajustement des contrats en vue de les rendre compatibles aux principes de l'initiative du Programme des Pays Très Endettés, PPTE. Il s'agira, prétend le FMI, de répondre aux critères d'égalité des chances en application au sein du Club de Paris.

Si le Directeur général du FMI fait expressément le déplacement de Kinshasa dans les tout prochains jours, c'est pour communiquer de vive voix le message secret de l'Assemblée générale du FMI.

Fort de l'accord éventuel du président de la République, avec en annexe le mémorandum des politiques monétaires et financières de la RDC, Dominique Strauss-Kahn pourra alors convaincre le Conseil d'administration du FMI de la recevabilité du dossier RDC. Dans le cas contraire, le «Dossier RDC» sera déclaré «irrecevable».

Si je suis revenu sur cette rencontre de Washington, c'est pour vous dire qu'entre la RDC et le FMI, les comptes ne sont pas encore bons. Mieux, un danger politico-financier guette la République démocratique du Congo Le chef de l'Etat, le gouvernement congolais et leurs experts sont appelés à prendre la mesure du danger pour adopter une stratégie commune de négociations. Il est surprenant d'apprendre qu'au sein de l'Exécutif, il y ait d'un côté ceux qui soutiennent «les contrats chinois», et de l'autre, les défenseurs de la thèse de la dette des institutions de Bretton Woods à telle enseigne qu'on en arrive aujourd'hui à des «solutions politiques». Comme si l'on exposait le président de la République. Et pourtant, les Chinois ont signé des contrats en Angola, au Cameroun, au Congo-Brazzaville, sans qu'on leur brandisse une quelconque menace. Dire que ces mêmes institutions, ces mêmes pays qui menacent la RDC se sont tournés vers les pays émergents, notamment la Chine, pour financer leurs économies en détresse. Au demeurant, les Congolais doivent ouvrir l'oeil, et le bon.

Sénateur


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