Kinshasa — 1.Comment se porte le secteur de l'exploitation et de la commercialisation du bois en RDC?
Le secteur du bois se porte mal quant à l'exploitation et la commercialisation du bois dans notre pays. La crise financière internationale qui frappe le monde n'épargne pas ce secteur. A quoi bon de continuer à exploiter, à abattre les arbres et à produire du bois, quand on ne sait plus vendre? L'effondrement des marchés du bois sur le plan international et l'effritement sans cesse du pouvoir d'achat sur le marché interne, ajoutez à cela le poids de la fiscalité et de la parafiscalité, ne sont-ils pas autant de questions qui n'augurent pas de lendemains meilleurs pour le secteur?
2. Quelles propositions utiles faites-vous au gouvernement d'une part, et aux opérateurs exploitants forestiers d'autre part?
Au gouvernement, nous ne cessons d'insister sur le fait qu'il doit s'assumer en exécutant le plan de sauvetage de crise qu'il a adopté pour accompagner le secteur du bois en cette période de crise. Le gouvernement doit comprendre que sans la mise en application des mesures d'allègement adoptées en réunion du Conseil des ministres du 13 février dernier, il est en train de sacrifier un secteur de production très important de l'économie nationale. C'est même suicidaire de la part du gouvernement s'il ne met pas en pratique ce qu'il a lui-même décidé en âme et conscience. Ces mesures portent, entre autres, sur la suspension de la redevance de superficie forestière, de la suspension des droits de sortie, la suppression de la taxe sur carburant, la diminution de la taxe demi-transit à l'Onatra, la suspension de la taxe de reboisement, et la suspension de la taxe de promotion de l'industrie dans le cadre du Fonds de promotion industrielle, la révision au tiers de l'impôt sur le chiffre d'affaires (Ica) applicable aux ventes locales de bois, etc. Enfin, nous proposons au gouvernement d'éviter la double taxation pour une même activité inhérente au secteur et d'harmoniser réellement avec les différents services taxateurs, car, agir autrement, serait de la tracasserie et terrorisme fiscal. Le gouvernement doit ouvrir l'oeil sur l'exploitation forestière illégale et organiser le secteur artisanal. Le dossier relatif à la conversion des anciens titres en contrat de concession forestière restant pendant, le Premier ministre doit prendre un décret pour convertir les sociétés qui ont reçu les observations particulières de la part de la commission interministérielle conformément à la décision du Conseil des ministres du 13 février 2009. Pour la FIB (Fédération des industriels du bois en RDC), il s'agit de Transbois, ITB/Bikoro, Parc Afrique et Safo. Quant aux exploitants forestiers industriels, ils sont tenus au respect des textes réglementaires et des lois qui régissent leurs activités et des obligations vis-à-vis de l'Etat et des populations locales afin de préserver la paix sociale.
3. En votre qualité d'ancien gouverneur de la province de l'Equateur, que dites-vous de la détérioration de la situation politique marquée par des tensions de toutes sortes dans cette partie de la RDC?
C'est très malheureux et très regrettable avec tout ce que nous apprenons sur l'Equateur maintenant. Je crois qu'il y a un sérieux problème quant au respect des lois, des personnes et même de l'affirmation de l'autorité de l'Etat. On ne dirige pas un pays sur base des sauts d'humeur. Il est grand temps que tous, gouvernants et gouvernés, on apprenne à respecter la loi et qu'on s'y conforme aux règles de jeu. Les institutions démocratiques mises en place doivent jouer leur rôle et non être la source de conflit. Il ne faut pas que l'Assemblée provinciale de l'Equateur crée de la confusion dans les esprits. Respectons tous les lois du pays, respectons le droit tel qu'il est dit par nos cours et tribunaux et respectons la procédure définie par la loi chaque fois qu'on veut amorcer une action. L'heure est à l'apaisement et non aux tensions. Evitons des déchirements et des querelles inutiles. Je dis à mes compatriotes de l'Equateur ceci: «la politique est un métier noble mais exerçons-le avec dignité».
4. Quelles sont pour vous les stratégies de développement à court et moyen termes pour votre province?
Deux atouts majeurs pour le développement de la province de l'Equateur: l'agriculture et l'exploitation forestière industrielle. L'Equateur doit profiter de sa forêt. Elle doit être une source des richesses et l'exploitation forestière industrielle est capable de créer des emplois et de générer des richesses. Quitte à l'Etat congolais de rétrocéder réellement à la province, conformément aux lois, la part de la manne forestière qui lui revient. La relance de l'agriculture est une priorité pour la province. Il faut donner d'abord à manger à la population. Un apport en intrants agricoles reste indispensable. Cela suppose aussi la réhabilitation des routes de desserte agricoles pour faciliter l'évacuation des produits agricoles vers des centres de consommation. Ce sont des actions à entreprendre à court terme. A long terme, il faut envisager de remettre en état, les centres de formation et d'encadrement agricole, les écoles techniques pour renforcer les capacités des paysans, des moniteurs agricoles, des animateurs ruraux, des vétérinaires, etc. Il faut enfin relancer l'agriculture industrielle (palmier, coton, canne à sucre, caféier, cacaoyer) et l'élevage du gros bétail.
5. La date du 30 avril de chaque année est une dédiée à l'enseignement en RDC. Quelle place occupe ce secteur dans la vie d'un individu?
Vous savez bien que je suis un enseignant, donc un éducateur. Dans la mesure où l'éducation tend à faire de l'individu un être utile à la société, le secteur de l'éducation revêt une place de choix dans la vie non seulement d'un individu, mais aussi de toute une nation. La RDC pour avoir négligé le secteur éducatif paie les frais aujourd'hui. Le pays est devenu un empire d'anti-valeurs. Qui l'aurait cru? Il faut revaloriser l'enseignant et le secteur pour façonner le Congolais. Un réarmement moral pour des lendemains meilleurs passe par l'éducation du Congolais aux vraies valeurs. Le président Joseph Kabila a très bien compris cela quand il fait de l'éducation l'un des cinq chantiers de la République.
Gouverneur honoraire de l'Equateur. Professeur à l'ISP/Gombe. Consultant FEC de la Fédération bois.

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