C'est ce que la plupart des observateurs congolais craignaient dans l'affaire Nkunda qui risque malheureusement de se produire. A savoir le refus du Rwanda d'extrader l'ex-chef rebelle vers la RDC.
Beaucoup de responsables congolais avaient en effet continué de soutenir, même en dépit des évidences, que cette extradition se ferait envers et contre tout, c'est-à-dire y compris contre les intérêts du Rwanda lui-même. En fin des comptes, les masques sont tombés à la faveur de la rencontre qui se déroule depuis mardi à Kigali entre responsables congolais et rwandais de la justice. Une rencontre sur laquelle le ministre rwandais de la justice en personne avait annoncé les couleurs en déclarant que Laurent Nkunda pourrait en effet être transféré du Rwanda vers un autre pays neutre. Selon le ministre rwandais, les lois de son pays interdisent l'extradition d'un prévenu vers un pays où il risque la peine de mort.
Ce rebondissement ne surprendra en réalité que les naïfs, ceux qui, pour une raison ou une autre, trouvaient consolation sinon plaisir à penser que l'extradition de l'ex-leader du CNDP se ferait automatiquement. L'affaire pourrait être d'autant plus embarrassante que les autorités de Kinshasa, avec un ensemble touchant, n'hésitaient pas, il y a encore peu, à promettre à l'opinion que cette extradition aurait lieu afin que Laurent Nkunda réponde des crimes commis durant ses 5 ans de rébellion.. Afin d'atténuer la déception fort compréhensible de la partie congolaise, le ministre rwandais de la justice, Tharcisse Karugarama, a indiqué que le Rwanda et la RDC se pencheraient dans leurs discussions de Kigali sur l'obstacle juridique, afin de trouver un compromis qui mette les deux pays d'accord. Même si Nkunda est congolais, indique-t-on, une déclaration commune aux deux parties stipule en effet que la loi rwandaise s'applique à l'ex-chef rebelle tant qu'il sera sur le sol rwandais.
C'est le mardi que le ministre congolais de la Justice, Baptiste Luzolo, s'est envolé pour Kigali en promettant de fixer rapidement l'opinion nationale sur la question. Rappelons que nous n'en sommes pas au premier rebondissement du genre dans cette affaire de l'extradition. L'un des épisodes les plus pittoresques a été, au plan judiciaire, le rejet, au mois de mars de dernier, par la justice rwandaise, de la demande de mise en liberté du chef rebelle congolais. C'est le tribunal de première instance de Nyarugenge dans la ville de Kigali qui avait jugé sans fondement la requête introduite par la défense de Laurent Nkunda, invitant celle-ci à « recourir à d'autres instances judiciaires compétentes. Hits Voilà comment et pourquoi les avocats de Laurent Nkunda étaient allés en procès contre le gouvernement rwandais, accusant ce dernier de détenir illégalement leur client. Ce à quoi les avocats du gouvernement, tout en prenant acte de la démarche des conseils de Laurent Nkunda, ont répondu en jugeant par contre le tribunal incompétent pour siéger sur ce dossier.
C'est le point de vue des avocats du gouvernement rwandais qui l'a en définitive emporté, le Tribunal de Grande Instance de Gisenyi s'étant déclaré incompétent pour traiter la requête introduite par les avocats de Laurent Nkunda pour la mise en liberté de leur client, toujours détenu à Gisenyi. Il s'agit maintenant de traduire ces développements en termes politiques et de trouver les mots les plus justes pour expliquer à l'opinion comment et pourquoi l'ex-chef rebelle, en vertu de la loi rwandaise - ce que l'on savait - ne peut être extradé vers la RDC.

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