Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Cinq questions à Jean-Paul Dietrich

interview

Kinshasa — La Monuc et les FARDC vont mener de façon conjointe l'opération «Kimia II». Pourquoi cette opération alors qu'il y avait «Umoja Wetu»?

Après l'opération conjointe RDC-Rwanda, on a voulu exploiter la dynamique et le résultat de cette initiative à travers le déploiement des militaires des FARDC avec l'appui de la force de la Monuc pour traquer les FDLR. Le but final de cette opération est la neutralisation des FDLR sur le sol congolais. Cette opération comporte trois phases: couper les FDLR de leurs sources de ravitaillement en armes et moyens financiers à travers des gisements miniers; restreindre leur liberté d'action; rechercher le regroupement des FDLR pour les neutraliser et les chasser de leur base arrière. Nous avons mis en place des centres d'opérations tant à Goma qu'à Bukavu ainsi que dans chaque secteur où il y a une cellule de coordination conjointe animée par les officiers congolais et ceux de la Monuc. Comme nous l'avons souligné, les préparatifs de l'opération «Kimia II» sont en cours.

Comment se déroule l'opération sur le terrain?

Il y a quelques semaines, la Monuc et les FARDC ont signé la directive principale des opérations «Kimia II». Le commandant de la force de la Monuc et le chef d'état-major général des FARDC l'ont signé. A cette occasion, les commandants, tant de la Monuc que ceux des FARDC engagés dans l'opération à tous les niveaux sont désignés et connus. Ils participent aux rencontres de planification. Je rappelle que le 28 avril 2009, le commandant de la force de la Monuc, le lieutenant général Babacar Gaye a présidé une réunion de planification à Bukavu à laquelle le général des FARDC, Amuli a pris part pour examiner les plans de l'opération et les mesures visant à renforcer la protection des civils dans les zones opérationnelles. Il s'agit des opérations de bouclage et de ratissage menées conjointement avec les FARDC. Concrètement, le soutien de la Monuc à l'opération «Kimia II» est global. Nous apportons un soutien logistique, en carburant, en ration alimentaire, en soutien médical et dans le transport. La Monuc soutient également les FARDC en appui pendant les opérations de bouclage et de ratissage.

Est-il exact que le général Bosco Ntaganda du CNDP ne fait pas partie des officiers congolais engagés ou associés à l'opération «Kimia II»?

Dans un aucun document officiel dont nous disposons, le nom du général Bosco Ntaganda n'est repris. Il n'est pas non plus visible avec les FARDC pendant les opérations, ni au cours de nos discussions. Je dois vous dire qu'à un moment donné, il faut faire confiance au gouvernement qui nous a assuré que le général Bosco Ntaganda n'aura aucun rôle à jouer pendant l'opération «Kimia II». Je vous signale qu'à part le processus de planification et de déploiement des militaires, il y a plusieurs activités que mène la Monuc conjointement avec les FARDC dont les résultats sont palpables. Au Nord-Kivu, le bouclage et le ratissage menés conjointement entre les FARDC et la force de la Monuc, ont permis l'arrestation de 16 combattants FDLR et la reddition des 6 autres, avec un total de 12 armes. D'après les FARDC, 45 éléments des FDLR ont été tués lors des affrontements dans la forêt entre Kibirizi et Kirima ainsi qu'à Katimba, situé à 3 km de Kiwanja, dans le Masisi.

La formation accélérée dispensée par la Monuc, ne serait-elle pas le secret du bon déroulement de l'opération «Kimia II»?

En effet, la formation accélérée s'inscrit dans le cadre de l'intégration des groupes armés. Elle est différente de celle d'une durée de trois mois planifiée en application des résolutions 1756 et 1794 du Conseil de sécurité. La formation accélérée que nous avons eu l'occasion d'observer à Sake au Nord-Kivu, concerne les données de base pour un militaire. C'est une formation expérimentale donnée aux 100 soldats issus des groupes armés. Nous sommes satisfaits du résultat. D'autant que les éléments en formation se considèrent comme des soldats des FARDC à part entière et ont oublié leur passé au sein des groupes armés. A ce jour, la force de la Monuc a achevé deux sessions complètes de formation d'une durée de trois mois. La 3ème session effectuée dans les site de Luberizi et Nyaleke vise la formation de trois bataillons composées d'environ 950 soldats. Au terme du programme de formation prévu en décembre 2009, la force de la Monuc aura formé 28 bataillons intégrés. L'implication de la Monuc dans la formation des FARDC constitue une avancée majeure des Nations unies dans le programme de la réforme du secteur de sécurité en RDC.

Avec la traque des FDLR, pouvons-nous affirmer que la Monuc a réussi à relever le défi dans le secteur sécuritaire en RDC pour préserver la paix?

On doit considérer cette réalité vécue par la force de la Monuc sur terrain. Elle a accompagné les FARDC dans la traque des FDLR pour protéger les civils. La Monuc a appuyé le processus d'intégration rapide et soutenu la formation de l'armée congolaise. Il s'agit là, pour nous, d'un grand défi. Loin de nous de critiquer les FARDC, notre souhait qu'elles soient payées, disciplinées, encouragées de manière que la population les respecte et les soutiennent volontairement sur tous les fronts. Toutes nos sympathies sont avec les soldats des FARDC et leurs familles au front.


Copyright © 2009 Le Potentiel. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire — ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 130 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations d' AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

Comments Post a comment