L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Rwanda: Région des Grands-Lacs : Noces rwando-congolaises sur le dos de N'Kunda

L'invitée surprise à la deuxième guerre en République démocratique du Congo (RDC) était donc ce minuscule Rwanda à l'appétit gargantuesque qui rêvait de dompter son illustre voisin. D'où la rupture des relations diplomatiques entre David et Goliath en 1998, après que le pays des mille collines eut offert tout son arsenal guerrier au général rebelle congolais Laurent N'Kunda pour achever son Å"uvre. Peine perdue, en dépit de la mort semée dans le Kivu.

Car, quelque dix ans après, la paix des braves se sera révélée la vertu la mieux partagée dans les différents états-majors. Mais, on n'ira pas loin pour trouver le mouton sacrificiel, puisqu'il était bien là, à portée de tirs, le général Laurent N'Kunda qui sera cueilli pour son parrain rwandais le 22 janvier 2009, et placé en résidence surveillée dans la ville frontalière de Gyseni. Néanmoins l'on peut, à juste titre, se demander combien de temps durera ce pacte quand on sait qu'il s'est écrit sur le dos, pas des plus larges, du général déchu et en captivité.

Déjà, ne voilà-t-il pas que Joseph Kabila, qui sabrait dès lors le champagne ne recevra plus son scalp, Paul Kagamé ne voulant pas, et c'est de bonne guerre, courir le risque de s'attirer les foudres des Tutsis qui peuplent leurs frontières communes, et surtout celles des anciens combattants du Conseil national pour la défense du peuple (CNDP), l'ex-mouvement rebelle en voie d'intégration dans l'armée, restés fidèles à N'Kunda ?

Malgré tout, les armes se sont tues ; les populations frontalières peuvent désormais dormir du sommeil du juste, en dépit des petites étincelles qui rythment le quotidien aux portes de Goma au moment où les deux capitales s'apprêtent à convoler en justes noces. Il n'est pas, en effet, un seul pays qui n'ait pas salué la reprise programmée des relations diplomatiques entre les deux pays.

Tous les honneurs toutefois au Rwanda, qui a fait le premier pas, en officialisant la nomination de son ambassadeur en République démocratique du Congo, en la personne d'Amandin Rugira. L'on imagine aisément que, du côté de Kinshasa, le retour de l'ascenseur ne saurait tarder pour peu que Joseph Kabila, à l'instar de son homologue et belliqueux Kagamé, veuille lui aussi souscrire à la fin définitive des hostilités.

Depuis Bruxelles, le commissaire européen au développement et à l'aide humanitaire, Louis Michel, n'y verrait qu'un "pas extrêmement positif dans la normalisation des relations entre les deux pays ; un pas attendu avec impatience depuis plusieurs années". Aux quatre coins de la planète, le rêve est, certes, unanimement entretenu, mais l'équation N'Kunda reste à résoudre.

Que faire, en effet, de ce colis encombrant, qui demeure une bombe non désamorcée, dans ce contexte de noces rwando-congolaises ? Si la réponse se fait toujours attendre, une voie semble se dessiner : celle d'un exile doré au Golfe persique ou en Afrique de l'Ouest, en toute impunité. La paix entre le Rwanda et la République démocratique du Congo valait-elle un tel massacre, mon général ?


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