Kinshasa — Comme le diamant ne paye plus, des jeunes creuseurs artisanaux quittent le Kasaï et se replient sur Kinshasa où ils sont nombreux à faire le taxi-moto. Une activité en pleine expansion qui les fait vivre.
A l'entrée de la 7ème rue à Limete, près du grand Boulevard Lumumba au coeur de Kinshasa, un parking de taxi motos attire l'attention de tous. Il existe depuis quelques mois à peine. Ici, on voit aller et venir des dizaines de ces engins transportant à toute vitesse des clients pressés. Dans l'immense capitale congolaise en proie à d'énormes difficultés de transport en commun, ce nouveau mode de déplacement a vu le jour il y a près de deux ans, dans des quartiers périphériques de la ville difficiles d'accès en voiture ou en bus. Exercée jusque-là par des jeunes Kinois, cette activité est petit à petit prise en main par d'anciens creuseurs artisanaux de diamant venant des provinces du Kasaï, au centre du pays. «Les diamants ne se vendent plus, en tout cas pas comme avant », explique Gaston Kabongo, 23 ans, arrivé de Mbuji-Mayi, au Kasaï-Oriental.
De nombreux creuseurs de diamant ont en effet quitté ces derniers mois les zones minières du Kasaï, considérées jusqu'il y a peu comme des véritables eldorados, à cause de la crise financière qui frappe ce secteur depuis le début 2009. Leur rêve d'y faire fortune s'est vite brisé suite à la chute des cours des minerais sur le marché international. Localement, dans les Kasaï, la petite pierre précieuse tant recherchée ne pèse plus lourd sur la balance. «Un petit colis de diamants mêlés (grains mélangés de qualité moyenne, Ndlr) qui s'achetait avant à 15 $ le carat se marchande actuellement entre 3 et 4 $...», témoigne Jean-Félix Kabemba, qui a travaillé pendant six ans comme creuseur.
Plus sûr que la mine
A l'époque des vaches grasses, quand le diamant se vendait bien, ces jeunes creuseurs venaient souvent à Kinshasa faire la fête, s'acheter de beaux vêtements, des appareils électroménagers... Aujourd'hui, nombre d'entre eux quittent les mines pour la capitale, à la recherche d'une nouvelle activité. Et le métier de taxi-moto semble bien leur convenir. «A Mbuji-Mayi, la moto a toujours été pour moi un moyen de déplacement rapide dans mes affaires. J'en avais fait un outil de travail indispensable et j'en connais les mérites», explique Jean-Félix.
Ces engins largement utilisés sur les routes cahoteuses du Kasaï et des villes des provinces, sont aujourd'hui la principale source de revenu de ces anciens creuseurs de diamant reconvertis en taximen. Les recettes qu'ils engrangent varient de 8 000 à 14 000 Fc (10 à 15 $) par jour. «J'arrive ainsi à nourrir ma petite famille », avoue Mukumba Seco, qui travaille pour le compte d'un patron, propriétaire de moto. En plus de son salaire mensuel de 100 $, Mukumba bénéficie à la fin de chaque semaine d'un bonus qui équivaut à la moitié de la recette journalière. De l'argent qu'il reconnaît avoir souvent gagné comme creuseur, mais pas «de manière aussi permanente et assurée», précise-t-il.
En outre, faire le taxi moto paraît plus sécurisant pour ces ex-creuseurs de diamant, jeunes pour la plupart. «La mine était certes une mère nourricière pour moi. Je devais creuser pour vivre. Mais ce métier qui nous rapportait de l'argent ruinait à la fois notre santé et comportait de nombreux risques », affirme avec un brin de soulagement Oscar Tshongo, 29 ans.
S'organiser pour plus de crédibilité
Pour mieux gagner leur vie, ceux qui travaillent encore pour le compte d'un patron caressent tous le rêve de s'acheter un jour une moto. A l'exemple d'Oscar Tshongo, qui fait des recettes d'environ 500 $ par mois. «Aujourd'hui, je gagne dignement mon pain. Avec mes économies, j'espère pouvoir acheter une autre moto», assure-t-il, sans trop regretter sa vie de creuseur. Il entend plutôt faire du taxi-moto sa profession.
Selon Pasco Mujanayi, président de l'Association des conducteurs de motos (ACM), près de 800 motos font actuellement le taxi à Kinshasa. Son souci est de rendre cette jeune structure «plus sérieuse et plus crédible» aux yeux des autorités et du public, pour que cette activité qui commence à peine dans cette ville fasse bien vivre ceux qui l'exercent.

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