Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: La guerre de libération et le nouveau cycle de pillage des richesses de la RDC

Kinshasa — Le 17 mai 1997, la RDC inaugure l'ère post-Mobutu. Le peuple congolais fête la « libération ». En même temps, l'extérieur - envieux de ses ressources naturelles - découvre un pays fragile et inapte à se défendre. C'est le début d'un nouveau cycle de prédation et de pillage des richesses de la RDC. La deuxième libération se fait attendre.

Etait-il en avance par rapport en son temps ou bien en retard ? Des réponses divergent sur ce point à propos de la personne de Laurent-Désiré Kabila. Huit ans après sa mort, Laurent-Désiré Kabila continue à entretenir le mythe autour de sa personne plus que jamais emblématique. Que dire aussi de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) ?

Véritable nébuleuse, l'AFDL n'a pas pu résister à l'épreuve du temps. Elle a fini par être emportée par le courant de l'histoire. Etait-ce le fait de son idéologie dépassée ou d'une mauvaise coordination des ambitions de ses principaux dirigeants ? Là-aussi, les avis vont dans tous les sens. Mais, le plus évident est que l'AFDL se conjugue aujourd'hui au passé.

Nombre d'analystes pensent que le pouvoir AFDL a subi juste le contrecoup d'une accumulation d'erreurs aussi bien politique qu'économique. Elle est tombée sur son propre piège, le même qui l'a accompagné durant sa marche de moins d'une année sur Kinshasa.

En multipliant des accords - parfois contre nature - le pouvoir AFDL s'est créé beaucoup d'ennemis jusque dans son propre camp. C'est dans cette dynamique qu'est née, par exemple, la rébellion du 2 août 1998, suivie par bien d'autres qui se sont développés dans différents coins du pays.

DES CHOIX ECONOMIQUES INAPPROPRIES

Par son discours et son idéologie, Laurent-Désiré Kabila a évolué en contre-courant de son époque. Bref, il a été mal compris. Certes, avec un peu de recul, l'on commence de plus en plus à comprendre la profondeur de sa pensée, sa vision de poser des vrais jalons pour un « Congo plus beau qu'avant ».

Le Service national, le Comité de pouvoir politique, les Cantines populaires sont autant des projets pour lesquels Laurent-Désiré Kabila pensait mobiliser toute la population congolaise en particulier, et l'Afrique, en général.

Le 29 juin 1998, il dévoile sa vision lors du troisième sommet de la Comesa à Kinshasa. Il a saisi l'occasion pour définir la ligne de conduite et le rôle que jouera un jour le Congo non seulement au sein de cette organisation régionale, mais en Afrique et dans le monde. «Notre pays, a-t-il déclaré, a la vocation d'exporter non seulement la paix, mais aussi le développement et la sécurité au reste de l'Afrique. Un Congo faible, c'est une Afrique vulnérable et affaiblie à partir de son centre, une Afrique malade de son coeur. Nous devons refuser d'être un peuple à qui on prend tout, sous prétexte qu'on veut lui apprendre, y compris le sentiment de notre appartenance au genre humain ».

Il avait de très belles idées pour ce Congo démocratique. Mais, il a pêché par ses méthodes et ses choix économiquement irrationnels, oubliant quelque fois que la roue de l'histoire avait changé de direction.

C'est sans surprise qu'arriver au pouvoir par la suite de la mort de Laurent-Désiré Kabila, Joseph Kabila, son successeur balaie d'un revers de la main les grands principes économiques développés par son prédécesseur.

Avec Joseph Kabila, la RDC renoue avec les partenaires extérieurs et ouvre son économie au jeu de la concurrence, par la libéralisation de ses secteurs clés. La RDC passera dès janvier 2001 de l'économie socialiste de LDK à une économie sociale de marché. Rupture !

L'EXTERIEUR DECOUVRE LE CONGO UTILE

Le 17 mai 1997 rappelle non seulement la chute du régime de Mobutu, mais elle représente le début d'une longue saga sur les ressources naturelles de la RDC.

Guerre de libération en ses débuts, le mouvement mené par les troupes de l'AFDL a plongé le pays dans une véritable spirale de la violence où chacun, selon la puissance de ses alliances, participe à sa manière à l'industrie du pillage des richesses de la RDC.

Depuis plus de 10 ans, le Congo patauge et se bat comme diable dans un bénitier pour sortir de ce long cycle de violence. Comme il y a douze ans d'où est parti le mouvement de l'AFDL, la partie Est de la RDC demeure toujours le théâtre d'un vaste pillage organisé des richesses naturelles de la RDC. Les parrains d'hier ont trouvé un terrain bien propice pour développer et étendre leurs activités.

Le mouvement du 17 mai 1997 a donné l'occasion à certaines personnes physiques ou morales, de découvrir le côté le plus attrayant de la RDC, c'est-à-dire ses ressources naturelles. Et, elles ne sont pas prêtes à lâcher prise ou à mettre fin à leurs activités. Les tensions persistantes de l'Est en témoignent.

Laurent-Désiré Kabila a certes libéré les Congolais de 32 ans de règne mobutiste, mais il a, en se détournant en 1998 de ses divers parrains, attisé la convoitise extérieure sur les richesses de la RDC.

En se souvenant ce week-end de 12 ans de « libération », le Congolais espère une autre forme de libération pour mettre hors d'état de nuire les mains noires qui entretiennent le pillage et la prédation de ses ressources naturelles.


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