Gabonews (Libreville)
Rostano Eloge Mombo Nziengui
22 Mai 2009
Libreville — Dans une interview accordée à GABONEWS, Maître Minkoe Mi Nzé, artiste émérite gabonais, peintre et sculpteur, professeur d'arts plastiques à l'Ecole nationale d'arts et de manufactures (ENAM) de Libreville, qui expose plus d'une vingtaine de toiles dès ce vendredi 22 mai jusqu'au 29 du mois, a déclaré que «Le Gabon doit affirmer son identité culturelle à travers l'art afin de trouver une voix imposante face à la diversité culturelle actuelle».
Pour Maître Minkoe Mi Nzé, « l'objectif de tout artiste à faire une exposition c'est de partager ses nouvelles créations avec le public, faire connaître ses nouvelles tendances. Et se faire apprécier, parce que le public est comme un jaugeur. C'est lui qui vous dit si vous êtes en progression, surtout pour moi spécialement cela fait neuf ans que je n'ai plus exposé ». Interrogé par GABONEWS sur ses attentes, il a affirmé que « ses attentes se résument à l'appréciation du public. L'attente c'est faire connaître ses nouvelles créations. Elle n'est pas tellement financière, car la vente n'importe pas aux yeux de l'artiste. Moi, c'est neuf ans d'absence, neuf ans d'hibernation. Et après neuf ans, il faudrait que j'extériorise mon bouillonnement, mes nouvelles vibrations ». Interpellé sur la relation entre l'artiste peintre sculpteur et le mysticisme, Minkoe Mi Nzé a expliqué que « l'art est d'abord mystique. Dieu étant le premier architecte du monde, le fait que nous dormons, mangeons relève du mystique. Nous sommes donc des êtres mystiques, car nous sommes des temples qui errent ». « L'homme est un ensemble des données mystiques. Art sans mystique n'est pas art, même la chose la plus simple du monde, même un point sur une toile à une consonance mystique. En effet, tout commence par un point. Avant la ligne c'est d'abord le point. Donc le foetus à une lecture qui est autre. Un artiste qui n'est pas mystique, n'est pas encore rentré en lui-même, » a-t-il ajouté.
D'ailleurs, « n'est pas artiste qui veut. Même si au départ nous sommes un tout. Chacun de nous est artiste, médecin Maintenant l'essentiel est la tendance d'aimer un domaine quelconque. Etre artiste, c'est choisir la voie de la communication avec l'au-delà, avec l'irréel que nous rendons réel, l'informe à qui nous donnons la forme. Et tout ceci n'est pas simple». Pour l'illustrer, « voyez-vous les masques de nos anciens qui aujourd'hui coûtent des milliards. C'est de simples bouts de bois de 42 centimètres chargés par des hommes, mais qui ont une autre valeur. Cette valeur n'est pas simple. Ce n'est pas le beau pour le beau comme en occident. C'est le beau utilitaire, le beau mystique, le beau rituel. L'art s'apparente à tout cela. C'est donc le mystique, le spirituel qui me permet de créer le beau. Car le beau est mystique ». « Mon public cible par rapport à cette exposition est l'ensemble du public. C'est un partage avec des contemplateurs. Car je peins pour les collectionneurs. Des hommes épris de cultures. J'interpelle les esprits sensibles qui voudraient partager avec moi ce que le très haut m'a légué. Car mon oeuvre est la transcription de ma culture.
Aujourd'hui mes oeuvres font école. Mais il se cache toujours une touche, la pâte du vieux, le mystère des symboles. » En terme d'innovations, neuf après son retrait de la scène, Maître Minkoe a fait remarquer que « ce n'était pas un repos, j'hibernais. Les innovations pourront se lire dans les formes que je donne à mon oeuvre. C'est la force que je donne à la sculpturo-peinture, c'est-à-dire le volume que je donne à ma peinture. Par ailleurs, « l'innovation c'est aussi le champ d'encadrement, c'est le nouveau visuel que je donne à mon oeuvre. C'est la force chromatique qui se dégagerait de mon oeuvre, c'est la vérité qui se traduira à travers la gestuel que j'ai transmise dans l'oeuvre ». Questionner sur la spécificité de son oeuvre, mêlant la peinture à la sculpture, Minkoe Mi Nzé a indiqué que « l'africain est d'abord sculpteur. Vous savez notre peinture était vivante, corporelle.
Donc quand il y a des cérémonies de danse, on peint les corps. Elle était en mouvement. Notre peinture était parfois décorative, c'était des maisons qui étaient décorées. Elle n'était pas le beau pour le beau. L'africain est reconnu dans sa sculpture. Et sa sculpture est mythique. C'est une représentation des mythes de nos ancêtres. C'est le pont entre les vivants et les morts ». Selon le professeur, « les siècles présents nous ont amené à nous affirmer dans la peinture, ce qui n'est pas une mauvaise chose. Mais notre peinture est loin du beau pour le beau. C'est une peinture que je voudrais lier à la puissance, au verbe, à l'imagerie de nos cultures ».
« Donc le mariage entre la peinture être la sculpture chez moi n'est pas hasardeux. C'est une volonté de transcrire, de lier ce que les gens voulaient séparer. Une volonté de rendre plus puissante ma peinture. C'est-à-dire je voudrais que ma peinture soit une peinture que l'on touche aussi. Je voudrais pour une fois que les yeux aient des mains vivantes. Car il y a une sensation, une vibration d'appel entre la peinture et le visiteur. Je voudrais que mes oeuvres soient réservées à la contemplation à la méditation, au voyage transcendantal, » a-t-il dit. En ce qui est de la transmission de ses compétences artistiques, le peintre-sculpteur a affirmé que « c'est cette idée d'héritage qui m'a conduit à l'enseignement. C'est pourquoi j'ai créé des ateliers. Il faudrait qu'on crée une démarcation entre la sculpture occidentale et la nôtre. On doit utiliser des matériaux qui fondent notre terroir.
La « Joconde » de Léonard De Vinci est peinte sur du bois traité. C'est pourquoi j'ai beaucoup d'admiration pour le sénégalais Ousmane Sow que je considère comme le plus célèbre du monde aujourd'hui. Il faut qu'on se départisse de la peinture sur la toile ». Au sujet de son rôle dans la fête des cultures que célébrera le Gabon, le 29 au 31 mai prochains, l'artiste a dit qu' « il a été sollicité pour être membre du jury dans la catégorie art plastique. Mon exposition agrémentera cette fête. Car la fête des cultures est le miroir des cultures africaines particulièrement celles du Gabon. Mon exposition sera un clin d'oeil à la fête des cultures ». Le thème autour duquel la fête des cultures s'articulera cette année est « Langue et diversité culturelle ». Pour le peintre sculpteur, « c'est un thème universel.
Aujourd'hui nous parlons dans le monde entier de cette thématique. Le Gabon doit montrer ses spécificités, son langage pour qu'il puisse rentrer dans cette diversité culturelle. C'est comme un doute. Le Gabon doit affirmer son identité culturelle à travers l'art afin de trouver une voix imposante face à la diversité culturelle actuelle. C'est un pari d'excellence qui permet à chaque identité de pouvoir défendre ses valeurs culturelles ». Dans les perspectives, Maître Minkoe Mi Nzé a conclu qu'il veut s'ouvrir au monde en participant à des symposiums et grandes expositions internationales sur la peinture et la sculpture notamment à Lyon où il est invité, tout en débutant par le Mali qu'il considère comme un pays de l'Art, de la finesse, de l'artisanal. Un pays qui sort beaucoup mais qui n'en reçoit pas assez culturellement. Tout en déplorant le fait que l'artiste gabonais n'échange pas assez avec les frères africains. Or, l'art favorise l'intégration africaine.
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