Dominique Strauss-Khan, Directeur Général du Fonds Monétaire International (FMI), séjourne à Kinshasa depuis le samedi 23 mai 2009. Hier dimanche, il s'est entretenu avec le Chef de l'Etat, Joseph Kabila, avant de se livrer au même exercice avec le Premier ministre, Adolphe Muzito. Il a eu à s'entretenir aussi avec les membres du gouvernement chargés des ministères associés au suivi du programme avec le FMI, de la FEC et de la Société Civile.
Hier en soirée, le Premier ministre Muzito lui a offert un dîner au Grand Hôtel Kinshasa, en présence de l'ensemble du gouvernement, des sénateurs et d'hommes d'affaires, congolais comme expatriés. Selon le patron du FMI, le mobile de sa présence en RDC était d'échanger avec les autorités congolaises autour des ultimes écueils de blocage du processus devant aboutir à la signature d'un accord avec la RDC.
Il a du reste fixé le décor en termes sans équivoque : « j'ai voulu pouvoir en discuter sur place avec le Premier ministre et le président Kabila. La conclusion d'un accord relève toujours des deux parties. Il faut qu'elles arrivent à tomber d'accord. Je crois nous ne sommes pas très loin et que le moment est donc venu d'avancer. Je ne viens pas dans une mission de négociation. Ce n'est pas mon rôle. Ce sont mes équipes sur place qui négocient. Mais, je viens essayer de voir comment les derniers problèmes peuvent être résolus ».
Naturellement, dans l'imaginaire collectif congolais, l'on se poser des questions au sujet de la non satisfaction du fameux Point d'Achèvement de l'Initiative PPTE ( Pays Pauvres très Endetté ). Alors que de nombreux pays d'Afrique, dont le Ghana, ont déjà répondu à cette conditionnalité devant déboucher sur l'effacement d'une partie substantielle de leur dette extérieure, la RDC connaît des ajournements à répétition, tant et si bien que le commun des Congolais aimerait comprendre le sens de l'optimisme qu'affiche Dominique Strauss-Khan.
Ces deux dernières années, on s'en souvient, des alertes aux dérapages monétaires dans l'exécution des budgets nationaux sont parties des experts du FMI et de la Banque Mondiale, rappelant à tous que les gestionnaires de l'Etat congolais accusaient beaucoup de faiblesses dans la mobilisation et la consommation des ressources financières nationales et des crédits en provenance de l'extérieur.
On veut bien croire Dominique Strauss-Khan lorsqu'il déclare que « le Congo est l'un des grands pays d'Afrique qui a connu des difficultés, notamment des conflits, et qui a besoin de ce que la communauté internationale se mobilise pour fournir des ressources. Tout ça est en discussion. Nous ne sommes pas très loin d'aboutir à l'accord qui permettra au Fonds monétaire de fournir des ressources au Congo, en même temps de mettre en marche le processus qui permettre de faire disparaître une large partie de la dette du Congo. Tout ça devrait plutôt constituer de bonnes nouvelles ».
L'opinion congolaise sait pertinemment bien que les bailleurs de fonds traditionnels de la RDC ont encore du mal à digérer l'entrée des Chinois dans le secteur minier congolais, dans le cadre d'un contrat dit « win-win », signé avec le gouvernement congolais en vue du financement des « 5 chantiers de la République » ( Infrastructures ; Emploi ; Santé ; Education ; Eau et Electricité) ; à hauteur de près d'une dizaine de milliards de dollars américains. La crainte d'un surendettement extérieur pour un pays que la communauté internationale voudrait sortir de ce cercle vicieux hante de nombreux esprits du côté des institutions de Bretton Woods.
C'est ainsi que de nombreuses pressions, voire des menaces de lâchage ont été orchestrées en direction des officiels congolais, qui se trouvent présentement dans une position fort inconfortable. D'une part, ils ne peuvent pas rompre avec les partenaires chinois, qui ont déjà mis la main à la poche pour l'exécution du volet « infrastructures » des 5 chantiers et, d'autre part, ce serait un suicide pour le pays que de tourner définitivement le dos au FMI et la Banque Mondiale. Manifestement, il va falloir trouver un moyen terme pour préserver les relations avec les partenaires chinois et les financiers traditionnels du pays.
Dominique Strauss-Khan va-t-il lever un pan de voile sur la voie de sortie négociée entre parties au cours de sa conférence de presse de ce lundi 25 mai au Grand Hôtel Kinshasa, de 12 à 12 heures 30 ? On ne va pas tarder à le savoir. La RDC a grandement besoin d'être rassurée par le FMI, par ces temps où les indicateurs de sa situation économique et financière virent dangereusement au rouge.
Et la Fédération des Entreprises du Congo, à l'occasion de son Assemblée Générale tenue samedi, a de nouveau secoué la sonnette d'alarme : « en début 2009, le gouvernement a pris une loi budgétaire qui remet toute la pression fiscale sur le secteur privé, particulièrement la FEC. C'est ce que nous contestons. Ce n'est pas la bonne voie. La voie, c'est se mettre avec nous en concertation, pour prendre des mesures qui encouragent la création des richesses, des emplois et le secteur productif ».
Un ami dit la vérité
Attendu ce lundi au Grand Hôtel Kinshasa pour une conférence de presse au cours de laquelle l'opinion devrait être fixée sur le chemin que la RDC doit encore parcourir pour parvenir au point d'achèvement, Dominique Strauss-Khan a déjà donné un aperçu de ce qu'il faut entreprendre à l'occasion des toasts échangés dimanche soir avec Adolphe Muzito.
Le Premier ministre congolais qui avait pris la parole le premier, a rappelé la relance du partenariat RDC-FMI à partir de 2001, les efforts déployés par le gouvernement pour observer le programme de stabilisation et le relèvement du revenu par habitant à 200$, comme dans les années 80, alors que celui-ci était tombé à 80 USD vers l'an 2000. Selon le Premier ministre, la RDC se propose de travailler dur pour réussir sur deux tableaux, sa reconstruction et la réalisation du Point d'Achèvement de l'Initiative PPTE.
Pour sa part, le DG du FMI a loué la volonté et la détermination du gouvernement et du peuple congolais de changer les choses en cette conjoncture difficile marquée par le renchérissement des produits alimentaires et pétroliers, alors que les cours des matières premières accusent des baisses terribles. Le Fmi, qui n'est un « ange » ou un « démon », a-t-il dit, se considère comme un « ami » de la RDC, capable d'apprécier ses sacrifices dans l'optique de son développement mais aussi de lui dire la vérité lorsqu'elle « fait des bêtises ».
Dominique Strauss-Khan a tenu à souligner que notre pays ne peut se passer des investissements publics ou privés au profit du point d'achèvement ni sacrifier celui-ci pour ceux-là. En clair, l'enjeu majeur est de savoir ménager les deux. Son voeu est que la RDC, pays potentiellement très riche, avec un peuple pauvre, se transforme rapidement en pays riche avec un peuple riche. La prospérité, a-t-il conseillé, dépend de la volonté des Congolais eux-mêmes.

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