Le Potentiel (Kinshasa)

Côte d'Ivoire: Les vérités de « l'ami », Dominique Strauss-Kahn

Modeste Mutinga

26 Mai 2009


Kinshasa — L'actualité nationale reste dominée par la première visite du directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, en République démocratique du Congo. Une visite qui devrait être couronnée par la conclusion « d'un accord politique » en prévision de la signature d'un nouveau programme entre la République démocratique du Congo et le Fonds monétaire international.

Qu'il me soit permis de rappeler que lors des négociations du mois d'avril à Washington, lesquelles ont permis de boucler la « partie technique », la visite du directeur général du FMI à Kinshasa constituait la dernière marche à escalader pour déposer le « Dossier RDC » sur la table du Conseil d'administration de cette institution financière internationale qui se réunit en cette première quinzaine du mois de juin à Washington.

Malheureusement, il n'y a pas eu de retombées positives au terme de cette visite de 48 heures de Dominique Strauss-Kahn. Le directeur général du FMI a quitté Kinshasa sans assurance de présenter le « Dossier RDC » à la prochaine réunion du Conseil d'administration du FMI dans la perspective de la signature d'un nouveau programme avec la RDC. Le gouvernement ne l'a donc pas convaincu pour repartir avec cet « accord politique » qu'il était venu chercher à Kinshasa.

Venu en ami, il n'a pas voulu laisser planer une quelconque illusion. Il a saisi cette opportunité pour dire des vérités. « Le FMI n'est ni un ange gardien, ni un démon. C'est un ami sur qui il faut compter. Mais un ami vous assiste quand vous avez des problèmes et vous conseille quand vous faites des bêtises », a déclaré le directeur général du FMI.

Les mots sont durs. J'en conviens avec vous. Mais ces vérités sont justement à la hauteur de la gravité de la situation de notre pays. Une véritable interpellation à l'endroit du gouvernement qui doit s'interdire de rêver si l'on tient absolument à sortir de cette crise qui menace la République démocratique du Congo.

Les vérités de Dominique Strauss-Kahn ne font aucun mystère autour des contrats chinois. Dans son point de presse, peu avant son départ, il n'a pas usé de la langue de bois : « Les services du FMI sont sur le point de conclure les négociations sur un nouveau programme appuyé par la Facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance, suspendu toutefois à l'établissement d'une solution cohérente avec la soutenabilité de la dette dans le dossier de l'accord de coopération sino-congolais sur les mines et grands projets d'infrastructures ».

Mais Dominique Strauss-Kahn qui est arrivé en ami à Kinshasa n'a pas tari d'autres vérités pertinentes : « La RDC est un pays riche et que par conséquent sa population devrait être riche et non pauvre. La RDC est un grand pays en taille et doit être également grand en revenus». Il ajoutait plus loin : « Obtenir d'un côté des investissements en renonçant à l'allègement de la dette, c'est une perte pour la RDC ; ou obtenir de l'allègement de la dette sans que les investissements se réalisent, c'est aussi une autre perte pour la RDC ».

Dominique Strauss-Kahn a posé là, à travers ses vérités, le vrai problème qui touche à la fois à la clarification des « contrats chinois » et à la bonne gestion des finances publiques. C'est aux Congolais de démontrer clairement comment s'y prendre. Bien avant lui, la délégation du Conseil de sécurité des Nations unies avait attiré l'attention de la classe politique dirigeante sur le fait que la clé des solutions aux problèmes congolais se trouve entre les mains des Congolais. Les partenaires extérieurs ne viennent qu'en appui.

Encore et toujours ces « contrats chinois » qui bloquent la signature de cet accord entre la RDC et le FMI. Dans ma réflexion, « Contrats chinois et tentatives de blocage occidentales », parue dans l'édition n° 4618, je faisais remarquer que les contrats chinois qui font jaser les Occidentaux ne devraient pas constituer une menace. Ils ne visent qu'à renforcer une coopération aux conditionnalités accessibles et acceptables. Je relevais également que « j'ai toujours vu le problème des rapports entre la RDC et les institutions de Bretton Woods sous un angle d'incompréhension, d'un diktat déstabilisateur du régime politique en place». Et de m'interroger : « Qui ne sait pas que la République démocratique du Congo sort d'une longue période de transition (16 ans), de guerre complexe (13 ans) ? », avant d'ajouter « qu'un pays post-conflit comme le mien devrait bénéficier des conditions préférentielles pour accéder aux facilités élargies des institutions de Bretton Woods ».

Je viens de constater malheureusement que les choses n'ont pas évolué. Que la RDC n'a pas été écoutée. La visite de Dominique Strauss-Kahn s'est terminée sur une note négative. L'on doit avoir le courage de lire à travers les lignes que la signature d'un nouveau programme entre la RDC et le FMI n'est pas pour demain tant que la RDC continuera à s'accrocher aux contrats chinois.

Certes, la RDC est un pays post-conflit. Mais aujourd'hui, avec toutes ces vérités pertinentes, il est temps de changer de refrain, de retenir que la plupart des économies se reconstruisent en temps de guerre.

Plus question de s'apitoyer. Ni de pleurnicher. Le moment est venu de se débarrasser de tout comportement narcissique afin de s'assumer tout en s'appuyant sur des institutions fortes, animées par des personnalités politiques ingénieuses à même de sortir ce pays de la crise.

Les vérités de « l'ami », Dominique Strauss-Kahn

La délégation du Conseil de sécurité a déclaré haut et fort que « l'ONU ne peut pas se substituer au gouvernement congolais ». Dominique Strauss-Kahn a affirmé que « le FMI n'est ni ange gardien ni démon ». C'est tout dire pour que le gouvernement se sente vivement interpellé. Il doit se réunir d'urgence et lever courageusement l'option de continuer avec les Chinois pour développer les infrastructures et avoir les moyens de payer la dette en respectant les échéances sous fond d'une bonne gestion des finances publiques. Ou alors de suivre les conseils de l'Occident pour s'empêtrer dans les conditionnalités du FMI.

En définitive, la panacée réside dans la capacité des Congolais à se prendre en charge, en s'inspirant des enseignements de feu Laurent-Désiré Kabila. Il a géré ce pays sans appui financier des institutions de Bretton Woods.

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