Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Fin de la visite de Strauss-Kahn à Kinshasa - RDC - FMI : le désaccord persiste

Kinshasa — Entre la République démocratique du Congo et le Fonds monétaire international, c'est désormais le dialogue des sourds. Pourtant, l'on pensait qu'avec la présence à Kinshasa de Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, l'horizon devait s'éclaircir dans les rapports parfois tumultueux qui caractérisent les deux parties, depuis la fin brutale du premier programme qui les liait en mars 2006. Apparemment, la situation va de mal en pis. Non seulement que le FMI n'a pas modifié sa position d'un iota, il l'a, presque, durcie, exigeant de Kinshasa plus de garantie sur le partenariat signé avec la Chine.

Hier lundi, le Directeur général du FMI a, au cours d'une conférence de presse animée au salon Lubumbashi du Grand Hôtel/Kinshasa, reprécisé la position - déjà connue - de son institution. Il n'y aura, semblait-il dire, aucun programme formel entre la RDC et le FMI tant que ne seront pas clarifiés les points sombres qui entourent le partenariat sino-congolais. A côté du Directeur général du FMI, au moment de cette déclaration fatidique, le Premier ministre, Adolphe Muzito, qui l'accompagnait dans cette rencontre avec la presse.

Le chef du gouvernement a beau souligner toutes les prouesses, économiques, monétaires et financières de la RDC, depuis quelques années, la sentence du FMI était déjà prononcée. Dominique Strauss-Kahn retourne dans son bureau de Washington, via Côte d'Ivoire, avec dans sa gibecière le programme qu'il était censé sceller, au terme de sa visite, avec Kinshasa.

Qu'est-ce qui n'a donc pas marché pour faire fléchir le FMI ? En quoi le Gouvernement a-t-il été pris de court dans cette ultime discussion avec le plus haut sommet du FMI ? Que lui reste-t-il à faire pour ne pas hypothéquer ses chances d'arriver à un nouvel accord formel avec le FMI ? Les commentaires sont allés dans tous les sens après le couperet de DSK.

DOSSIER RECALE

Depuis hier lundi, plus l'ombre d'un doute sur la présentation recalée du dossier RDC au prochain Conseil d'administration du FMI, annoncé en juin prochain. Ce qui suppose que la RDC doit revoir ses calculs et réajuster les échéances en attendant qu'elle satisfasse aux exigences réitérées par le directeur général du FMI. En effet, si le dossier RDC n'est pas présenté en ce mois de juin, il faudra attendre le mois de septembre, si pas 2010. L'on craint de voir le pays s'arrêter si l'on ne fait pas preuve de beaucoup d'ingéniosité. Mais à une dizaine de jours de la réunion du Conseil d'administration du FMI ; le Gouvernement a-t-il encore d'autres tours dans ses manches pour convaincre le FMI ? La question reste posée.

A la question de la place des contrats chinois dans les discussions devant mener à la conclusion d'un nouveau programme, DSK marginalise. L'on s'attendait à ce qu'il revienne sur les contrats chinois comme point névralgique des négociations menant au PEG II. Surprise ! Pour le FMI, indique son directeur général, « ce qui est crucial, c'est non les contrats chinois mais le développement de la RDC, en mettant en place une politique et des stratégies de développement ».

Si telle est la vision du FMI, pourquoi alors son opposition aux contrats chinois, censés booster la croissance par des investissements ? Strauss-Kahn précise : « Entre les contrats chinois et l'allégement de la dette, il y a des contradictions qu'il faut bien résoudre ( ). Le plus important aujourd'hui, c'est arriver à trouver des modalités pratiques pour concilier les deux ». Plus explicite, le Directeur général fait remarquer que son institution n'est pas contre les contrats chinois. « Le FMI n'est pas contre les contrats chinois. Mais, le FMI craint que ces contrats fassent perdre au pays les bénéfices de l'allégement ( ). Pour le FMI, ce n'est donc pas l'un ou l'autre, mais plutôt l'un et l'autre, moyennant certains ajustements (Ndlr : des contrats chinois) ». Et, ces bénéfices, souligne-t-il, c'est l'effacement de trois (3) milliards Usd de dette, dans l'hypothèse où la RDC atteignait le point d'achèvement.

Ainsi, selon DSK, si la RDC doit encore s'armer de patience pour enfin renouer formellement avec le FMI, ce n'est ni par mauvaise ou une nette volonté de barrer la route à la Chine. « Avec la meilleure bonne foi du monde, nous souhaitons que la RDC remplisse les conditions requises (Ndlr : pour conclure un nouveau programme). C'est notre intérêt, et même l'intérêt du peuple congolais ».

RETOUR A LA CASE DEPART

De Washington à Kinshasa, rien ne semble avoir évolué en faveur de la RDC. L'optimisme affiché il y a quelques jours par la délégation dépêchée à Washington, au terme des discussions directes avec les services du département, a tourné en cauchemar, avec les déclarations faites hier lundi à Kinshasa par le directeur général du FMI

En effet, le dossier RDC ne sera pas présenté au prochain Conseil d'administration du FMI, prévu en juin prochain, Kinshasa n'ayant pas pu fléchir le FMI. « Dès que les conditions seront réunies, des modalités satisfaisantes pour tout le monde, le dossier pourra alors passé au Conseil d'administration ». En attendant, renchérit-il, « il y a encore des points à éclaircir avant de discuter en Conseil d'administration du dossier de la RDC ». L'on est d'une certaine manière, revenu à la case départ. Pour le dire autrement, le cercle vicieux s'est installé dans les interminables discussions d'un PEG II.

De l'avis général, la balle se trouve dans le camp du gouvernement, seul en mesure aujourd'hui d'amener les partenaires chinois à revisiter sur les termes de l'accord qui les lie à la RDC. Adolphe Muzito, Premier ministre, a confirmé cette nette volonté de la RDC de rouvrir les pourparlers avec la Chine. « Le gouvernement a déjà entamé les discussions avec la Chine pour rendre ces contrats compatibles avec l'initiative PPTE », a-t-il déclaré, appelant, par la même occasion, l'« accompagnement » du FMI dans ces nouvelles négociations avec la partie chinoise.

DEBAT DELOCALISE

Au stade actuel des discussions entre le FMI et la RDC, tout porte à croire que la voie d'un nouvel accord formel passe désormais par l'avis favorable des créanciers bilatéraux et multilatéraux de la RDC. La pierre d'achoppement des négociations actuelle d'un PEG II n'est donc pas le FMI, mais, plutôt divers créanciers de la RDC qui doivent consentir des allégements de la dette dans le nouveau programme en discussion.

Kinshasa semble l'avoir compris lorsque le Premier ministre Muzito révèle que : « Nous travaillons pour obtenir de nos créanciers une certaine souplesse et une compréhension pour arriver rapidement à un programme avec le FMI ».

Ainsi, au terme du séjour de deux jours du directeur général du FMI à Kinshasa, les discussions pour un PEG II ont changé de direction. C'est désormais vers la Chine et ses nombreux créanciers, notamment ceux du Club de Paris que le gouvernement doit se tourner pour dégager de la voie tous les obstacles qui retardent la conclusion d'un nouvel formel avec le FMI au titre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance. En y parvenant, la RDC encaisserait près de 500 millions Usd sur la période 2009-2011, tout en bénéficiant d'un allègement de trois milliards Usd de sa dette. En attendant, le désaccord persiste entre la RDC et le FMI

Encadré

Déclaration de M. Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, à l'issue de sa visite en RDC

M. Dominique Strauss-Kahn, Directeur général du FMI, a fait la déclaration suivante aujourd'hui à Kinshasa, à l'issue de sa visite en République démocratique du Congo:

« J'achève ma première visite en République démocratique du Congo en qualité de directeur général du FMI et je tiens à remercier le président Kabila, le Premier ministre Muzito, le ministre des Finances Matenda, le ministre du Budget Lokola, le gouverneur Masangu et les personnalités officielles que j'ai eu le plaisir de rencontrer. J'ai aussi rencontré les membres de la Commission économique et financière de l'Assemblé nationale et du Sénat. Je me suis également rendu au Centre de santé Avenir meilleur pour les orphelins du Congo (AMOCongo), où j'ai été impressionné par les efforts que déploie son personnel avec dévouement pour venir en aide aux enfants et aux mères vivant avec le virus du Vih. J'ai eu aussi des échanges très enrichissants avec les syndicats et les organisations de la Société civile ainsi qu'avec les étudiants et les membres du corps professoral des universités privées et publiques de Kinshasa.

Lors de l'audience que m'a accordée le président Kabila, j'ai salué les progrès remarquables pour un pays post-conflit, réalisés par la RDC vers ses objectifs de développement à long terme. Nous avons eu un entretien productif sur les perspectives économiques de la RDC et sur les défis à relever, particulièrement dans cette période où le pays fait face aux difficultés entraînées par la crise financière mondiale. La RDC est l'un des pays les plus touchés d'Afrique. Les prix du cuivre, cobalt et diamant se sont effondrés. Une chute des termes de l'échange de 20% est attendue cette année. Par conséquent, la croissance économique pour 2009 est estimée à 2,7%, bien en dessous des niveaux d'avant-crise.

Nous avons convenu du fait que l'aide extérieure sera cruciale pour que la RDC puisse tempérer l'impact de ces chocs et protéger les plus pauvres. A cet égard, le FMI a approuvé au mois de mars un déboursement de 195 millions de dollars U.S. envers la RDC sous la Facilité de protection contre les chocs exogènes (FCE). J'ai salué le programme du président Kabila visant à répondre aux besoins cruciaux en matière sociale et d'infrastructures. Toutefois, de telles dépenses doivent être cohérentes avec les contraintes de soutenabilité de la dette.

Les services du FMI sont sur le point de conclure les négociations sur un nouveau programme appuyé par la Facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance, suspendu toutefois à l'établissement d'une solution cohérente avec la soutenabilité de la dette dans le dossier de l'accord de coopération sino-congolais sur les mines et grands projets d'infrastructures. Le FMI soutient les efforts de la RDC pour accéder à la réduction de dette dont elle a tant besoin et aux investissements dans les infrastructures et le secteur minier.

Nous sommes prêts à utiliser nos bons offices auprès des partenaires au développement de la RDC à cette fin. L'examen d'un nouveau programme par le Conseil d'administration du FMI passe en effet par une solution satisfaisante apportée à l'accord sino-congolais et par l'accord de financement du Club de Paris.

Il est crucial de garder un équilibre entre les dépenses financées sur ressources intérieures et les recettes domestiques, de manière à éviter une expansion monétaire pouvant entrainer une accélération de l'inflation et mettre le taux de change sous pression. En même temps, la banque centrale devra surveiller l'offre monétaire et compenser les excès de liquidité générés par ces ressources. Pendant ce temps, le gouvernement devrait utiliser l'espace fiscal disponible pour une meilleure allocation des dépenses vers les secteurs sociaux et la mise en place de réformes structurelles visant à rendre l'économie plus compétitive et mieux intégrée dans l'économie mondiale.

Le FMI est prêt à poursuivre son appui aux efforts que déploie la RDC pour faire reculer la pauvreté, combattre la corruption et maintenir le cap d'un développement économique durable ».


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