Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: L'équation des Fdlr à l'Est - Un fonds de commerce commun sciemment entretenu

Les rebelles rwandais des Fdlr et ougandais de la Lra sont ces maquisards qu'on ne parvient pas à dompter, même avec des opérations combinées Rdc-Rwanda-Cndp, et Rdc-Ouganda, sans parler de la présence des casques bleus de la Monuc et de leur concours à la liquidation de ces rebelles. Seraient-ils invincibles ? Loin de là. Ayant pénétré en Rdc en 1994 comme des fuyards avec armes et bagages, vivant difficilement et exposés aux intempéries, ces rebelles rwandais ne pouvaient pas survivre longtemps et disposer d'une capacité de résistance dont ils font montre voilà 15 ans plus tard. Ils seraient déjà affaiblis par les rigueurs de la vie errante et noyés dans la masse de la population congolaise locale. Mais ils ont étonnamment tenu le coup, et sont devenus forts et combatifs en territoire étranger comme s'ils étaient chez eux au Rwanda.

De qui et d'où ont-ils reçu les moyens appropriés pour se réorganiser et reprendre l'offensive non pas nécessairement contre le Rwanda leur pays, mais contre la population congolaise de l'Est ? De qui et d'où reçoivent-ils des armes et munitions qui ne s'épuisent pas ? Autant de questions pertinentes qu'il faut se poser et auxquelles les réponses peuvent permettre de percer plus ou moins le dessous de l'équation des Fldr. Ces rebelles rwandais doivent avoir des parrains et commanditaires invisibles dans la région des Grands Lacs et à l'étranger. Ils constituent un fonds de commerce commun sciemment entretenu par ces parrains et commanditaires.

Si tel est le cas, toute tentative de leur liquidation est une supercherie. La preuve en est qu'aussitôt terminées les opérations combinées Rdc-Rwanda-Cndp qui auraient réduit leur capacité de résistance de 80% selon la source officielle congolaise, ces rebelles ont rebondi de plus belle, davantage dévastateurs et meurtriers qu'avant. Pour dissimuler leur embarras devant cette réalité cruelle, les sphères officielles laissent entendre que les attaques des Fdlr sont désormais sporadiques et non plus constantes. Mais qu'elles soient sporadiques, cela ne dément pas leurs effets qui sont plus désastreux que jamais auparavant. La situation a empiré qu'elle n'a été maîtrisée. Ces rebelles qui se comportent comme en territoire conquis, se livrant au pillage, aux massacres de la population, aux viols des femmes mariées et de leurs filles même en présence des maris et des parents, commencent à s'assurer du contrôle des sites miniers. Cette révélation stupéfiante ressort du rapport d'un groupe d'experts de l'Onu destiné au Conseil de sécurité.

Ce rapport dont Le Phare s'est fait l'écho dans son édition du mercredi 20 mai en page 3, signale notamment que « Les rebelles rwandais des Fdlr installés dans l'Est de la RDC ont repris le contrôle des mines d'or dans la Province du Nord-Kivu, jetant le doute sur le succès de l'offensive militaire conjointe Rwanda-RDC ». Et il souligne que « L'opération conjointe n'a pas réussi à briser les Fdlr dont l'appareil de commandement et de contrôle est resté intact ». D'autres sources de l'Onu affirment que les « Fdlr contrôlent aussi plusieurs sites miniers de cassitérite dans le Sud-Kivu, qui n'avaient pas été identifiés par le groupe d'experts en 2008. Ils se sont emparés encore d'une importante mine d'or située à l'Ouest du Territoire de Lubero au Nord-Kivu d'où ils avaient été chassés lors des opérations conjointes.

Selon un autre rapport des enquêteurs de l'Onu daté de décembre 2008 : « l'or, la cassitérite et le coltan rapportent plusieurs millions de dollars aux Fdlr par an, tandis que le Cndp tirerait jusqu'à 250.000 dollars par mois des taxes prélevées dans plusieurs localités de la Province du Nord-Kivu ». Qui sont les clients des rebelles Fdlr, à qui ils vendent ces minerais ? Trop de vains mécanismes de lutte L'équation Fdlr devient un cercle vicieux infernal. Les opérations conjointes de janvier avaient ciblé les camps et installations des rebelles qui, en revanche, ont rebondi peu de temps après, usant de représailles contre la population. Les Frdc envisagent de passer encore à l'offensive contre ces rebelles qui vont ensuite exercer leur vengeance sur la population. Une équation très complexe. On n'est pas déterminé à en finir avec les Fdlr sur le territoire congolais. Toutes les actions menées jusqu'ici n'entament en rien leur capacité de résistance. L'administration Bush qui vient de partir, s'était engagée, dans le cadre de l'accord de Nairobi, à envoyer des instructeurs américains chargés de former des soldats congolais qui devaient s'occuper de la liquidation des Fdlr.

On avait installé à Goma une structure supranationale dénommée « Task force » ou Comité de suivi de l'accord de Nairobi, composée des diplomates des Etats-Unis, de France, du Royaume Uni, du Canada, de Belgique, de' l'Onu, de l'Union européenne, de l'Union africaine, de la SADC, d'Afrique du Sud, de la RDC et du Rwanda. Le CNDP de L. Nkunda avait aussi pour mission spéciale qu'il s'était assignée, la poursuite des Fdlr. Il y a eu la conférence de Goma sanctionnée par un acte d'engagement signé par le gouvernement et les parties rebelles. Des Casques bleus de l'Onu sont également sur le terrain. Que ce soit en Sierra Leone, au Libéria, en Côte d'Ivoire, au Tchad, ou au Darfour, nulle part on n'a imaginé et mobilisé tant de mécanismes de lutte contre les rebelles comme c'est le cas des Fdlr en RDC. Ailleurs les rebelles ont été domptés sans qu'on ait reconnu à de tels mécanismes mis en place en RDC. Il doit y avoir anguille sous roche. Ces rebelles des Fdlr sont un fonds de commerce commun sciemment entretenu par des parrains bénéficiaires tapis dans l'ombre, aussi bien dans la région des Grands Lacs qu'à l'étranger.

C'est une occasion de s'interroger sur les exploits réels du Cndp dont l'intégration probable dans les institutions est présentée comme une récompense de sa contribution au retour de la paix au Nord-Kivu. A sa rencontre avec la délégation du Conseil de sécurité à Kinshasa mardi 19 mai, le Président de l'Assemblée nationale, Evariste Boshab, a demandé aux diplomates de l'Onu « de peser de tout leur poids pour sortir la RDC des atrocités perpétrées dans la partie orientale du territoire national par les Fdlr d'une part, et par la Lra d'autre part, en vue d'arrêter les massacres des populations civiles ». De son côté, le Premier ministre Adolphe Muzito a déploré « le regain de violence entretenue par les Fdlr qui massacrent les paisibles citoyens ». Conclusion, la paix à consolider est chimérique. Pour sa part, le Conseil de sécurité promet de renforcer la Monuc d'un contingent de 3.000 casques bleus supplémentaires, à cause de la persistance des violences à l'Est de la RDC, dont les auteurs clairement identifiés et connus de tous sont les Fdlr.

La solution de l'équation de ces rebelles rwandais ne dépend pas de l'accroissement du nombre des Casques bleus ni de l'orchestration des opérations militaires combinées, mais de la détermination à solder ce fonds de commerce qu'on n'affiche jamais concrètement. Une politique d'usure menée à petits pas dans le dessein de laisser le pourrissement atteindre son point culminant où les Congolais devraient se trouver devant le fait accompli. Ce ne sont pas seulement les rebelles Fdlr au Kivu qui servent d'épouvantail pour anéantir graduellement le pays, mais il y a aussi ceux de la Lra dans la Province orientale. Les dégâts que les uns et les autres commettent sont mêmement effroyables. Pourquoi met-on en évidence seulement les Fdlr au Kivu ? C'est qu'il doit y avoir un agenda caché pour la RDC, mais localisé au Kivu. Les Fdlr peuvent bien y servir de déguisement. C'est l'équation de ce fonds de commerce commun.


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