Rousseau-Joël Foute
3 Juin 2009
Pays enclavé, qui tente de retrouver une vie normale après plusieurs années de rébellion, mutineries et coups d'Etat, la République centrafricaine (RCA) est économiquement exsangue. Le pays, qui éprouve des difficultés à faire rentrer des recettes dans ses caisses, est sous perfusion internationale, notamment pour payer ses fonctionnaires. Comme si cela ne suffisait pas, la récession économique mondiale a d'ores et déjà des conséquences directes sur la RCA.
Selon les statistiques disponibles, depuis septembre 2008, les recettes tirées du bois, qui représentent le principal poste d'exportations du pays (85 milliards de F CFA en 2007), ont chuté de près de 20 %, le marché asiatique s'étant brusquement contracté. Quant au tourisme haut de gamme (parcs et réserves), pourtant en pleine réorganisation, il est rapporté que ses perspectives de développement ont dû être renvoyées à des jours meilleurs.
Dans ces conditions pour le moins difficiles, les Centrafricains peuvent-ils encore se permettre de faire la guerre ? Que non. Ce serait d'ailleurs suicidaire, dans la mesure où les maigres ressources disponibles seraient plutôt injectées dans des circuits qui n'ont rien à voir avec la lutte contre la pauvreté, c'est-à-dire l'amélioration des conditions de vie des populations. Arrivé au pouvoir en mars 2003 par un coup de force, puis élu démocratiquement, le chef de l'Etat centrafricain, François Bozizé, l'a si bien compris. Lui qui a organisé le « Dialogue national » ou dialogue politique inclusif. Ce forum sur la paix en Centrafrique tenu en décembre 2008 à Bangui, a rassemblé le pouvoir, l'opposition, la société civile et les groupes rebelles. De l'avis des observateurs, ces assises ont été une réussite.
Aujourd'hui, il est heureux de constater qu'au rang des priorités du gouvernement centrafricain figurent en bonne place la reconstruction des infrastructures de base et la relance des secteurs productifs et sociaux, puis, la promotion du dialogue politique et social, en application des recommandations du Dialogue politique inclusif qui a préconisé des législatives et une présidentielle "transparentes et équitables" en 2010, après des élections locales en 2009.
Dès lors, l'enjeu est évident : créer un climat de confiance, de paix et de sécurité sur toute l'étendue du territoire, afin que les Centrafricains, lors des prochaines consultations électorales, choisissent librement et en leur âme et conscience leurs députés et leur président de la République. Ces élections seront d'autant plus crédibles qu'elles résulteront d'un dialogue entre toutes les forces politiques, sans exclusive.
Dans cette logique, il faut saluer le retour annoncé à Bangui d'Abakar Sabone, chef du Mouvement des libérateurs centrafricains pour la justice (MLCJ), qui a promis de convaincre l'autre chef rebelle, notamment le général Abdoulaye Miskine du Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC), afin qu'il suive son exemple. Autant dire, comme le Guinéen François Lonsény Fall, ancien représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en Centrafrique, que « les hommes politiques centrafricains doivent comprendre que la politique est une chose mais l'amour du pays doit dominer le débat politique. Le pays doit être au centre de leurs préoccupations et il faut éviter la guerre". A méditer.
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