Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: 5 chantiers de la République - Les Chinois se fâchent

Les Chinois viennent de lancer, par la voix de leur ambassadeur à Kinshasa, Wu Zexian, un véritable pavé dans la mare, en rapport avec l'accord de partenariat conclu il y a une année entre leur gouvernement et celui de la République Démocratique du Congo. Ce contrat dit « win-win », qui s'articule autour d'une enveloppe de 9 milliards de dollars américains à libérer par la partie chinoise pour le financement des « 5 chantiers de la République », en contrepartie des gisements de cuivre et de cobalt à exploiter en commun par les deux parties, ne peut être modifié d'un iota, a fait savoir hier le diplomate chinois.

Arborant un sourire cachant une nervosité visible, le représentant de la Chine à Kinshasa a martelé que son pays n'a pas du tout l'intention de renégocier avec la RDC l'accord d'investissement portant sur 9 milliards Usd, quelles que soient les pressions du Fonds Monétaire International (FMI). « Pour le moment, ça marche bien, très bien il n'y a pas de problème », souligne-t-il, en réponse aux informations faisant état de l'hypothèse de sa remise en cause. L'ambassadeur Wu Zexian a balayé d'un revers de la main la crainte d'un nouvel endettement pour la RDC, soulignant que Export-Import Bank of China, qui parraine l'accord, a pris toutes les dispositions nécessaires pour prévenir un tel risque. « Le FMI dit que c'est un problème et moi je dis qu'il n'y a pas de problème », a-t-il répété, précisant que si cette institution financière présente une « bonne » raison pour justifier la révision du contrat, dans ce cas là la Chine examinerait la possibilité d'une retouche.

Ce langage de fermeté de la part des Chinois intervient après la dernière visite du Directeur Général du FMI, Dominique Strauss-Khan, à Kinshasa du 23 au 25 mai 2009. Lors du point de presse qu'il a co-animé avec le Premier ministre Muzito au Grand Hôtel Kinshasa, il a posé comme préalable à l'effacement de près de 10 milliards de dollars de dette extérieure de la RDC sur environ 14 milliards Usd et à l'octroi d'une aide de 500 millions de dollars, la révision de certaines clauses des fameux « contrats chinois », générateurs selon lui d'un nouveau cycle d'endettement pour notre pays. Que va faire le gouvernement congolais ? Il ne faut point se voiler la face : les Chinois sont très fâchés contre leurs amis congolais car ils ont le sentiment que le gouvernement semble tenté par l'idée de la renégociation des contrats chinois portant sur le secteur minier.

A présent que Beijing vient d'afficher clairement sa mauvaise humeur contre toute tentative d'amendement de l'accord d'Etat à Etat conclu avec Kinshasa, que va faire l'Exécutif national congolais ? Il n'est pas facile d'y répondre, dans les circonstances actuelles. On note simplement que les décideurs politiques congolais se trouvent dans une situation des plus inconfortables. Il y a d'une part l'obligation des résultats vis-à-vis non seulement du FMI mais des bailleurs de fonds traditionnels, et, d'autre part, la nécessité de respecter les engagements pris avec les Chinois. Comment ménager les susceptibilités et les intérêts des uns comme des autres ? Là est la question.

Visiblement, le gouvernement est bloqué. Une voie de sortie ? Les observateurs pensent que pour ne pas perdre sur les deux tableaux, le gouvernement congolais devrait laisser l'Assemblée Nationale relancer le débat, lancé l'année dernière par l'opposition parlementaire mais torpillé par le vote mécanique de l'Alliance de la Majorité Présidentielle, au sujet des contrats chinois. Certains députés nationaux sont prêts à le faire pour tirer le Premier ministre Muzito de l'embarras. Ainsi, grâce à des correctifs qui auraient pour acteurs des membres de la Représentation nationale, il y aurait moyen de faire insérer, dans l'accord présentement en exécution, des avenants de nature à rencontrer à la fois les préoccupations des partenaires chinois et celles des institutions financières de Bretton Wood ainsi que des bailleurs traditionnels, bi et multilatéraux. L'endossement, par le Parlement de la République de l'initiative de révision des contrats chinois ferait peut-être moins mal aux Chinois, ce qui aurait pu être obtenu il y a plus d'une année.

On rappelle que la RDC a « hypothéqué » 10 millions de tonnes métriques de cuivre et 600 mille tonnes de cobalt en contrepartie des investissements chinois de l'ordre de 9 milliards de dollars Usd dans les secteurs des infrastructures de base (routes, chemins de fer, barrages, hôpitaux, universités, écoles, mines, télécommunications, etc). Des sociétés chinoises telles que Synohydro (deux turbines à construire à la centrale de Zongo dans le Bas-Congo), Sinomines (promesse de pas de porte avec la Gécamines), ZTE (téléphones portables) sont déjà visibles en territoire congolais, sans compter des milliers de citoyens chinois qui investissent le petit commerce, dans toutes les grandes villes du pays. Il convient de signaler que Sinoydro et Crec ont déjà mobilisé 100 millions de dollars pour leurs interventions en RDC, notamment dans le financement des routes et d'un hôpital moderne à Kinshasa.


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