L'Express de Madagascar (Antananarivo)

Madagascar: « Il faut revaloriser le salegy »

interview

La reine du salegy évoque le sort de ce rythme auprès des jeunes artistes.

- Qu'avez-vous à dire à propos de l'état actuel du rythme « salegy » ?

- La cote du rythme dit « chaud » semble baisser, bien que de nombreux jeunes artistes essayent d'évoluer et de perpétuer le salegy. Nombre d'entre eux oublient et ignorent la valeur culturelle véhiculée. Les tenues ne respectent plus les normes. Ils sont tentés d'exhiber leur corps, ce qui va à l'encontre de la culture malgache. De plus, il n'y a rien d'instructif dans la composition de la mélodie.

- Beaucoup pensent que votre corpulence ne vous permet pas de bouger et de faire comme eux

- Je ne peux pas le nier. Mais par principe et pour le respect de la pratique, je ne me déshabillerai pas devant mes frères, mon père ou les grandes personnes. Si les artistes ne veulent pas porter des vêtements traditionnels comme le « kitamby », et le « salovana » (sortes de pagne), ils peuvent opter pour des tenues modernes comme le pantalon afin de cacher certaines parties du corps.

- Ne faut-il pas vivre la modernisation ?

Je ne suis nullement contre. Seulement, il faut savoir que le rythme salegy est un patrimoine comme tous les autres, donc il faut le protéger. Il nous distingue de nos voisins, voire du monde entier. Il fait partie de notre identité. Pour preuve, à l'étranger, les gens associent le Malgache au salegy.

- Quelles solutions proposez-vous pour pallier ce problème ?

- Il faut envisager une assemblée des artistes et mener une campagne de conscientisation. Il s'agit de leur faire savoir qu'il y a des messages à transmettre à travers le salegy, au lieu de s'en servir comme un moyen de règler ses comptes en échangeant des invectives. D'ailleurs, nous devons à notre public un minimum de respect.

- Pensez-vous que la démarche sera efficace ?

- Il est sûr que certains vont s'y opposer au début. Mais avec plus de jugeotte, ils s'aligneront sur mon point de vue. En tout cas, je ne suis pas seule à oeuvrer dans ce sens. D'autres artistes renommés comme Jaojoby ou Din Rotsaka sont là pour l'encadrement.

- Allez-vous rentrer définitivement au pays ?

- J'aimerais bien me réinstaller ici et continuer ma carrière à Madagascar. Mais ma situation familiale m'interdit encore de quitter Clermond-Ferrand où je vis depuis sept ans. L'un de mes enfants doit y suivre un traitement. Je reviendrai au pays de temps en temps.

- Ignorerez-vous votre public pendant votre bref séjour ?

Pas du tout. J'effectuerai une tournée en province dans quelques jours. Je passerai par Ambanja, puis par Nosy Be et dans la région Diana, avant de donner un concert à Antananarivo pour aider mon quartier de Soavimasoandro.


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