Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Nord-Kivu - Quitter les camps pour retrouver la vie normale

Kinshasa — Les territoires détruits par la guerre font la une des médias, mais ceux qui renaissent restent méconnus. A Masisi, les déplacés rentrent chez eux et se remettent au travail, malgré les difficultés et les incertitudes.

Le dimanche, c'est jour de marché à Ngungu, le long de la route en terre battue entourée de maisons en planches peintes à l'huile de vidange. Les habitants des villages environnants descendent alors en nombre vers cette localité du territoire de Masisi, à 85 km de Goma (Nord-Kivu). En ce dimanche de mai, se dégage comme un air de fête. Un peu partout, des gens s'embrassent, sourire aux lèvres ou larmes aux yeux La plupart sont des déplacés qui ont récupéré leurs maisons après avoir été forcés de les quitter à cause des combats, et qui se retrouvent après une longue séparation. Ou qui, au contraire, apprennent la mort d'un proche.

Marie Rutamuliza, cultivatrice, témoigne, en pleurant : «lorsque les groupes armés du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple) et les Mai-Mai Simba ont envahi nos villages, nous avons été séparés. Mes enfants et moi avons fui vers les camps de Mugunga, près de Goma, à l'est. Mon frère, lui, est parti vers l'ouest et le camp de Kirolirwe. Je viens d'apprendre par ceux qui reviennent de là-bas qu'il a été tué par les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) lors d'un affrontement.»

AU TRAVAIL, MAIS INQUIETS

Le retour des déplacés provoque la reprise progressive des activités sur le marché de Ngungu. De nouveaux étals en bambous sont dressés pour la vente des produits, notamment vivriers, en provenance des villages voisins.

L'alimentation reste cependant chère. «Les paysans qui sont rentrés les premiers se sont aussitôt remis au travail, mais la première récolte n'aura lieu que vers le mois d'août. En attendant, une cuvette de haricots, aliment de base, qui coûtait autrefois 100 Fc revient actuellement à 600 Fc», soit environ 1 dollar, explique Pascal Buregeya, chef du marché.

Dans la plupart des villages, les déplacés de retour ont trouvé leurs champs en friche et leurs maisons détruites ou brûlées. Ils se sont attelés à reconstruire des nouvelles habitations à côté des ruines. La vie reprend très difficilement, mais les collines avoisinantes, à Kipopo, Bikunji et ailleurs , encore désertes il y a peu, bruissent à nouveau. D'après Asgeir Steindal, chargé des Affaires humanitaires à OCHA (Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires), le dernier rapport indique que près de 154.000 déplacés issus de Masisi ont quitté les camps pour regagner leurs collines d'origine. Ceux des villages non encore accessibles, parce qu'encore occupés par des groupes armés attendant leur réintégration dans les forces régulières, vivent en attendant dans des villages proches où ils participent aux travaux agricoles dans des familles d'accueil.

Les esprits ne sont cependant pas entièrement libérés. Beaucoup de ceux qui ont regagné leurs villages redoutent une reprise des violences. «Certains pensent que la guerre va reprendre, mais nous sommes fatigués de ces longs déplacements et des conditions précaires de survie dans les camps. Nous sommes déterminés à rester ici chez nous, même si c'est difficile, en attendant le rétablissement total de la paix», déclare un groupe de paysans, assis dans une paillote en paille. La présence des militaires des FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo) n'inspire pas vraiment confiance confiance. «Ils ne sont ni encadrés ni payés, s'inquiète Maurice Ndamindwa, chef du groupement Bufamwando 1er, à Ngungu. Leurs chefs locaux sont obligés de faire des collectes des vivres dans les marchés pour les nourrir, ce qui provoque bien des tracasseries pour la population déjà appauvrie par des guerres.»

POUR NOURRIR GOMA

Certaines ONG et le gouvernement encouragent le regroupement en villages, pour accélérer le développement socio-économique. Mais l'assistance qu'ils procurent est minime envers ces gens population qui ont perdu tous leurs biens. Certaines écoles, qui avaient été vidées de leurs pupitres et tableaux utilisés comme bois de chauffe par les groupes armés, ont été réhabilitées et équipées par le gouvernement provincial. Les conditions sanitaires non plus ne sont pas bonnes. «Sur sept bornes-fontaines à Ngungu, trois seulement sont opérationnelles. L'insuffisance d'eau potable pour toute la population est la cause de maladies hydriques. Un seul centre de santé fonctionne, renforcé par le passage, deux fois par semaine, d'une clinique mobile de Médecins Sans Frontières», explique Bienfait Sekaresha, infirmier titulaire du centre de santé. Pour Mulenda Djuma, administrateur assistant du territoire de Masisi, l'enjeu vaut la peine : «Les paysans de Masisi qui ont pris la décision de regagner leurs collines malgré les difficultés sont prêts à travailler et à subvenir aux besoins en produits vivriers de la ville de Goma et de ses environs, comme par le passé. Ils n'attendent que la paix et la tranquillité.»


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