16 Juin 2009
Asmara — Doran Ali Osman, administrateur de Rahaita, un des villages situés à l'extrême sud de l'Erythrée, le long du littoral de la mer Rouge, remonte la fermeture Eclair de sa veste pour se protéger du vent, qui gonfle ses vêtements. La question de l'eau le préoccupe : les villageois, qui dépendent de la pêche, des cultures et de l'élevage pour gagner leur vie, doivent faire face à des précipitations de moins en moins abondantes.
Le village se trouve à environ 90 kilomètres au sud d'Assab, chef-lieu de la région érythréenne de la Mer Rouge méridionale, une des zones les plus chaudes du monde, où les températures excèdent les 40 degrés Celsius.
L'eau utilisée au quotidien est pompée dans les puits par des générateurs diesel ; mais parce que l'Erythrée importe l'intégralité de son carburant, le diesel est une option coûteuse. C'est pourquoi, il y a quelques années, le gouvernement a aidé le village à installer un générateur solaire ; toutefois, a expliqué M. Osman, « certains jours, les nuages cachent le soleil ».
Mais les villageois recevront bientôt un nouveau coup de pouce. Rahaita fait en effet partie des sept villages de la région bénéficiaires du projet pilote sur l'Application de l'énergie éolienne en Erythrée, financé par le Fonds pour l'environnement mondial et le Programme des Nations Unies pour le développement, et sera électrifié d'ici à la fin de l'année 2009.
Une évaluation rapide des sources d'eau, réalisée par le ministère des Ressources en eau a révélé que 58 pour cent des foyers des régions rurales avaient accès à l'eau potable.
Les prévisions du gouvernement érythréen en termes de changement climatique sont pour le moins peu réjouissantes : la température risque d'augmenter de plus de quatre degrés Celsius d'ici à 2050, réduisant par là même les précieuses sources d'eau du pays, telles que les trous de forage et les ruissellements (l'excès d'eau issu des précipitations ou d'autres sources qui s'écoulent au-dessus des terres) ; et les périodes de sécheresse devraient se prolonger ou s'aggraver.
Les précipitations sont insuffisantes et les ressources souterraines s'amenuisent, a également rapporté le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) en 2003. « L'eau de certains de nos puits phréatiques est également devenue saline », a expliqué M. Osman. Près de 70 pour cent de ce territoire semi-aride est touché par la sécheresse, y compris les hautes terres, où l'on observe généralement des précipitations plus abondantes.
La hausse du prix des vivres et des carburants en 2008 a durement frappé le gouvernement et les populations ; la Banque mondiale a ainsi classé l'Erythrée, qui importe également au moins 40 pour cent des vivres dont elle a besoin lorsque les récoltes sont bonnes, parmi les pays les plus touchés par la crise.
Selon le Fonds monétaire international, plus de huit pour cent du Produit intérieur brut (PIB) du pays ont été consacrés à l'achat de vivres et de carburants en 2008, et le prix de certaines céréales de base a été multiplié par quatre dans le courant de la même année.
« Au village, nous nous rendons compte que nous devons commencer à faire pousser des fruits et légumes, et c'est pour cela que nous avons besoin d'eau », a expliqué M. Osman. Les villageois prévoient d'aménager des potagers communautaires, pour y cultiver et y vendre des légumes, afin de générer des revenus supplémentaires.
L'eau, la vie
« L'eau représente tout pour nous », a déclaré Mogos Weldeyohannes, directeur général du ministère de l'Environnement. « Nous consacrons plus de la moitié de notre budget à la préservation de l'eau ». Cette information n'a pas pu être vérifiée, les données étant rares dans un pays qui se remet encore d'une guerre d'indépendance de 30 ans et des conflits frontaliers ultérieurs qui l'ont opposé à l'Ethiopie.
« L'année dernière en 2008, nous] avons connu une des périodes de sécheresse les plus graves depuis l'indépendance [en 1993]. Les récoltes ont été perdues. Aujourd'hui, nous sommes déterminés à recueillir l'eau de pluie pour l'utiliser », a-t-il expliqué.
L'Erythrée a construit un grand nombre de petits barrages au cours des trente dernières années et prévoit d'en construire 200 de plus, ainsi que des structures de captage pour recueillir et conserver l'eau, selon un document publié par une organisation humanitaire.
L'impact commence également à se faire sentir dans les zones urbaines ; les habitants d'Asmara, la capitale, n'ont désormais l'eau courante que trois jours sur 10. « Nous avons tous dû investir dans des réservoirs et beaucoup, beaucoup de seaux pour conserver l'eau », a expliqué un habitant à IRIN.
A Gahtelai, un village situé dans les hautes terres de la région de la Mer Rouge septentrionale, on capte l'eau du brouillard : des « capteurs de brouillard », des filets plats et rectangulaires, soutenus par deux montants verticaux fixés de chaque côté, sont placés perpendiculairement à la direction du vent.
« La surface de captage est un filet à mailles fines, fabriqué à partir d'un tissu en nylon », a expliqué Heruy Asgodom, directeur du ministère érythréen de l'Agriculture. « L'eau s'accumule sur le filet [et s'écoule dans] un conduit ou une gouttière, situé(e) au bas du panneau ». Environ 14 à 20 litres d'eau par mètre carré sont recueillis chaque jour et versés dans un réservoir pour permettre l'irrigation des potagers.
D'autres villages situés près du littoral pourraient bientôt eux aussi exploiter le brouillard provenant de la mer. « Nous devons imaginer tous les moyens possibles de recueillir de l'eau », a expliqué un villageois.
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