Mahalia Nteby
17 Juin 2009
Samedi 13 juin 2009. La défaite des Lions Indomptables du Cameroun face aux Eléphants de Côte d'Ivoire lors du match organisé au profit des victimes du drame du Félicia, survenu le 29 mars 2009, est la dernière débâcle en date de l'équipe nationale camerounaise, qui autrefois ramassait les trophées à la pelle et qui est aujourd'hui en quête de victoires, comme d'autres sont à la recherche du Graal.
La finalité de cette prospection à l'issue de plus en plus compromise est la qualification pour la Coupe du Monde 2010 qui se joue dans un an exactement en Afrique du Sud. Visiblement affaiblie et désorientée, la sélection nationale camerounaise est devenue sujette aux quolibets, voit ses fans se détourner d'elle, et fait l'objet d'un carnage médiatique sans précédent.
Après le match de bienfaisance de samedi, n'a-t-on pas entendu des exégètes vitupérer contre cette équipe, "qui n'a même pas compris que les Camerounais ont besoin d'une victoire psychologique pour faire à nouveau confiance à ces Lions domptés".
Ces mêmes personnes qui, en public, cassent du sucre sur le dos des stars désormais déchues, se pressent néanmoins en coulisses pour faire leur "atalakou" auprès des Eto'o, Song Bahanag, Njitap et autres Kameni. Symptomatique des temps présents : il est de bon ton de les vilipender, mais leur argent et les miettes de leur renommée sont toujours bons à prendre.
Beaucoup de voix, et non des moindres, ont leur coupable tout trouvé. C'est Samuel Eto'o le fautif ! Lui et ses caprices de star ! Lui qui a l'outrecuidance d'avoir 30 buts au compteur en championnat espagnol, de gagner la coupe du Roi et la Champions League avec son club le FC Barcelone, mais qui ne se donne pas la peine de marquer des buts quand il joue avec les Lions ! Ce fourbe catalan avec son passeport espagnol, qui, maintenant qu'il est " en haut ", ne se la foule plus pour le drapeau vert-rouge-jaune ! Mister Samuel et Docteur Eto'o. Ben voyons !
Le faux procès fait à Eto'o
J'ai toujours eu une sainte horreur des théories simplistes et celle-là, à l'évidence, en est une. Samuel Eto'o Fils, comme Albert Dreyfus, est cloué au pilori, parce que ça arrange tout le monde, qu'il faut faire court et que cela évite d'avoir à creuser plus profondément pour trouver les vraies racines du mal qui gangrène l'équipe nationale camerounaise. Mais c'est un mauvais procès qui est fait à Sef, et il est aisé de le démontrer.
"Pour qui se prend Eto'o ? Patrick Mboma a plus fait pour le football camerounais que lui". "Un Eto'o ne vaudra jamais un Roger Milla." Personne ne nie la contribution de nos anciennes gloires au rayonnement planétaire des Lions Indomptables. Mais ses faits d'armes passés autorisent-ils Roger Milla à interférer dans la gestion de l'équipe nationale comme il le fait avec virulence et peu de talent depuis un certain temps ?
Avoir, il y a vingt ans, porté haut le flambeau du pays sur les aires de jeu fait-il automatiquement de lui le Einstein du football camerounais ? Comme Milla, dont les prestations lors de la Coupe du monde de 1990 continueront pendant longtemps à faire frissonner de plaisir les amateurs du beau football, Patrick Mboma mérite incontestablement son statut de légende, mais force est de reconnaître que s'il a brillé de mille feux, c'est aussi parce qu'un jeune comme Eto'o, à l'époque, ramait dur et travaillait autour de lui pour le faire rayonner.
Qui aujourd'hui, dans l'équipe nationale, travaille à faire rayonner Samuel Eto'o ? Qui lui ramène les ballons comme lui le faisait avec Magic Patrick ? Ne lui reproche-t-on pas souvent de " balayer " le terrain de haut en bas, alors qu'à Barcelone, il est discipliné et joue au poste à lui désigné par l'entraineur ?
Mais s'il ne va pas les chercher lui-même, qui, au sein de la formation actuelle des Lions, lui sert les ballons dont il a besoin pour conduire le Cameroun à la victoire? On attend de lui les mêmes prestations qu'au Barça mais où sont les Messi, Iniesta, Valdes et Puyol camerounais? Et si par malheur il reste sagement à son poste, cela est aussitôt assimilé à un manque d'implication. Eto'o court partout, ce n'est pas bien. Il ne court plus, ce n'est pas bien non plus. Faudrait savoir, non ?
Le boycott médiatique européen aux relents racistes plus patents que latents auquel est confronté Sef, qui n'a pas l'heur de plaire tant à cause de son indépendance qu'en raison de ses prises de positions habituellement africanistes, souvent iconoclastes, parfois violentes mais rarement hors-sujet trouve aujourd'hui un écho favorable chez les journalistes africains, victimes consentantes d'un colonialisme intellectuel récurrent.
Comment ce petit nègre peut-il se permettre de réclamer un salaire d'un million d'euros net par mois, qui ferait de lui le joueur le mieux payé du monde ? D'où cet illettré prend-il l'arrogance de négocier lui-même ses contrats, sans faire intervenir d'agent ou de manager, comme cela est de bon aloi dans le milieu ?
En vertu de quoi ce type sorti de nulle part ose-t-il prétendre au Ballon d'or, alors qu'il est sous contrat avec Puma et qu'il est de notoriété publique que les gros deals de la Fifa se faisant avec Adidas et Nike, il est hors de question que le renvoi d'ascenseur adoube quelqu'un ne faisant pas partie de ces deux écuries sportives comme meilleur joueur du monde?
Mais Samuel Eto'o Fils est bel et bien le meilleur attaquant de la planète. Si les journalistes et fonctionnaires sportifs occidentaux ont des chiques au bout des doigts quand il s'agit de le reconnaître, on pourrait néanmoins s'attendre à ce que les femmes et hommes des média camerounais, au lieu de se rendre complices de la manipulation occidentale, se mettent en rangs serrés derrière l'enfant de New Bell, le célèbrent à sa juste valeur et le défendent âprement.
Que nenni ! Hier acclamé, aujourd'hui sifflé. Surprenant ? Pas vraiment, tellement cela est typique du fonctionnement camerounais. On veut des idoles, mais il ne faut surtout pas qu'elles sortent trop du lot, sinon on leur coupe la tête. Au lieu d'être fiers de ceux qui réussissent, on les envie et on les détruit au moindre petit échec. Ceux-là qui s'extasient sur le transfert à 94 millions d'euros de Cristiano Ronaldo au Real Madrid s'offusquent que Samuel Eto'o, qui sera transférable sans frais en 2010, négocie avec talent son prochain contrat.
Maintenant qu'il va jouer en Liga et que l'occasion nous est ainsi donnée de comparer ce qui est comparable, on verra bien si le Portugais pourra égaler les records de Fils Ceux qui le qualifient d'analphabète font mine d'ignorer qu'Eto'o parle couramment trois langues et est suffisamment intelligent pour gagner plus d'argent en un mois que certains de ses détracteurs en six générations.
Ceux qui décrient sa "grosse tête" et son "manque de patriotisme" n'arriveront pas à effacer tout ce que ce jeune homme a fait pour le Cameroun et les Camerounais, et c'est de sa contribution hors des terrains de foot qu'il s'agit ici.
Dons d'ambulances, création d'une fondation caritative, pygmalion de jeunes talents sportifs dont plus d'une dizaine est déjà allée à Barcelone, soutenant financièrement les proches et les moins proches, remplissant la sébile des pauvres et des riches qui quémandent sans honte, créant des emplois, payant des opérations chirurgicales salvatrices à des gamins africains handicapés, Samuel Eto'o, à 28 ans, a fait plus pour la patrie que certains magnats ou hommes politiques au pouvoir depuis plusieurs décennies qui se permettent aujourd'hui de le critiquer ou de se gausser de lui quand il lui arrive de traverser une phase professionnelle difficile.
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