Mahalia Nteby
17 Juin 2009
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"Drogba est aussi une star, et pourtant, quand il joue avec les Eléphants, il se défonce et marque des buts, pas comme Eto'o." Certes, à première vue, cela peut sembler exact. Mais une observation plus approfondie fait apparaître une différence fondamentale : au delà-du fait que ses coéquipiers, mettant de côté leurs égos, jouent pour lui, capitalisant ainsi sur le talent de leur capitaine, Didier Drogba évolue dans un environnement sain.
Le football ivoirien est organisé de façon non pas extraordinaire, mais tout simplement normale, ce qui est très loin de la désastreuse réalité camerounaise, où les autorités, en véritables charognards, ont oeuvré avec une tragique constance à la mise à mort du sport en général et de la sélection nationale de football en particulier.
Il n'y a pas de mauvaises troupes, seulement de mauvais chefs
Cela fait maintenant des années que le gouvernement nous inflige des ministres des Sports qui s'avèrent être les véritables fossoyeurs de l'équipe nationale. Oublieux des tâches fondamentales liées au portefeuille qui leur est confié, ces individus s'érigent en permanence en ministres des Lions Indomptables, en faisant preuve d'une capacité de nuisance inégalée. L'ahurissante succession d'incompétents à nous imposés par l'Etat camerounais nous amène aujourd'hui à devoir subir le sieur Augustin Thierry Edjoa, dont la nocivité n'a d'égale que son inaptitude.
Développer les infrastructures et les activités sportives au Cameroun ? Cette tâche est bien trop ingrate pour monsieur le ministre, qui préfère consacrer la quasi-totalité de son temps à la gestion des Lions indomptables ! Il le fait d'ailleurs tant et si mal qu'il n'est pas étonnant que les joueurs marocains ne se soient pas sentis dépaysés lors de la rencontre du 7 juin dernier: la pelouse du Stade Omnisports de Yaoundé ressemblait plus à un paysage du Sahara qu'au gazon de Wimbledon.
Mais il est vrai qu'il doit être nettement plus lucratif de s'immiscer quotidiennement dans l'administration de l'équipe nationale de football plutôt que de s'atteler au développement de la fédération de canoë-kayak ou au maintien du rayonnement du volleyball, du handball, de l'haltérophilie ou de la boxe, sports dans lesquels le Cameroun brillait pourtant encore il y a une bonne dizaine d'années et que messieurs Bidoung Mkpatt, Mbarga Mboa ou aujourd'hui Edjoa, en véritables croque-morts, ont contribué à anéantir.
Ce droit d'ingérence, octroyé aux ministres des sports en 1972 par décret présidentiel et que Paul Biya refuse contre-vents et marées d'abroger, ne posait pas de problèmes fondamentaux tant que les titulaires du portefeuille étaient des gens d'envergure et de qualité. Malheureusement, cela fait belle lurette que cela n'est plus le cas et la descente aux enfers aboutit aujourd'hui au très catastrophique monsieur Edjoa.
Qu'est-ce qui justifie que le ministre des Sports du Cameroun aille passer deux semaines au centre d'entraînement des Lions indomptables en Belgique ? Pourquoi a-t-on décidé d'installer ledit centre d'entraînement dans la très frisquette Belgique, alors que les matchs auxquels les joueurs sont sensés être préparés se jouent en terre africaine, sous un soleil de plomb auquel ils ne sont plus vraiment habitués, eux qui travaillent pour la plupart en Europe tout au long de l'année?
Que dire de la décision de licencier l'adjoint d'Otto Pfister et de le remplacer par un trio d'entraineurs dont certains ne jouissent pas de la meilleure réputation mais qui ont le mérite d'être à la botte du ministre ? Quelle est la valeur ajoutée des pléthoriques délégations ministérielles qui accompagnent les Lions lors de leurs déplacements, véritables gouffres à frais de mission, et qui comprennent la famille, les petites amies, les relations personnelles des fonctionnaires sportifs ?
Autant de questions auxquelles nous sommes en droit d'exiger des réponses claires et, le cas échéant, des sanctions exemplaires. Il y a là suffisamment matière à investiguer pour les fins limiers de l'opération Epervier et quelques locataires supplémentaires pour les geôles de Kondengui à identifier.
Que dire de l'affolante inertie de la Fédération Camerounaise de Football (Fecafoot), qui, bien qu'étant sur le papier le seul interlocuteur de la FIFA, se laisse piétiner par le Sinistre des sports et ses affidés, parce qu'il est toujours bien difficile de mordre la main qui vous nourrit ? Que dire de l'organisation chaotique, improvisée et quasi clownesque qui est devenue le pain quotidien des Lions indomptables et du football camerounais tout court ?
Panem et circenses
Ce désordre est-il vraiment une fatalité ou bien cela fait-il partie de la stratégie politique du gouvernement en place, qui consiste à récupérer les lauriers des soldats du sport quand tout va bien, et à les jeter en pâture aux populations quand ils subissent des échecs, tant il est vrai que la gabegie qui règne autour des Lions permet de détourner l'attention des vrais problèmes du pays.
En effet, tant que les Camerounais sont occupés à écharper Eto'o et ses coéquipiers, ils ne se focalisent pas sur les maux fondamentaux qui minent leur société : pauvreté, chômage, système sanitaire et éducatif dégradés, infrastructures routières misérables, industrie des transports chancelante, non-répartition des richesses, alors que des trésors miniers incroyables sont régulièrement découverts et exploités.
Ce genre de manoeuvre, qui remonte à l'Antiquité, quand les empereurs et leurs consuls, pour éviter les émeutes et révoltes du miséreux peuple de Rome, organisaient de sanglants combats de gladiateurs lors desquels de la farine gratuite était distribuée, a beaucoup de similitudes avec la gestion du Sport par les autorités camerounaises depuis une bonne décennie.
Il ne s'agit pas ici de faire l'hagiographie de Samuel Eto'o Fils, qui n'est ni parfait ni un saint. Mais, s'il n'est pas un ange, il est également loin d'être le démon qu'on veut nous faire crucifier. En dépit de ses imperfections et des maladresses qu'il a commises et commettra certainement à l'avenir, il est temps de rendre à César ce qui est à César et de mettre balle à terre.
Leaders d'opinion, journalistes, hommes politiques, responsables sportifs, anciens joueurs et nouveaux talents aux égos hypertrophiés, supporters versatiles, tous tant que nous sommes, qui avons passivement ou activement contribué à mettre le sport camerounais en général et l'équipe nationale de foot en particulier au niveau abyssal des boîtes noires du vol AF 447, le temps est venu pour nous de faire notre mea culpa individuel et collectif et de reconnaître que le Cameroun footballistique, qui s'érige aujourd'hui en juge, n'est absolument pas digne d'un joueur comme Samuel Eto'o, loin s'en faut
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