Pour Etienne Ossomo, 70 ans cadre retraité du ministère des Finances aujourd'hui chef traditionnel, « il y a vraiment des valeurs qui se perdent ». A l'heure des Brian, Maelys, Sullivan et autres prénoms d'enfants qui « font façon », la parentalité rime de plus en plus avec modernité.
Les enfants, érigés en véritables vaches sacrées, déjeunent aux Corn-Flakes plutôt qu'aux restes de nourriture réchauffés de la veille, jouent aux jeux électroniques plutôt que dans la cour de la maison et, cerise sur le gâteau, reçoivent de doucereuses remontrances quand ils font des bêtises, au lieu des bons vieux coups de bâton. Un modèle d'éducation à « l'occidentale », imposé à l'aune d'une classe bourgeoise grandissante, d'une exposition médiatique de plus en plus forte, et de quelques textes qui considèrent toute tapenade comme des « sévices corporels » infligés à l'enfant. Voilant ainsi la vraie question qui entoure la pratique : la bonne éducation est-elle possible sans la peur du gendarme, incarnée pour le cas d'espèce par la bonne vieille chicotte ?
Au moment où se célèbre la 19e Journée de l'enfant africain, sur le thème « Une Afrique digne des enfants : appel à une action accélérée en vue de leur survie », les envolées lyriques et autres discours bien pensants continuent à accompagner la plaidoirie onusienne en faveur de l'abolition de la chicotte. Dans les foyers, la réalité n'est pas aussi simple. Au fils prodigue qui refuse de laver les assiettes toute la semaine, va-t-on se contenter de dire que « ce n'est pas bien de désobéir aux ordres de maman » ? A celle qui, répercutant une scène de sa série télévisée préférée, tient des propos injurieux à son père, la punition s'arrêtera-t-elle à la priver d'argent de poche ? Et pour ces mioches turbulents qui découvrent prématurément l'univers de la petite délinquance, répondra-t-on uniquement avec quelques taloches et des privations de sorties ? Difficile de répondre catégoriquement par l'affirmative. D'ailleurs, sans verser dans la caricature, nombre d'enfants qui ont été élevés sans bâton, sont loin de devenir des modèles sociaux. De l'autre côté, contrairement à une idée reçue sur « les traumatismes causés par la bastonnade », d'autres, devenus grands, reconnaissent les bienfaits qu'a apportés la chicotte à leur éducation. Le bâton, un mal nécessaire ? Dans le contexte africain, sans doute.
Faut-il donc pour autant s'asseoir sur les prescriptions de l'Unicef et considérer juste la bastonnade comme une valeur identitaire du tropisme africain ? Car malheureusement, dans plusieurs foyers, le moyen d'éducation devient souvent un moyen d'expression, et des enfants sont battus pour un rien, parfois jusqu'au sang. Dans les établissements scolaires par exemple, il a fallu une intervention des départements ministériels concernés pour mettre fin à des excès aux répercussions dangereuses pour la santé des enfants. Et si dans l'absolu, le bâton ne saurait être trop recommandé, ni rigoureusement proscrit, la finalité de son usage doit rester la même : faciliter l'éducation.

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