Le Pays (Ouagadougou)

Mali: ATT défie la nébuleuse

Séni Dabo

17 Juin 2009


Le Mali avait promis de mener une lutte sans merci contre Al Qaïda islamique au Maghreb (AQMI) et il a tenu parole. Cela s'est traduit par une attaque de l'armée malienne le 16 juin contre une "base" d'AQMI près de la frontière avec l'Algérie. Bilan : entre 16 et 26 terroristes tués, selon les sources.

La chasse est désormais ouverte contre les salafistes qui se sont repliés au Mali depuis qu'ils ont des difficultés, pour opérer tranquillement en Algérie. Par cette attaque, le Mali veut aussi démontrer qu'ils ne sont pas non plus les bienvenus, qu'ils n'auront pas également la paix sur son territoire. Ceux qui doutaient encore que le Mali pouvait s'attaquer aux partisans de Oussama Ben Laden doivent se dire qu'ils se sont trompés ; le pays de Amadou Toumani Touré ayant prouvé que son silence n'était pas un aveu de faiblesse. Bamako se devait de réagir pour rassurer la population. Mais qui est-ce qui a bien pu décider l'ancien Soudan français à attaquer, contre toute attente et pour la première fois, les extrêmistes qui ont envahi son territoire ?

A notre avis, deux faits ont été à la base de ce coup d'éclat. Le premier est la menace du tourisme dans les zones où sévissent les fous de Dieu qui n'hésitent pas à enlever et souvent exécuter des Occidentaux en manque d'exotisme et venus découvrir les merveilles du désert. On a encore en mémoire l'exécution du touriste britannique Edwin Dyer, le 31 mai dernier, après que son pays a refusé de libérer un islamiste emprisonné comme le lui demandait AQMI. Ce genre d'actes fait fuir les touristes et prive des milliers de personnes, et le pays tout entier, de devises importantes.

L'Etat central ne pouvait donc pas rester sans réagir face à une asphyxie de l'économie par des hors-la-loi avec lesquels il n'y a aucune possibilité de négociation. Le deuxième fait est l'assassinat, le 10 juin dernier à Tombouctou, d'un officier malien, responsable régional des services de renseignements, également présenté comme un acteur de la lutte contre le terrorisme. Lequel assassinat a été revendiqué par la branche maghrébine de l'internationale terroriste comme pour dire aux autorités de les laisser tranquilles sinon ils s'en prendront maintenant au pays et à ses intérêts.

ATT défie la nébuleuse

Ici aussi, le Mali n'avait d'autre choix que de laver l'affront en rendant la pièce de leur monnaie aux terroristes. On semble être dans une logique de réponse du berger à la bergère. Et c'est tout naturellement que l'on se demande ce qui pourrait se passer les prochains jours. L'armée malienne va-t-elle continuer à défier la branche de la nébuleuse Al Qaïda ? Ou bien sont-ce les terroristes qui vont se venger d'une façon ou d'une autre de l'attaque surprise du 16 juin ? Dans cette situation, le Mali mérite un soutien ferme surtout des pays de l'Ouest africain.

L'appui de pays comme les Etats-Unis ne saurait dédouaner les voisins. C'est en ce sens qu'il faut que la rencontre régionale sur le terrorisme, longtemps programmée, se tienne dans les plus brefs délais afin de définir une stratégie commune de lutte. La raison en est que la section locale d'Al Qaïda peut coloniser d'autres pays de la sous-région et commettre les mêmes exactions.

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