La Tribune (Algiers)

Algérie: Squattées et polluées, les plages d'Alger souffrent de leur surexploitation

Abderrahmane Semmar

18 Juin 2009


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«Nos citoyens continuent à considérer les plages comme des décharges»

«Malheureusement, nos citoyens continuent à considérer que nos plages sont des décharges. Depuis le début de la saison estivale, sur les grandes plages, nous ramassons chaque jour l'équivalent de 6 tonnes de déchets.

Les citoyens doivent absolument apprendre à laisser la plage propre», explique à ce sujet Mme Boukassem, sous-directrice à l'APPL. Toutefois, selon notre interlocutrice, «il y a de moins en moins de dégradations dans les plages» et «le littoral algérois va beaucoup mieux».

Pour étayer ses propos, Mme Boukassem argumente. «En 1999, il n'y avait que 30 plages autorisées à la baignade. En 2009, nous en sommes à 54. Pour ce faire, nous avons fourni beaucoup d'efforts en travaillant en étroite collaboration avec les services de l'hydraulique et la direction des travaux publics. Nous avons lutté contre les rejets des eaux usées sur les plages.

Nous avons récupéré plusieurs plages grâce à cela», poursuit-elle en nous signalant que le problème des rejets d'eaux usées individuelles est le plus menaçant pour la propreté de nos plages. «Des millionnaires construisent des villas de luxe et ne dépensent aucun centime pour se brancher au réseau d'assainissement de leur quartier. Nous interceptons ces rejets et nous signalons à chaque fois aux collectivités locales ces contrevenants qui polluent sauvagement les plages», souligne encore Mme Boukassem.

Concernant les rejets d'eaux usées collectives dans la mer, la sous-directrice de l'APPL table sur la multiplication des stations d'épuration d'eau, au nombre de trois seulement pour le moment, dans la capitale pour arriver enfin à leur éradication. De nouvelles stations de relevage seront également réceptionnées prochainement pour récupérer les eaux usées des communes.

«On peut épurer toutes les plages d'Alger. Ce n'est pas une utopie. On peut vraiment le réaliser. On est déjà en marche pour atteindre cet objectif», affirme sans ambages Mme Boukassem, dont l'optimisme contraste avec une réalité peu réjouissante.

Cela dit, l'éradication des eaux usées ne protège pas pour autant les plages de l'Algérois contre la pollution. Et pour cause, le fait est avéré, la surexploitation des plages et le rush important des estivants renforcent la mauvaise qualité bactériologique des eaux de la mer.

«La qualité de l'eau de mer se détériore dans les plages prises d'assaut par un nombre important d'estivants. Il faut absolument trouver une solution à cette surexploitation. Pour cela, il y a des plages à l'est d'Alger qui sont peu fréquentées contrairement aux plages de l'Ouest. Et pourtant, leur qualité d'eau est meilleure et elles sont plus grandes.

Nous conseillons donc aux estivants de s'orienter vers ces plages», argue notre interlocutrice en citant le cas de Deca plage, Kaddous et d'autres encore. La multiplication des piscines communales et le renforcement des moyens de transport en direction des plages de l'est d'Alger seront d'un grand renfort, juge Mme Boukassem, pour venir à bout de la surexploitation des plages de l'Ouest, telles que Palm Beach, Azur plage, Sidi Fredj, Zéralda, etc.

Des plages toujours exploitées !

Curage des fosses, aménagement des parkings, goudronnage de certains accès, éclairage renforcé, dotation de sanisettes et de douches, installation de cabines pour la Protection civile et la gendarmerie, en passant par la plantation d'espèces fixatrices de sable et débroussaillage, nombreuses ont été les actions menées pour assurer le bon déroulement de la saison estivale.

Mais, le fait marquant de cette année est sans conteste l'interdiction par la wilaya de toutes les concessions de plages. Ainsi, toute forme d'appropriation des espaces est interdite. Toutefois, la location de matériel de plage (parasols, chaises, transats, etc.) est autorisée à condition de respecter les règles retenues dans ce cadre, à savoir ne pas accaparer d'espaces et ne pas provoquer de gêne et de désagréments au public.

Mais qu'en est-il sur le terrain ? Force est malheureusement de constater que ces directives ne sont nullement respectées. Le citoyen fait toujours face à l'intimidation de ceux qui usent parfois des moyens les plus forts et les plus dissuasifs pour s'imposer. La plage censée être un lieu public qui ne peut être en aucun cas approprié par qui que ce soit, continue à être squatté par des jeunes plagistes, lesquels imposent un prix fort pour l'accès à la plage.

Une simple virée à Palm Beach nous a permis de dresser ce constat amer. Les 49 bases nautiques de Palm Beach occupent toujours, sans la moindre autorisation, la plage et proposent des parasols à 200 DA, des chaises et des tables jusqu'à 600 DA. En tout et pour tout, le pauvre citoyen est contraint de dépenser 1 000 DA pour son plaisir marin. Alors où est-elle cette gratuité des plages décrétée par la wilaya ?

«C'est des mensonges. Les pouvoirs publics n'ont jamais pu nous protéger contre ces voyous. On dirait que la plage leur appartient !» s'écrie un père de famille, rencontré à Palm Beach et qui ne comprend pas pourquoi personne ne poursuit les «squatteurs des plages» pour leurs agissements mafieux. De leur côté, ces jeunes clament leur innocence et font valoir leur droit de travailler.

«Nous sommes des chômeurs. Nous n'avons aucune source de revenus. L'été est pour nous la seule opportunité de gagner un peu de sous. Nous investissons de l'argent pour assurer le confort des vacanciers dans nos bases. Nous assurons la sécurité et nous nettoyons les plages. Les agents de l'APC ne font rien de cela», crient d'une seule voix des jeunes plagistes à Palm Beach.

Ces derniers condamnent l'attitude et la décision de la wilaya. Chaque matin, des gendarmes viennent confisquer le matériel de ces jeunes. Aucune arrestation n'est toutefois effectuée. «C'est injuste. Ils nous harcèlent comme ça parce qu'ils veulent qu'on leur verse de la chipa», réagissent-ils.

Pour le moment, aucune mesure coercitive n'est venue ébranler la volonté et le business des squatteurs des plages. Après chaque saisie, ils réinstallent des parasols neufs. A en croire leurs confessions, ils mettent un paquet de 40 millions de centimes dans une base nautique de 20 m'. Auparavant, ils versaient près de 7 millions de centimes afin d'arracher l'autorisation de l'APC pour exploiter une portion de la plage le temps d'un été.

Le bénéfice, quant à lui, avoisine facilement les 15 millions. C'est ce qui explique certainement pourquoi ils ne comptent guère prendre acte de la décision du wali d'Alger. «On ne partira jamais d'ici. On ne nous arrêtera pas avec de simples décisions.

La wilaya veut-elle qu'on devienne tous des voleurs et des criminels ? Nous continuerons à travailler ici jusqu'à la fin de l'été, que cela leur plaise ou non», avertissent-ils sur un ton menaçant. Décidément, l'été promet d'être chaud. Trop chaud même.

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