Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Alain Nicaise Papatchi Coffie : "Nos relations ne sont entachées d'aucun malentendu"

Ferro M. Bally

17 Juin 2009


interview

Abidjan — L'ambassadeur ivoirien à Beijing, Alain Nicaise Papatchi Coffie, soutient le projet de pôle urbain et salue la bonne santé de la coopération entre les deux pays.

Vous avez participé activement aux discussions entre la société privée Sophia immobilier et ses partenaires chinois. Quelles sont les chances de succès de cette opération, quand on sait que des initiatives pareilles mais infructueuses ont été menées en direction d'Israel et de l'Iran?

Le projet de création du pôle urbain d'Abidjan est un projet auquel le gouvernement ivoirien porte un grand intérêt. La présence au sein de la délégation de représentants de plusieurs ministères l'illustre fort éloquemment.

Je note également que de son côté, le gouvernement chinois a accueilli très favorablement ce projet. Cette bonne acceptation est un signe très encourageant pour nous et amène à croire aux chances d'aboutissement de ce projet. Bien sûr, beaucoup d'étapes restent à franchir.

Nous ne sommes qu'au stade des contacts préliminaires. Mais les conditions me paraissent réunies pour un dénouement heureux. C'est en tout cas ce que j'espère. Et je me sens davantage conforté dans cet espoir à l'issue des entretiens fructueux que le chef de la délégation ivoirienne, M. Moulot Moise Jean - Louis Coffi et moi-même avons eus avec le directeur régional chargé du département des prêts concessionnels de la Banque export - import de Chine, M. Zhu Ying, ainsi qu'avec le vice-président de l'Association pour l'amitié avec les peuples de l'étranger.

Aux Chinois, vous avez dit que c'est le gouvernement ivoirien qui a mandaté cette délégation et qu'il attendait un résultat. Voulez-vous dire que l'Etat va ou a désormais supplanté Sophia immobilier? Si non, quel mécanisme est - il prévu dans ce cadre pour obtenir le financement chinois qui se fait d'Etat à Etat?

Il ne faut bien sûr pas perdre de vue que nous parlons ici d'une initiative purement privée. Cependant, elle s'inscrit parfaitement dans la vision du développement économique et social de la Côte d'Ivoire du Président Gbagbo et du Premier ministre Soro Guillaume.

Elle ne saurait donc ne pas emporter l'adhésion du gouvernement ivoirien qui a d'ailleurs fait un grand pas dans ce sens, en autorisant la visite en Chine de cette importante délégation conduite par M. Jean-Louis Moise Coffi Moulot, conseiller technique principal au ministère de la Construction, de l'Urbanisme et de l'Habitat.

Mais cette adhésion du gouvernement ne signifie pas qu'il se substitue à la société Sophia. Il vient seulement apporter un accompagnement institutionnel nécessaire dans ce type de projet et tout autre soutien dont pourrait avoir besoin Sophia, en la laissant jouer pleinement le rôle qui est le sien. Il ne saurait donc y avoir en l'espèce substitution mais complémentarité.

Vous avez évoqué le problème du financement. Le gouvernement pourrait à ce niveau par exemple, endosser le projet afin de saisir les autorités chinoises pour une requête de financement. C'est d'ailleurs ce qui se fait habituellement ; le but étant clairement d'aider à l'obtention du financement.

Au terme des discussions, la montagne a-t-elle ou pas accouché d'une souris?

Ça me parait très prématuré de dire que la montagne a accouché ou non d'une souris. Comme je l'ai déjà dit, nous ne sommes qu'à la première étape de la négociation. Je constate seulement qu'au stade actuel des échanges, tout converge vers une entente.

Ce qui nous invite plutôt à l'optimisme et nous fait espérer un aboutissement heureux. En tant que diplomate et citoyen ivoirien, c'est évidemment mon voeu le plus cher, compte tenu du bénéfice énorme que pourrait tirer la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens de la réalisation de ce projet.

Cinquième ambassadeur de la Côte d'Ivoire en Chine, quelle est la qualité des relations diplomatiques entre les deux pays, 26 ans après?

Je pense que les relations sont très bonnes et même excellentes. Nous assistons à un dynamisme croissant amorcé avec mes prédécesseurs et qui se poursuit encore aujourd'hui. Je voudrais d'ailleurs saisir l'occasion que vous m'offrez pour rendre un hommage mérité à mon illustre prédécesseur, l'ambassadeur Konan Kramo, dont nous venons d'apprendre le décès, pour le travail ô combien remarquable et l'empreinte indélébile qu'il a laissés dans la consolidation des relations de coopération entre la Côte d'Ivoire et la Chine.

Pour revenir à votre question, je disais que nos relations avec la Chine sont excellentes. J'en veux pour preuve depuis que je suis à ce poste, les nombreuses visites de personnalités des deux pays dans les deux sens et les nombreux projets de coopération menés à terme ou en cours de réalisation dont la maison des Députés à Yamoussoukro et la construction de nouveaux bâtiments pour le ministère des Affaires étrangères.

Coopérer avec la Chine signifie rompre avec Taïwan. La Côte d'Ivoire a-t-elle définitivement choisi son camp dans cette querelle sino-chinoise?

La Côte d'Ivoire a établi des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine depuis le 02 mars 1983. Notre pays et la République populaire de Chine entretiennent depuis 26 ans des relations de saine amitié et de féconde coopération basées sur le respect, la compréhension et la confiance mutuels et qui ne sont entachées d'aucune difficulté, d'aucun malentendu ou quiproquo.

Il ne s'est donc jamais agi pour la Côte d'Ivoire d'opérer un choix entre la Chine et Taïwan puisqu'elle soutient, sans hésitation, la politique d'une seule Chine avec Beijing pour capitale. La Côte d'Ivoire est donc pour la réunification des deux rives du détroit de Taïwan. Nous saluons à cet égard les récents progrès enregistrés dans le sens de leur rapprochement, notamment avec la récente visite à Beijing du président du Parti Kuomintang de Taïwan.

Pour notre pays, il est une vérité d'évidence que le Tibet et Taïwan sont et font parties intégrantes de la République populaire de Chine.

La présence très remarquée des Chinois sur le marché ivoirien dans plusieurs secteurs d'activité ne contribue-t-elle pas à perpétuer d'une manière ou d'une autre le pacte colonial, dans la mesure où la Côte d'Ivoire reste un débouché pour les technologies et produits de l'empire du Milieu?

Ma réponse est non, puisque la politique extérieure de la Chine est toujours fondée sur le respect et la confiance mutuelle ainsi que sur le principe du bénéfice mutuel communément appelé la politique du gagnant - gagnant. Ce principe qui se traduit au quotidien dans les relations ivoiro-chinoises dément par les faits les ambitions impérialistes et colonialistes qu'on prête à la Chine.

Quel est le point précis des échanges commerciaux entre les deux pays et que compte faire la Côte d'Ivoire pour corriger les déséquilibres?

Pour ce qui est du point des échanges commerciaux, il faut dire que la Chine est devenue aujourd'hui le troisième fournisseur de la Côte d'Ivoire avec 6,9% des parts de marché derrière le Nigeria (29,5%) et la France (16,8%). Les échanges commerciaux sont passés de 50 milliards de francs CFA en 2002 à 112 milliards l'année dernière.

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