Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Alain Nicaise Papatchi Coffie : "Nos relations ne sont entachées d'aucun malentendu"

Ferro M. Bally

17 Juin 2009


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Les exportations de la Côte d'Ivoire en Chine sont principalement des fèves de cacao, du coton et des matières premières énergétiques et minières. La Chine, pendant ce temps, importe en Côte d'Ivoire du matériel électrique, du matériel électronique, du riz, des machines, du textile, des produits chimiques et autres biens de consommation.

La balance commerciale est déficitaire pour la Côte d'Ivoire mais avec l'intérêt croissant des entreprises ivoiriennes pour le marché chinois, cette tendance pourra un jour être sinon inversée, au moins équilibrée. De plus, avec l'annonce faite par les autorités ivoiriennes de transformer à terme au moins 50% des produits destinés à l'exportation, nous avons des raisons de croire à cette inversion.

Des populations africaines ont déclaré la guerre aux produits chinois qui «tuent» le marché local. Que pensez-vous de cette campagne qui commence à prendre de l'ampleur?

Ces actes sont évidemment à déplorer et des discussions devraient être menées pour arriver à trouver une solution. Mais ce que j'aimerais dire, c'est que la présence chinoise dans nos pays, au lieu d'être vécue comme une concurrence déloyale, doit peut-être être comprise comme une invitation pour nous à nous préparer au défi de la compétitivité.

En effet, dans ce monde globalisé, il ne nous est laissé d'autres choix que de pouvoir affronter la concurrence à l'extérieur qui, du fait de l'ouverture des marchés, est inévitable. Nous devons donc rechercher des voies et moyens pour nous adapter à cette réalité.

Selon vous, qu'est-ce qui explique la «ruée» des pays africains (sans considération de régime politique) vers la République populaire de Chine au détriment de leur ancienne métropole: la volonté d'engager de nouvelles noces ou de diversifier les partenaires?

C'est clairement la volonté de diversifier les partenaires qui pousse les pays africains à cette ruée vers la Chine, comme vous le dites. Mais en plus, comme le disait le Président Laurent Gbagbo récemment, «l'Afrique va en Chine car elle ne se sent pas humiliée».

En d'autres termes, la Chine traite les pays africains sur un pied d'égalité, dans le respect de leur dignité, de leurs spécificités et de leurs différences et sur la base d'avantages mutuellement bénéfiques. C'est donc dire que toutes ces considérations et cette politique de coopération gagnant - gagnant leur inspirent totalement confiance.

La Chine consent, par ailleurs, des prêts à des taux beaucoup plus avantageux sans conditionnalité politique aucune. C'est pour toutes ces raisons que la préférence des pays africains va aujourd'hui à la Chine. Pour le moment, il n'y a aucune raison valable pour que cette attirance vers la Chine s'amenuise.

L'attrait des Africains pour la Chine n'est donc pas un effet de mode, une situation conjoncturelle. C'est aujourd'hui une réalité concrète basée sur des fondements solides et qui est appelée à s'inscrire dans la durée. L'option des Africains pour la Chine n'est ni un choix affectif ni un choix intéressé. C'est seulement un choix. Un choix objectif.

Un choix qui confine à l'aversion pour les anciennes métropoles?

Attention ! Je tiens à apporter la précision suivante. L'attrait pour la Chine ne signifie pas aversion ou attitude de défiance vis-à-vis des autres grands pays de la planète, encore moins renoncement aux anciennes amitiés. Depuis toujours, notre pays a été fidèle tant à ses principes qu'à ses amitiés.

Et croyez-moi, de ce point de vue, notre pays n'a pas changé. Il faut simplement noter que le monde, fût-il globalisé, les économies fussent-elles mondialisées, 50 ans après les indépendances, l'environnement n'est plus le même en Afrique et ailleurs dans le monde.

Les temps ont donc changé, les hommes aussi, les mentalités également. Les dirigeants des grands pays doivent donc en tenir compte et avoir une vision nouvelle de leurs relations avec les pays africains. Il va donc sans dire que notre pays reste toujours bien disposé vis-à-vis de ses partenaires traditionnels, tout en restant ouvert sur le reste du monde.

Les Chinois sont accusés en Europe de ne tenir aucun compte des violations des droits de l'homme et du processus démocratique dans le financement des projets. Quelle est votre analyse sur ce sujet qui défraie la chronique?

Vous savez, beaucoup de choses sont dites sur la coopération sino-africaine. Mais si l'on veut être objectif, on ne pourra pas contester que la Chine fonctionne avec des principes qui lui sont chers et auxquels elle est toujours demeurée fidèle, comme le principe de non ingérence dans les affaires intérieures des Etats. C'est au nom de ce principe internationalement reconnu, puisque inscrit dans la charte des Nations unies, qu'elle agit partout.

Peut-on lui reprocher de respecter le droit international? De plus, la Chine a toujours eu pour priorité le sort des populations des pays qu'elle aide. C'est ce qui motive les actions qui lui sont reprochées en Afrique.

Or, il me semble que priver des populations d'une aide vitale sous prétexte de sanction d'un régime politique, est précisément aller à l'encontre des droits humains, puisque le droit à la vie est un droit fondamental. Il apparaît ainsi que la Chine est plus édifiée et plus sensible que d'autres à ces notions de droits humains qui devraient être privilégiées partout, plutôt que des notions politiques de démocratie.

Le boom économique chinois et la parfaite organisation des Jeux olympiques de Beijing ne contredisent-ils pas ceux qui soutiennent que seule la démocratie apporte le développement?

La démocratie est une notion à déclinaisons et applications multiformes. La Chine n'a certes pas voulu adopter le modèle occidental, mais elle a su mettre en place une démocratie adaptée aux réalités et valeurs chinoises qui a fait ses preuves. Elle a, en effet, permis le développement économique spectaculaire que nous connaissons et le rayonnement de la Chine dans le monde.

Deux faits que nul ne peut ignorer. D'ailleurs, pour les Etats-Unis comme pour tous les grands pays du monde, la Chine est aujourd'hui un pays incontournable. Tout le monde reconnaît son importance dans la résolution de la crise actuelle et personne n'a, jusque-là, refusé de coopérer avec la Chine à cause de son régime politique.

M. l'ambassadeur, hasard du calendrier, aujourd'hui 04 juin 2009 est le 20e anniversaire des événements de Tian'anmen. Que pouvez-vous dire à ce sujet?

La réflexion que m'inspirent les événements de Tian'anmen de 1989, c'est qu'il y a des limites aux libertés démocratiques et que le désordre ne saurait être un critère de la démocratie. En voulant imposer par des manifestations de rue une supposée réforme démocratique et la démission de hauts dirigeants du pays qui tenaient leur légitimité du peuple, ces manifestants non seulement défiaient l'autorité de l'Etat et mettaient gravement en péril l'ordre public et la sûreté de l'Etat, mais également, ils étaient en contradiction totale avec eux-mêmes;

car une minorité ne peut imposer ses desideratas à la volonté populaire et donc à celle de l'immense majorité des Chinois. Je pense qu'une telle situation, quoiqu'il faille déplorer la brutalité de la répression ainsi que les nombreuses pertes en vies humaines qui l'ont sanctionnée, une telle situation, dis-je, aurait conduit à une anarchie difficilement gérable, à un chaos qui aurait causé l'effondrement de ce pays.

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