Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Décryptage - Aux sources de la crise à Amity bank

Une enquête de Léger Ntiga et Lazare Kolyang

18 Juin 2009


Un contentieux vieux de 8 ans entre le fondateur, Lawrence Tasha Loweh, les dirigeants successifs et un groupe d'actionnaires secouait déjà l'institution. Retour sur la crise actuelle entre les institutions favorables (ministère des Finances et Cobac) à la reprise de cet établissement financier par un groupe ivoirien, et un autre qui accuse le mandataire de la Cobac de n'avoir jamais convoqué l'assemblée générale des actionnaires aux fins de recapitaliser la banque selon le mandat à lui confié.

Christophe Sielenou, la tête de proue de la dissidence par rapport à la reprise de Amity Bank par Atlantique Financial Group, vient donc de préciser sa pensée à travers un droit de réponse diffusé ces mêmes colonnes au sujet de son opposition. Cette réaction illustre à suffisance qu'en dépit du démarrage effectif des activités, le 02 juin 2009, du repreneur, la sérénité n'est pas de mise. Tant le volume du contentieux en cours autour de la vie de Amity Bank Cameroon Plc dont de nombreuses procédures en cours devant les juridictions nationales et internationales, attend d'être vidé. Par ailleurs, l'action en annulation des actes de la Cobac, introduite par le groupe des actionnaires, après deux renvois successifs en fin mai et début juin derniers, devrait être vidée le 02uillet prochain. Dans la même logique du contentieux, M. Sielenou a également initié une procédure d'expulsion car, dit-il, leurs locaux sans droit, ni titre".

Mais en attendant, la nouvelle direction de la banque entend poursuivre son processus. Outre les 5,5 milliards de Fcfa obtenus par le groupe Atlantique au cours du tour de table avec le concours de la maison mère et des privés camerounais, l'établissement financier dont le capital d'après son exécutif, doit être porté à 15 milliards de Fcfa, bénéficie du concours de l'Etat camerounais d'une enveloppe de 9,25 milliards de Fcfa. Pour cette nouvelle vie de Amity Bank, le groupe va surtout bénéficier de crédits d'impôts. Des opérations qui se font sous l'oeil vigilant et bienveillant du ministère camerounais des Finances (Minfi) et de la Commission bancaire d'Afrique centrale (Cobac).

Une démarche que n'approuve pas Christophe Sielenou qui dit avoir sollicité, depuis longtemps et sans succès, le même soutien de l'Etat Camerounais. "Ce concours avait été sollicité en son temps auprès du gouvernement par les actionnaires de Amity Bank qui avaient saisi le ministre des Finances à cet effet par correspondance du 31 janvier 2008. Le gouvernement a choisi de donner cette manne, prélevée sur l'argent des contribuables à la Banque Atlantique (bien curieux n'est ce pas, pour une structure qui n'a pas de difficultés de bas de bilan) dans une opération nébuleuse dont la résultante est la mise à l'écart des actionnaires de Amity Bank et le licenciement sans cause de dizaines d'employés de la Banque". Du côté du Minfi, le chef de ce département, Essimi Menye, motive cet apport de l'Etat du Cameroun à la nouvelle équipe par "l'incapacité des actionnaires de Amity à recapitaliser l'entreprise". Mais aussi par " la confusion constatée dans l'actionnariat ".

Grand bruit

Quoiqu'il en soit, l'argent de cette société fait encore grand bruit. Au moins depuis la tenue d'un conseil d'administration à Limbé, le 05 août 2000. Ce jour là en effet, le fondateur et principal actionnaire (12%), à l'époque, président directeur général (Pdg) au moment des faits, Lawrence Tasha Loweh a été renversé par certains actionnaires. Pour ces derniers, le 3e point inscrit à l'ordre du jour et relatif à la gestion, ne pouvait que définitivement brouiller les rapports entre le fondateur et eux. Et pour cause, ils reprochaient au fondateur de l'institution bancaire des détournements (non chiffrés). Mais surtout d'avoir contracté des dettes pour environ 600 millions de Fcfa. Ce dernier quitta donc le conseil en brandissant le caractère illégal de ces assises dont les travaux allaient néanmoins se poursuivre avec comme président de séance, Victor Anomah Ngu.

Sur ce point, Lawrence Tasha Loweh crie à la violation de l'article 457 de l'acte uniforme Ohada sur les sociétés. Le préfet du Fako à l'époque, Jean Robert Mengue Meka, est aussitôt saisi. Deux jours plus tard, le 07 août 2000, le Pdg este en justice et traduit ses coactionnaires devant le tribunal de Grande instance de Limbé. Cette juridiction ordonne le statut quo ante. Entre temps, un comité de trois personnes, Christophe Sielenou, Pierre Lewe et Julius Manjo, est mis en place pour conduire la banque. Nouvelle saisine par la justice par M. Tasha Loweh qui estime le comité "contraire à l'article 485 de l'acte uniforme Ohada qui prescrit que le Dg doit être une personne physique". C'est alors que la Cobac intervient, à travers une mission d'enquête conduite par le Centrafricain Salao Aboubakar. Une mission dénoncée par le fondateur de la banque qui n'a eu de cesse de crier qu'on "a contrôlé ma gestion en mon absence".

Qu'importe, Lawrence Tasha Loweh est officiellement démis de ses fonctions de Pdg par la Cobac. Après la gestion du comité, d'autres gérants, à l'instar de l'ancien ministre des Postes et Télécommunications, Sanda Oumarou, vont se succéder à la tête de la banque. Et selon les confidences de l'ancien Pdg, "la Cobac va se rendre compte que 17 milliards de Fcfa ont été volés en sept ans. Et au lieu de poursuivre ceux qui ont détourné [cet argent], on décide d'ouvrir le capital sans consulter les actionnaires". Toujours est-il qu'à la suite d'une autre mission de contrôle de la Cobac, le 25 mai 2007, de manière conjointe, par la Commission bancaire d'Afrique centrale et l'autorité monétaire nationale, le ministère de l'Economie et des Finances (Minefi), nomment Ndzana Ndouga, expert bancaire, comme mandataire de la banque.

Recapitalisation

Comme technicien, M. Ndzana Ndouga se doit de veiller aux différentes étapes de la restructuration de l'institution bancaire. La thérapie prescrite : réunir les actionnaires aux fins d'augmenter le capital. Une date est fixée: Le juin 2007. L'assemblée des actionnaires pourtant convoquée ne se tiendra pas. Lawrence Tasha Loweh saisit une fois de plus la justice. Une nouvelle assemblée générale est convoquée pour le 10 septembre. Elle non plus n'a pas lieu. Le mandataire de la Cobac auprès de Amity Bank Cameroon Plc rend alors public un communiqué de presse paru le 08 octobre 2007 dans le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune, pour dire que selon diverses décisions des autorités judicaires, monétaires et des organes sociaux, Tasha Loweh n'entretient plus aucun lien juridique ou professionnel avec Amity Bank.

Suffisant pour que Lawrence Tasha Loweh, qui se présente toujours comme l'actionnaire majoritaire avec 12% de part, brandisse une décision du tribunal de Première instance de Douala. L'ordonnance prend à contre-pied le mandataire de la Cobac auprès de Amity Bank: "Constatons que s'il est vrai que des décisions tant internes qu'externes à la société Amity Bank font état de ce que Tasha Loveh Lawrence a été démis de ses fonctions de président du conseil d'administration et de directeur général, il reste que rien en revanche n'établit la perte de sa qualité d'actionnaire", mentionne l'extrait du plumitif du 25 septembre 2007 des audiences publiques en référé d'heure à heure du tribunal de première instance de Douala. La même décision ordonne dès lors le report de "l'assemblée générale des actionnaires de Amity Bank Cameroon Plc telle que convoquée le 10 septembre 2007 par le mandataire Cobac".

Au lendemain de ces événements, différentes démarches sont entreprises aussi bien par les actionnaires conduits par M. Sielenou que par le mandataire. Union Bank Of Africa (Uba), est approchée. Mais la piste ne prospère pas d'autant que le groupe nigérian est davantage intéressé par Union Bank of Cameroon (Ubc), une autre banque sous ajustement dont le mandat avait été confié le 25 mai 2007 à Abraham Ndofor. Christophe Sielenou se dit prêt à mobiliser des fonds pour la recapitalisation. La Cobac ne le suit pas. Elle croit savoir que, sur les 27 milliards que représentent les dépôts, 20 milliards constituent un portefeuille douteux. Elle envisage alors de céder 50% du capital. Puis prend finalement l'option de la reprise avec pour sérieuse option le groupe Atlantique.

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