Kinshasa — La Gecamines et la Banque centrale du Congo (BCC) se regardent désormais en chiens de faïence. La première accuse la seconde de refus de paiement de la part lui revenant dans le premier acompte des pas-de-porte chinois. La lettre du 28 mai 2009 fixant le cadre d'ordonnancement des dépenses publiques, à la présidence de jouer à l'arbitre pour les départager.
La grogne à la Gecamines a atteint son paroxysme avec le débrayage, à partir de ce lundi, dans toutes les directions de cette entreprise minière disséminées dans la province du Katanga, y compris le siège de la capitale. Dans toutes ces directions, rapportait Radio Okapi, les agents réclament au moins 45 mois d'arriérés de salaires et estiment que le gouvernement peut bien éponger leurs dus avec les pas-de-porte qu'auraient déjà versés la partie chinoise dans le cadre d'un partenariat
A Kinshasa, depuis le début de la semaine, l'entrée principale du bâtiment de la Gecamines (ex.Sozacom) est pris d'assaut par une meute d'agents de la cette entreprise publique - en cours de transformation en société commerciale. Selon les témoignages recueillis sur place, les revendications portent sur le « refus », affirme-t-on, du gouvernement de verser les « 50 millions Usd » revenant à la Gecamines sur le premier acompte de 175 millions Usd de pas-de-porte chinois versé au Trésor pour le compte du projet minier prévu dans le cadre du partenariat sino-congolais.
Dans le rang de la Gecamines, les accusations vont dans tous les sens. Certains, pointent du doigt le gouverneur de la Banque centrale du Congo, Jean-Claude Masangu Mulongo. Ils l'accusent de bloquer la machine, refusant d'accéder à la demande de la Gecamines d'entrer en possession de ce qui, pour ses travailleurs, est un « droit » inaliénable. La clause, soutiennent-ils, est clairement reprise dans le partenariat signé entre la Chine et la RDC par lequel Kinshasa mettait à la disposition de la partie chinoise des carrés miniers appartenant à la Gecamines, contenant, selon diverses études, plus de 10 millions de tonnes des réserves de cuivre et environ 620.000 tonnes des réserves de cobalt.
Au regard de l'enracinement de ce conflit, des intégrationnistes fusent de partout pour tenter de comprendre le fond du problème soulevé par les agents de la Gecamines. En même temps, renseigne-t-on dans certains milieux officiels, un versement de 25 millions Usd aurait été effectué sur ces pas-de-porte par le gouvernement ? Si l'information se confirme, l'on se demande sur l'utilisation qu'en aurait faite la direction générale de la Gecamines.
Dans tous les cas, le contentieux est bien là. Il s'agit, commente-t-on dans les couloirs du ministère des Mines, de trouver les voies et moyens pour apaiser les tensions ; particulièrement vives dans les zones d'exploitation de la Gecamines au Katanga.
LA SOLUTION A LA PRESIDENCE
A ce stade de la crise, l'on s'interroge sur l'interlocuteur valable auprès de qui la Gecamines devait se tourner pour trouver gain de cause à sa revendication. La lettre d'instruction adressée au Premier ministre le 28 mai 2009 par le directeur de cabinet du chef de l'Etat résout le problème.
Par cette lettre, le président de la République, agissant au travers de son directeur de cabinet, inaugurait une « procédure spéciale » dans l'ordonnancement des dépenses de l'Etat. La lettre présidait en des termes clairs que toute dépense publique devait, avant paiement, requérir l'avis préalable de la Présidence de la République.
Ainsi étaient neutralisés les acteurs traditionnels de la chaîne de la dépense publique, notamment les ministres des Finances et du Budget ainsi que la Banque centrale du Congo. Le dernier mot pour le paiement sur le compte général du Trésor de toute dépense revenant à la seule présidence de la République.
Aussi se demande-t-on si les agents de la Gecamines se trompent de cible dans leurs revendications ? Pourquoi s'acharnent-ils sur le gouverneur de la Banque centrale du Congo ou le ministre des Finances alors que ces derniers n'ont, dans l'esprit de la lettre du 28 mai 2009, aucune influence sur l'ordonnancement des dépenses publiques ? Qu'est-ce qui les empêchent de se tourner directement vers la Présidence pour lever ce qu'ils considèrent comme verrou dans le versement sur le compte de la Gecamines de la quotité des pas-de-porte chinois ?
Autant de questions sur lesquelles, semble-t-il, la délégation syndicale, dont le président était annoncé hier soir à Kinshasa, devait se concentrer en frappant réellement à la bonne porte. Caissier de l'Etat, la Banque centrale du Congo n'a aucune emprise sur les dépenses publiques. En tant que tel, la Banque centrale n'exécute que l'ordre de celui qui a la gestion de l'argent logé dans le compte du Trésor. Depuis le 28 mai 2009, le compte général du Trésor est géré non par le gouvernement, sous-entendu le Premier ministre, mais plutôt par la Présidence de la République.
En ce qui concerne la République, depuis la lettre du 28 mai 2009, ni le Premier ministre ou tout autre membre de la chaîne de la dépense publique n'a le pouvoir d'ordonnancer les dépenses publiques - l'imperium revenant uniquement à la Présidence de la République. S'il y a donc blocage ou refus de payer, comme l'affirment dans leurs revendications les agents de la Gecamines, c'est vers la Présidence de la République qu'il faudrait tourner le regard, seule capable de décanter la situation dans l'esprit et la lettre de l'instruction du 28 mai dernier.

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