Cheick Beldh'or Sigue
18 Juin 2009
Avoir vécu sans interruption pendant deux ans sur le territoire national, avant les échéances. C'est l'une des conditions préalables pour se porter candidat à la présidentielle du 12 juillet prochain au Congo-Brazza. Une condition qui n'est pas sans soulever les interrogations qui suivent : le fait de vivre à l'étranger conduit-il à perdre son identité ? Cela rend-il le Congolais de l'étranger, moins Congolais que celui resté au pays ? Ce long séjour fait-il du premier, un Congolais moins qualifié que le second ?
Quand l'exil devient le moyen le plus rassurant de mener, certes à distance, ses activités politiques, quel autre choix offre-t-on à l'homme politique qui a opté pour le départ ? Et puis, d'où venait Sassou NGuesso en 1997 quand il reprenait par la force, le pouvoir qui lui avait été arraché par les urnes ? Avait-il attendu de résider deux années au Congo-Brazza avant de monter à l'assaut de la présidence pour y déloger le généticien Pascal Lissouba ?
C'est à croire que le président Nguesso a la mémoire courte ! Qu'on n'aille pas dire que le président congolais est totalement étranger à l'adoption de la nouvelle condition d'éligibilité à la présidentielle. Le Congo-Brazza n'est pas le Niger dont la Cour constitutionnelle vient de donner une impeccable leçon d'indépendance et de démocratie à bien de ses consoeurs du continent, qui passent pour être de véritables caisses de résonance des desiderata de bon nombre de chefs d'Etat africains.
Ce faisant, si celle du Congo-Brazza semble rouler pour le candidat du pouvoir, il faut bien croire que la nouvelle mesure n'a pas été prise au hasard. Celle-ci pourrait en effet viser des candidats "sérieux" en mesure de faire de l'ombre à Denis Sassou Nguesso qui veut manifestement s'ouvrir un boulevard pour la présidence, au terme de son mandat en cours. Mais de qui Nguesso a-t-il peur ?
Du Dr Marcel Guitoukoulou, celui-là dont on dit qu'il symbolise cette nouvelle élite politique africaine, formée et décomplexée, qui aspire à voir le continent noir rompre avec les clichés traditionnels ? Le peuple ne saurait élire un candidat longtemps absent du pays ! S'étant déconnecté des réalités sociales, économiques et politiques, un tel candidat n'est pas l'homme indiqué pour répondre aux aspirations de son peuple !
On connaît la chanson. La vérité est que c'est souvent le prétexte trouvé pour invalider des candidatures de taille. Bien sûr, certains avanceront que pour être candidat aux présidentielles aux Etats-Unis, il faut notamment y avoir vécu un certain nombre de temps. Et qu'en la matière donc, le Congo-Brazza ne fait pas figure d'exception.
Soit. Mais si l'Amérique peut s'offrir un tel luxe, compte tenu du niveau prodigieux de son développement, l'exemple peut-il être transposé en Afrique, et particulièrement au Congo-Brazza quand on sait que ce pays revient de très loin ?
Dans ce cas, il n'a donc pas mieux à faire que de rattraper son grand retard en faisant appel à tous ses enfants valeureux. S'il se trouve des compétences pour prétendre à exercer les fonctions suprêmes, pourquoi ne pas offrir au peuple congolais le choix de décider qui est à même de faire le mieux son affaire ?
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