Le Pays (Ouagadougou)

Burkina Faso/Malawi: A Blantyre, sur les traces des Etalons

Mahorou Kanazoe

18 Juin 2009


La fièvre du match Etalons-Flames joué le 6 juin dernier à Blantyre est déjà retombée. La victoire acquise, les regards sont tournés vers d'autres horizons. Ainsi va la haute compétition. Mais pour les supporters de la CNSE (Coordination nationale de soutien aux Etalons) qui ont fait le déplacement du Malawi, les souvenirs restent vivaces. Car plus qu'un voyage sportif, ce fut pour eux une véritable aventure humaine.

Une bâtisse d'un étage qui ne paye pas de mine, en guise d'aérogare. C'est le sosie de l'aéroport de Ouagadougou, avec les normes de sécurité nettement en moins. Les voyageurs au départ peuvent par exemple, en attendant le vol, s'enquérir de l'état de leurs bagages, en se rendant directement sur la piste. Cette façon bien curieuse de s'assurer que ces bagages ont été bien embarqués, rappelle les gares routières de Ouaga avec leur désordre et leur cohue habituels.

Pour passer le cordon des services de l'immigration, les étrangers non détenteurs de passeport diplomatique doivent se faire délivrer un visa. Une formalité qui coûte 70 dollars et qui prend moins de temps que l'attente des bagages. Une attente qui peut durer plus que le temps du vol lui-même. Les supporters ont dû subir cette épreuve, avec au bout une déception : une partie de leurs bagages n'arrivera pas à bon port.

Ils sont restés à Johannesburg, en Afrique du Sud. Mais ils en ont vu d'autres, notamment Mahamadi Lamine Kouanda et Aboubacar Zida dit Sidnaba, au cours de leurs pérégrinations à travers l'Afrique et même au-delà , pour soutenir les Etalons. Cet incident n'est pas de nature à les décourager. Direction donc Blantyre, à bord du véhicule du directeur technique de la Fédération malawienne de football. Les Etalons eux, avaient déjà rejoint leur lieu d'hébergement, le Ryalls hotel, en plein cà "ur de la capitale économique du Malawi.

Un bonheur indescriptible

La première rencontre entre les supporters et l'équipe nationale s'est faite à l'aéroport de Johannesburg où ils ont embarqué ensemble, à bord d'un Boeing 737 d'Air Malawi, pour Blantyre. Un moment de chaleureuses retrouvailles, surtout entre l'entraîneur Paulo Duarte et le président de la CNSE, Mahamadi L. Kouanda. Pendant le vol, Duarte va et vient entre ses joueurs disséminés dans l'avion, chemises roses et pantalons noirs, occupés à des parties de jeux de cartes, à des causeries ou carrément assoupis dans les bras de Morphée.

Après un long périple de 14 heures, depuis leur point de départ de Paris, les Etalons et leur coach affichent la sérénité, la confiance et la solidarité qui ne seront pas démenties tout au long de l'expédition malawienne. C'est dans le même vol que la délégation de la CNSE va faire une rencontre qui donnera une autre dimension à leur séjour.

L'homme providentiel, c'est le bien nommé Emmanuel Black, un jeune Malawien employé à la Homeland suppliers limited, une société spécialisée dans la fourniture de produits électroniques et informatiques.

Ce qui pousse un passionné de football à se saigner pour acquérir un billet d'avion, à entreprendre un si long voyage, à prendre des risques insensés, à subir toutes sortes de privations loin des siens, pour voir un match de 90 minutes de l'équipe nationale ? Sans doute le sentiment de fraternité, de solidarité et d'appartenance à une même nation, et la détermination à hisser haut le drapeau du pays.

Mais certainement le bonheur et la fierté ressentis, lorsqu'au coup de sifflet final, l'équipe s'en sort victorieuse. La libération est totale, comme cette image incroyable chez l'entraîneur des Etalons. Lorsque l'arbitre décréta la fin du match, Duarte ne put contenir l'explosion de joie qui s'empara de lui ; il n'a pas hésité à bondir et à s'accrocher au président de la CNSE dans une étreinte interminable...

Le match fini et les Etalons repartis, une autre vie commence pour les supporters de la CNSE. Dans une ville où personne ne parle français, pas même les réceptionnistes des hôtels, la première des choses est de s'adapter en se remémorant les mots d'anglais appris au secondaire ou lors de missions précédentes dans des pays anglophones.

Le moindre acte devient compliqué, du fait de la barrière linguistique. Mais, dès que le nom du Burkina est lâché, les Malawiens savent à qui ils ont affaire : des supporters de l'équipe qui a battu les Flames sur leurs propres installations. Une prouesse que bien des équipes visiteuses n'ont pu réaliser, ce qui donnait de l'espoir aux Malawiens avant le match contre les Etalons.

Sans rancune aucune, à l'instar du fair-play qu'ils ont observé au Kamuzu stadium, les Malawiens n'ont pas manqué de reconnaître la suprématie des Burkinabé. Mais ils retiennent surtout le dossard 11 (celui porté par Jonathan Pitroipa). Ils ne tarissent pas d'éloges à son endroit, cherchant à savoir dans quel club il évolue.

Chez Maky, un îlot de francophonie

Emmanuel Black, le jeune supplier (fournisseur), n'a pas perdu le sourire malgré la défaite. Mieux, il servira de guide aux supporters, pour faire le tour de la ville et fêter la victoire. Lui avait compris le sens du sport : servir de passerelle entre les peuples. Il s'employa donc tout au long des trois jours que les supporters passèrent à attendre leur vol, à viser cet idéal. Il suffit de lui faire appel et, toutes affaires cessantes, il accourt avec son véhicule Toyota Cressida d'une blancheur immaculée.

Comme cet après-midi où, sans mot dire, il conduisit la délégation dans un restaurant inattendu, Café chez Maky. Un restaurant sénégalais ? Non, le maître des lieux est un Camerounais aux dreadlocks de rastaman très porté sur le football. Ayant appris la présence de supporters burkinabé, Georges Maky, comme il s'appelle, prend le temps de laisser ses clients déguster ses succulents plats, avant de s'approcher discrètement et d'engager la conversation.

Enfin, quelqu'un avec qui parler le français ! Un vrai soulagement. On peut enfin exprimer ses sentiments, ses émotions, partager ses impressions sur ce pays si hospitalier mais où personne ne pipe un mot de français, comprendre comment il fonctionne. Le coquet restaurant de Maky, situé sur les hauteurs de Blantyre, n'est pas seulement un havre de paix. Pour les supporteurs burkinabé, c'est l'oxygène linguistique qui leur manquait depuis leur arrivée au Malawi.

Dans ce restaurant se retrouvent, pour manger et discuter, les rares locuteurs de la langue de Molière, de passage à Blantyre. Justement, des étudiants attablés révèlent qu'un Burkinabé est en formation avec eux. Marc Tahita est un jeune chercheur spécialiste des questions de paludisme à l'IRSS/Bobo-Dioulaso. Il est le seul Burkinabé à avoir décroché cette bourse préparatoire au doctorat.

Pendant sept semaines, il est à Blantyre pour suivre des cours si intensifs qu'il n'a pu venir au stade pour suivre le match des Etalons. C'est ce qu'il a indiqué avec regret, lorsqu'il a tout fait pour retrouver les supporteurs à leur hôtel. Moments de communion fraternelle. C'est le premier Burkinabé rencontré dans la ville. La seule qui y vivait, selon le restaurateur Maky, est rentrée avec son époux, un Européen, depuis plusieurs mois.

Le Malawi apparaît comme le parent pauvre de l'Afrique australe. Les gens ne sont pas très riches. Mais il y a beaucoup de dignité en eux. Les mendiants sont très rares dans la ville et les filles sont en tenue correcte. Les Burkinabé préfèrent sans doute rester en Afrique du Sud, à deux heures d'avion de là. Malgré l'insécurité, le pays de Mandela est un eldorado, à côté du Malawi.

Les pays sans grandes ressources développent cependant une richesse inestimable : les relations humaines. L'hospitalité des Malawiens n'est pas un vain mot. Les supporters l'ont vécue, incarnée par le jeune Emmanuel Black.

En Afrique, l'amitié se célébrant en famille, autour d'un bon plat mijoté par la maîtresse de maison, Emmanuel n'a pas dérogé à la règle et a convié ses nouveaux amis chez lui, pour un repas de « bienvenue ». Le plat tradionnel local, à base de farine de maïs, le msima, trônait en bonne place. Le Malawi, jadis considéré comme un pays du bout du monde, est ainsi devenu presque familier aux membres de la CNSE. N'est-ce pas là, en définitive, le sens ultime du sport ?

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