Sami Akrimi
22 Juin 2009
Le temps n'a jamais autant manqué pour la sélection comme lors du dernier quart d'heure contre le Nigeria. Elle s'est contentée de prendre sur son compte tous les aléas qui pouvaient découler d'un mode de fonctionnement incompatible avec ce qui devait s'accomplir, et donnait l'impression d'être trop discrète, trop effacée, trop dépendante et pas assez à l'ordre.
On ne va certainement pas verser dans un élan de jugement, mais le palier auquel l'équipe de Tunisie a pu accéder, de par sa nouvelle ascension, mais aussi à travers les résultats qu'elle a pu aligner ces derniers temps, ne lui permet point de succomber à certaines défaillances. Quelles que soient les périodes, on a toujours vu de bons, comme de mauvais matches. Sauf qu'à une certaine époque, qui n'est pas du reste lointaine, on ressentait plus d'engagement, davantage de respect pour le jeu et la créativité. Mais en football, il n'y a pas de vérité absolue
De tout temps, la confiance est fondamentale pour toute équipe qui tient à s'imposer au-delà de ce qui lui est permis et indépendamment des contextes et des contraintes. Mais quand cela arrive à manquer, elle risque bien de perdre une partie de son âme et beaucoup de sa spontanéité.
Il faut dire que devant autant d'obligations, notamment lors du dernier quart d'heure de match face au Nigeria, l'équipe donne ainsi l'impression de ne pas pouvoir favoriser l'esprit, le comportement et le rendement auxquels elle aspire réellement. Des obligations qui ne semblent pas pour autant reproduire les priorités d'un ensemble qui, dans sa version actuelle, se cherche une vocation et un rôle plus qu'il ne se construit.
Il y a des scénarios devant lesquels il serait difficile de se libérer et de s'exprimer pleinement. Mais cela ne devrait en aucun cas constituer un obstacle pour se surpasser et pour forcer le cours des évènements. L'équipe pouvait certainement vaciller, mais elle se devait malgré tout de rester debout et satisfaire ses exigences pour ne pas chuter.
Le temps ne lui a jamais manqué comme ce fut le cas à la fin de son dernier match. L'exigence du résultat a fini par lui imposer forcément un mode de fonctionnement incompatible avec ce qui devait s'accomplir. Elle s'est contentée de prendre sur son compte tous les aléas qui peuvent en découler. Dans cette prestation de fin de match, elle donnait justement l'impression d'être trop « discrète », trop effacée, trop dépendante et pas assez à l'ordre. Avoir les moyens et les atouts est une chose, les utiliser avec discernement en est une autre.
Silence en attaque
L'équipe de Tunisie était tellement présente depuis quelque temps, tellement «envahissante» que paradoxalement elle a fini par oublier l'essentiel et tout ce dont elle est capable quand elle en avait vraiment besoin.
Pour autant, l'on sait que le football est une succession de matches, de travail, voire de contraintes et d'obligations. Ce qu'on a achevé aujourd'hui, on va le remettre en question demain. Et ça devrait être forcément une autre histoire.
Tout cela était difficile à mettre en place pour une équipe qui n'avait pas suffisamment d'arguments offensifs, et encore moins de véritables formules d'attaque, comme cette incapacité à produire même une partie du volume de jeu auquel l'on est justement habitué, ou le fait de ne pas pouvoir rassembler les deux bouts dans un match dans lequel elle se perdait entre certitude sportive et contingence absolue de résultats
Il nous vient ainsi à l'esprit, de par ce qu'elle ne cesse de laisser entrevoir jusqu'ici, qu'elle est plus que jamais appelée à inventer beaucoup plus pour pouvoir s'imposer. On aurait aimé qu'elle puisse installer face à ses adversaires, que ce soit le Nigeria ou autre, une autorité fondée sur l'affirmation d'un tempérament et sur un capital confiance. Ce n'est pas d'ailleurs au niveau de la stratégie seulement qu'elle se devait d'affirmer sa suprématie. C'est aussi et surtout dans le domaine de l'improvisation, c'est-à-dire dans le développement d'un football originel, qu'elle pouvait essentiellement mettre sa main sur le match. Elle aurait dû par conséquent créer, créer encore et exploiter tout ce qui peut lui donner une plus grande dimension de jeu. Pas seulement par intermittence, ou encore selon l'esprit du moment.
Elle ne pouvait de surcroît se contenter d'intégrer dans ce genre de matches les contraintes des épreuves auxquelles elle fait face. Mais aussi et surtout de les devancer et de s'en protéger même. Avoir des idées bien élaborées ne suffit plus dans les temps qui courent. Il faudrait certainement un petit quelque chose de plus. L'équipe de Tunisie aurait dû assurément penser à se procurer d'autres arguments qui ne peuvent pas être forcément une finalité, mais un stimulant pour imposer son jeu et surtout la manière qui devrait lui permettre de s'exprimer mieux et plus. Surtout qu'elle se devait de peser de son poids, de sa tradition, de son équilibre, de son expérience. Toute autre considération ne pourrait, ne devrait que s'incliner devant l'approche destinée à faire progresser l'équipe et à donner une signification à son jeu et à sa façon d'agir, loin de tout acharnement sur la prestation de certains joueurs, ou encore sur ce qui conduit à polémiquer sur la nature du rôle des uns et des autres sur le terrain.
Il faut dire qu'indépendamment du résultat, nous gardons de bonnes impressions de ce qui a été accompli dans certaines phases de jeu et dans lesquelles un bon nombre de joueurs a retenu l'attention. La prestation n'était pas aussi compromettante que pourrait le faire penser le résultat, mais la fin du match a tout faussé devant nos yeux Toutefois, on ne va pas tout jeter. Quelque part, le match face au Nigeria devrait servir à quelque chose. Il y a là une bonne matière de réflexion. Il est grand temps d'y penser et surtout d'y croire...
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