Le Pays (Ouagadougou)

Afrique Australe: Chissano, le médiateur de la dernière chance

22 Juin 2009


Joachim Chissano a été désigné par la SADC comme médiateur dans la résolution de la crise malgache.

Quelles sont les chances de succès de l'ancien président mozambicain étant donné le raidissement des positions des différentes parties ? Sera-t-il accepté de toutes les parties ? Ces dernières ont-elles vraiment le choix, étant donné l'influence de l'organisation dans la région au plan politique ? Comment faire pour que cette autre médiation, celle de la dernière chance, atteigne ses objectifs ? Chissano est un dirigeant pétri d'expérience. Récemment, il était membre du groupe de négociateurs qui s'étaient vu refuser l'accès au Zimbabwe par le Président Mugabe. Ce groupe était dirigé par Koffi Anan, ancien Secrétaire général des Nations unies. Des leçons ont certainement été tirées de cette expérience qui seront mises à profit par le nouveau médiateur qui dispose en outre de nombreux atouts.

Sa désignation par les leaders de la région constitue par exemple un appui politique de taille. On le sait, la SADC est hostile à l'option militaire envisagée il y a dix jours par les membres du Comesa, le marché commun de l'Afrique australe et orientale. L'Afrique du Sud qui assure la présidence tournante de la SADC est favorable à une solution politique. Elle a opté d'encourager les protagonistes à s'entendre sur les modalités d'une élection. Tout un boulevard de possibilités s'offre ainsi au médiateur Chissano qui trouvera aussi sur place des acquis à exploiter. Ceux-ci ont été capitalisés par les précédents négociateurs parmi lesquels notre compatriote Ablassé Ouédraogo. On peut déplorer la petite confusion vécue à un moment donné du fait du grand nombre des intervenants. Mais peut-on en vouloir à des tiers d'avoir pour souci de chercher à réconcilier des frères ? La complexité de la crise malgache est sans conteste à l'origine de cette diversité des intervenants.

Cela témoigne aussi de l'intérêt et de l'importance que la communauté internationale accorde à cette crise. Chacun est animé de bonnes intentions. Aux acteurs politiques malgaches de faire à leur tour preuve d'un peu plus de bonne volonté. Les réalités du terrain montrent que tous ces concours n'auront pas été inutiles. Sans doute fallait-il cheminer jusqu'à cette étape-ci pour se rendre compte de la nécessité de procéder à un tel réajustement ? En tout cas, l'ancien chef de l'Etat mozambicain part sur de bonnes bases. En plus de l'appui des organisations régionales, il va mobiliser ses relations et user de son charisme pour ramener les frères ennemis à la raison. Il lui reste à se tracer un bon plan d'intervention. La crise malgache, celles du Niger et de la Mauritanie, ne doivent nullement surprendre. Ces situations à la limite du blocage, doivent donner à réfléchir davantage à la communauté internationale qui s'implique de plus en plus dans la médiation sur le continent. Les Africains, avec tous les démocrates sincères, sont décidés à tourner la page des coups d'Etat, à rejeter tout compromis avec les putschistes. Il faudrait pour plus de succès, faire le tri dans la classe politique elle-même, a œuvrer à l'émergence d'un nouveau leadership, notamment en favorisant les candidatures indépendantes et assurer une meilleure protection des journalistes.

A l'analyse, force est de constater que l'actuelle classe politique africaine a beaucoup perdu de sa crédibilité. Parce que peu de nos dirigeants se préoccupent du sort de leurs concitoyens. En effet, si tel n'était pas le cas, les médiations traîneraient moins et l'on s'efforcerait plus de mettre rapidement en application les accords. Cela, quitte à réévaluer les conséquences sur le terrain et à réajuster le tir ensuite. Le drame, c'est que les protagonistes se rencontrent parfois pour la première fois. Il faut alors du temps pour bien se connaître. Lorsqu'ils ne se connaissent pas ou n'ont pas pris le temps de se connaître, ils se font peu confiance.

Parfois, les divergences tiennent à des questions de principe ou de susceptibilité. Elles peuvent alors remonter à la nuit des temps. Les motivations sont souvent en rapport avec des intérêts égoïstes, bassement matériels et financiers. Pris pour prétexte, l'avenir du pays importe pourtant très peu. Les négociations interminables le confirment. En fait, de façon particulière, la scène politique africaine met en présence deux grandes catégories d'acteurs politiques. D'abord ceux issus du monde civil parmi lesquels des individus pas toujours recommandables, mais que la force des événements a propulsés à l'avant-scène. Ils se montrent parfois aussi insatiables qu'intraitables. Ensuite, ceux provenant généralement de l'armée, des corps paramilitaires ou tout simplement des maquis. Certains de ces hommes en uniforme, venus au nom du peuple en détresse, se révèlent par la suite ambitieux et prompts à utiliser l'arme de la répression.

Au finish, ces deux camps se rejoignent bien : les réflexes sont toujours de réduire au silence les critiques, et tous ceux qui refusent de rentrer dans les rangs. La démocratie ici, a un contenu qui n'a rien de républicain. Elle s'identifie à l'assujettissement. Le reste n'est que démagogie. A plusieurs reprises, dans ces colonnes, notre journal a attiré l'attention sur ces manquements graves des acteurs politiques, singulièrement sur les dérives autocratiques des dirigeants africains. Nous avons insisté sur l'émergence et la maturité d'une Afrique de plus en plus consciente de ses droits, et mobilisée grâce à la vigilance et la combativité de la société civile. Une Afrique qui entend désormais défendre ses intérêts face à ceux qui ont longtemps ruiné les efforts pour plus de démocratie et de progrès.

Aujourd'hui en effet, autant les Africains sont fatigués des putschistes, autant ils abhorrent de voir à la tête des Etats des individus sans foi ni loi. Ces derniers savent appeler au secours le cas échéant, mais n'hésitent pas à user des arguments dits de souveraineté pour empêcher la communauté internationale de voler au secours des peuples asservis. Les partenaires techniques et financiers sont interpellés, eux qui financent les expériences démocratiques. Ils doivent se préoccuper davantage des questions de gouvernance en Afrique. On ne peut laisser impunément un chef d'Etat aller à la dérive et soumettre tout un peuple à son diktat. Et la presse qui sert généralement de baromètre de la démocratie, ne doit pas être abandonnée à un triste sort. Tel est malheureusement le cas dans un grand nombre de pays africains, notamment en Gambie, de triste mémoire.

Trop de journalistes sont chaque jour réprimés et ouvertement, pour avoir mis le doigt sur les errances de dirigeants africains. Il ne faut donc pas s'étonner que les crises se multiplient et que les médiateurs rencontrent tant de difficultés. En tout état de cause, la médiation Chissano a des chances mais des mesures préventives s'imposent pour garantir le succès.

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