Sud Quotidien (Dakar)

Afrique de l'Ouest: La corruption en Afrique de l'Ouest - « Même la Banque mondiale et le Fmi dénoncent »

Madior Fall

23 Juin 2009


Notre confrère Abdou Latif Coulibaly a introduit hier, lundi 22 juin le thème de la corruption en Afrique de l'Ouest : les racines et les dimensions. Sa communication dont Sud vous donne ici une synthèse est à la suite de celle du Dr. Adebayo Olukoshi, ancien directeur exécutif du Codesria aujourd'hui à l'Ideep. Selon Latif Coulibaly, « même la Banque mondiale et le Fmi » dénoncent aujourd'hui le phénomène qui prend de plus en plus des proportions inquiétantes.

La corruption est un phénomène qui, au cours de ces dernières années, a pris des proportions inquiétantes. Si inquiétantes, que des organisations gouvernementales et non gouvernementales se sont donné pour but de combattre ce phénomène sur le plan international, en développant pour chaque pays des stratégies spécifiques, adaptées aux formes et aux dimensions historiques que prend le phénomène au niveau local. Même la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont accepté de mêler leurs voix à la dénonciation.

Le problème varie en effet beaucoup d'un pays à l'autre et au sein même d'un pays. Il change de visage selon l'organisme, l'institution, le niveau hiérarchique, la région. Chaque situation est spécifique.

Ainsi, les scandales politico-financiers qui ont défrayé la chronique médiatique ces dernières années dans certains pays de l'hémisphère nord montrent que ces derniers ne sont pas mieux lotis qui les pays en voie de développement.

Ces derniers souffrent de la petite corruption administrative pratiquée au quotidien et à grande échelle. Il faut néanmoins souligner que la corruption dans les différentes régions du monde ne se réduit pas à ce qui est couramment rapporté.

Si le phénomène est universel, les conséquences ne sont pas du même ordre ici et là. En particulier, lorsque les ressources sont limitées, la corruption constitue un fléau aux conséquences graves pour le développement économique, le respect des droits fondamentaux, la qualité de vie, la suprématie du droit, la crédibilité des institutions, ainsi que les aspirations à la démocratie.

Les principales victimes en sont les populations les plus vulnérables, particulièrement celles dépourvues de moyens de se défendre. Avant de poursuivre la réflexion dans le développement du thème, il nous parait utile de donner quelques définitions.

Récemment encore, le mot corruption était complètement proscrit dans les milieux professionnel et politique. Il apparaissait rarement dans les journaux, les économistes n'en parlaient guère, même si les politologues commençaient à lui vouer un intérêt théorique. La tentative de définition de la notion de corruption doit mettre en évidence le fait que : • La corruption se manifeste dans le secteur public autant que dans le secteur privé ;

• Elle désigne un ensemble très large de pratique et concerne toutes formes de fraudes ; • La définition de la corruption doit inclure les notions de corruption passive et de corruption active, c'est-à -dire qu'elle désigne autant le fait de donner que de recevoir des pots-de-vin ou autres avantages ; • La prise de décision est influencée par des considérations personnelles ou familiales.

Transparency International propose une définition plus concise de la corruption : « La corruption est l'abus de pourvoir reçu en délégation à des fins privées. » Cette définition nous permet de décomposer les différents éléments de la corruption : (1) L'abus de pouvoir ; (2) A des fins privées (donc ne profitant pas nécessairement à la personne abusant du pourvoir, mais incluant aussi bien les membres de sa proche famille ou ses amis ; et (3) Un pourvoir que l'on a reçu en délégation (qui peut donc émaner du secteur privé comme du secteur public).

Dans la pratique, les acteurs concernés ont une perception subjective de la notion de corruption. La comprendre permet de définir une stratégie visant à promouvoir des changements de comportement. Les fonctionnaires en particulier, reconnaissent-ils la nécessité de privilégier la recherche du bien-être public ?

Quelle est leur perception de la corruption ?

Dans le fond, il n'ya pas de perception commune entre tous les acteurs. Et l'absence d'une norme commune ajoute aux difficultés du combat contre la corruption.

Il est donc évident que toute initiative de lutte contre la corruption doit tenir compte des perceptions individuelles des personnes dont on cherche à modifier le comportement. L'étape initiale consiste à susciter la prise de conscience d'une norme de conduite acceptable, ainsi qu'une compréhension approfondie des conséquences de la corruption.

La corruption - sous toutes ses formes - existe dans tous les pays. En Afrique, où de nombreux fonctionnaires ont « commercialisé » leur pourvoir administratif, la corruption n'est guère différente de celle qui sévit en Europe, où des partis politiques ont reçu des pots-de-vin considérables dans des marchés public.

Elle n'est pas pour autant une exclusivité du service public, on la retrouve aussi sous différentes formes dans le secteur privé et la société civile.

Seulement, en Afrique et en particulier dans notre sous-région (Afrique de l'ouest) on distingue comme domaines où se manifeste et prospère la corruption au sein du secteur public :

Les ministères et services publics ;

Les fonctions gouvernementales, les cabinets des ministres, les fonctions électives (maires, conseillers régionaux, etc.), les postes à responsabilité de l'administration décentralisée (gouverneurs de régions, provinces, département, etc.)

Toutefois, il faut noter qu'avec le processus démocratique sont apparues de nouvelles instances de la parole publique : des groupes de pression des ONG ou des organisations de la société civile, qui interviennent dans le jeu d'influence et de pouvoir.

Ces organisations de la société civile, tout come l'Etat et le secteur privé, vont aussi parfois développer des pratiques corruptrices, en ayant recours aux techniques de manipulation.

La corruption se manifeste sous plusieurs formes et manières

Dans les services publics (comprenant les fonctionnaires nommés et les élus), on peut trouver les pratiques suivantes : • La corruption politique, par exemple par les dons au financement des campagnes électorales, etc. ; • Les ristournes illégales dans les contrats gouvernementaux (et dans des sous-contrats de consultants) ; • Les fraudes de toutes sortes ; • La « vente du pouvoir discrétionnaire des ministres ;

Un certain pourcentage empoché par des agents publics sur les contrats gouvernementaux, souvent transféré directement sur des comptes bancaire à l'étranger ; • L'hospitalité excessive, et autres avantages divers, que reçoivent les agents publics de la part des bénéficiaires des contrats gouvernementaux (par exemple, des bourses d'université à l'étranger pour leurs enfants) ;

Les contrats gouvernementaux qui bénéficient aux agents publics eux-mêmes, en tant que consultants ou à travers des société-écrans ou des partenaires inexistants ; • Les voyages inutiles à l'étranger pour lesquels les agents publics fixent eux-mêmes leurs indemnités, souvent exagérées ; • La perspective du pouvoir, utilisée par les partis politiques pour lever des recettes, sur les entreprises internationales en particulier (prenant la forme d'une donation à une oeuvre de charité, à un hôpital ou à un orphelinat) ;

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