Par Morin YAMONGBE
23 Juin 2009
Que vaut encore une vie humaine en Somalie où des factions islamistes, véritables branches armées de Al Qaïda délocalisé, sèment la terreur et la mort, avec pour objectif final de s'emparer du pouvoir ? En tout cas, la vie humaine en Somalie ne vaut plus 1 shilling somalien troué. En atteste l'attentat contre Omar Hashi Aden, ministre de la Sécurité, mortellement fauché à la voiture piégée, du fait des shebab, ces islamistes radicaux. Le ministre somalien est loin d'être la seule personnalité accrochée au tableau de chasse des islamistes radicaux également spécialisés dans les attentats ciblés.
Toutefois, Omar Hashi Aden a le privilège post mortem d'être le plus haut responsable somalien tué dans les violences en Somalie depuis l'avènement par les urnes en fin janvier, du président Cheikh Charif Ahmed, un islamiste modéré. Dire que l'espoir était grand de voir s'estomper l'ardeur meurtrière des islamistes quand l'un des leurs a pris les rênes du pays et a même instauré la charia dans une partie du territoire ! C'était crier victoire trop tôt, car entre les islamistes radicaux et ceux modérés, il y a un fossé que les shebab et des miliciens de la même trempe ne sont visiblement pas prêts à combler. Et depuis le mois de mai, la Somalie continue d'égrener le long chapelet de ses morts, près de 300, qu'ils soient tombés sur les champs de bataille ou qu'ils soient des victimes ciblées, comme en Irak, en Palestine, en Iran ou en Afghanistan. Le décompte macabre s'alourdit de jour en jour du fait que l'Union africaine et l'ONU ont presque toutes capitulé, impuissantes dans une Somalie où la violence se conjugue au quotidien.
Même les Etats-Unis, le tout- puissant gendarme, ont mordu la poussière dans cet Etat de non-droit et n'osent plus s'y hasarder. Et comme à Pershawar à Téhéran ou à Kaboul, Mogadiscio et d'autres villes somaliennes vivent désormais au rythme des attaques de kamikazes qui, au sacrifice de leur propre vie, endeuillent à la pelle des familles innocentes. Malgré toute la détermination dont il a fait montre dans la lutte engagée contre le terrorisme, le pouvoir en place n'arrive pas à déjouer les pièges mortels des islamistes radicaux. Cheikh Charif Ahmed, animé de sa plus belle foi, peut-il réellement barrer la route à des "s'en fout la mort" comme on pourrait les qualifier trivialement ? Pire, face à son courage se dresse la témérité des shebab et de la milice Hezb al-Islamiya qui ont juré de renverser l'actuel homme fort de Mogadiscio.
D'ailleurs, le gouvernement, sans grands moyens de lutte et presque sans soutien de taille, ne contrôlerait plus que quelques quartiers de la capitale. Le reste est aux mains des "Jihadistes étrangers et des insurgés islamistes", pour emprunter les mots du Premier ministre somalien. Aux dires d'observateurs avisés, les Somaliens sont incapables de perpétrer ces actes de lâcheté, marque déposée de "terroristes liés à Al Qaïda". Pour avoir le champ libre, les shebab et leurs semblables ont, du reste, interdit aux pays voisins et à toute puissance étrangère de venir en aide au gouvernement somalien en sursis. Qui sauvera la Somalie de ce chaos qui prend inexorablement racine ? Tout est en lambeaux dans ce pays où l'Etat est quasi-inexistant. C'est probablement le seul pays en Afrique où, en dehors des islamistes radicaux, le pouvoir est fui comme la peste. Ce ne sont pas les pirates qui s'en plaignent, eux dont les razzias, en haute mer et même sur les côtes, se multiplient. Seul le dialogue autour d'une table de négociations, et ce par tous les moyens, pourrait mettre fin à cette afghanisation qui se profile dangereusement à l'horizon.
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