Agence Nouakchott d'Information (Nouakchott)

Mauritanie: Accord de Dakar - Une grosse mangue qui se transforme en artichaut

23 Juin 2009


«A la jeune fille, si vous donnez un empan, elle vous réclame tout de suite un avant-bras.»

Décidément, l'Accord de Dakar probablement rédigé avec une encre gelée par les puissants climatiseurs de l'hôtel Méridien Président, n'aura pas tenu longtemps sous la canicule de Nouakchott où pourtant les coupures d'électricité se font de plus en plus rares.

Mais est-ce le climat des salles de conférences ou plutôt celui de l'ambiance où il est né qui a réellement fragilisé ce parchemin d'une page et qui n'a voyagé que 35 minutes dans un avion pressurisé. Sa véritable couleur nous a été donnée dès ses premières minutes à Nouakchott par une guéguerre de subtilités de langage et des clauses d'accord "non écrites" ou "non dites" qu'il a suscitée.

En fait, sa plus importante clause est de style ; elle remplace la langue de bois par celle "des non dits".

C'est ainsi qu'en réclamant la dissolution du HCE pour entériner définitivement l'accord de Dakar, l'opposition mauritanienne oublie que la majorité, dirigée par le général Mohamed Ould Abdel Aziz, a déjà mis en Å"uvre quelques clauses non écrites de l'accord et dont la remise en cause, si elle devait être envisagée, gênerait à plus d'un titre beaucoup de monde.

Traditionnellement, en matière de négociations, les surenchères se jouent avant la signature de l'accord pas après celle-ci et encore moins après la mise en Å"uvre d'une partie de son contenu par l'un des protagonistes. A Dakar, ce fut l'inverse : la mauvaise foi avait déjà commencé à se faire sentir à Nouakchott au moment du choix du Premier ministre qui revenait de droit et, par la partie écrite de l'accord, à la majorité, l'opposition avait alors poussé l'ironie jusqu'à proposer au général de remplacer l'un de ses hommes qu'il avait lui-même désigné par un autre des siens. C'était là un premier acte notoire de manque de courtoisie et surtout le début d'une campagne de zizanie naïve et inopportune.

Mais là où le bat blesse, c'est lorsque l'opposition, encore cette chère opposition, adossée à une communauté internationale visiblement embrassée, évoque en dernière minute la non constitutionnalité du HCE, oubliant tantôt qu'il s'agissait tout simplement pour elle, un jour auparavant, d'un prétendu "non dit" de l'Accord. Est-ce là un regain de pudeur suscité par l'étonnement des facilitateurs internationaux qui, eux, ayant encore la mémoire fraîche, ne semblent pas se rappeler de cette partie de l'Accord. Oublie-t-on, peut-être, que cette communauté internationale a déjà affirmé haut et fort par le biais de certains de ses membres et non des moindres que le HCE est la seule institution capable de garantir la sécurité du pays et même celle de la sous région, affaiblie par une année et demi d'absence de pouvoir qui a précédé le 6 août 2008. Refuser brusquement de reconnaître le HCE, après avoir discuté deux semaines durant avec les représentants d'une majorité qui en est issue et qui le soutient, relève, au-delà de la démagogie, d'un manque de respect pour l'assemblée qui vous écoute. L'opposition semble ainsi oublier les raisons et motivations du mouvement rectificatif du 6 août et surtout la détermination de ses auteurs. Fort heureusement, les acteurs de ces événements sont encore tous vivants et peuvent à tout moment rafraîchir la mémoire à ceux qui les auraient oubliés.

La démission du général Ould Abdel Aziz et l'acceptation par sa majorité de l'ensemble des points de l'accord initial de Dakar rendent aléatoires, pour ne pas dire ridicules, le revirement brusque de l'opposition. L'exigence de dissolution du HCE, brandie par elle à la dernière minute, braque la majorité et désole la communauté internationale. Cette attitude dénote beaucoup plus d'une volonté de blocage que celle d'un souci de trouver une solution à un conflit qui traîne, s'internationalise, s'enlise et risque, petit à petit, d'aller vers un pourrissement inévitable.

Une mission "de très haut niveau" à Noukachott

Alors, pardi ! Que ceux qui, derrière, poussent le pays vers le précipice, ces nostalgiques d'un "petit arrière goût du pouvoir", sagement décrit par feu Mokhtar Ould Daddah comme inoubliable et entraînant toujours une forte dépendance, se mettent au sevrage, oublient un instant ce «petit arrière goût» désormais lointain et méditent un autre adage qui nous vient, celui-là, de l'Amérique latine : «Le pouvoir est comme une vipère que l'on tient dans ses mains. Si vous la lâchez, elle vous mord.» Ayant eu la chance d'échapper à cette morsure certaine, ces hommes-là devraient laisser à ceux qui n'ont pas encore les mains moites, le soin de tenir la bête encore un petit moment pour nous éviter son venin.

Enfin, il serait utile de rappeler à tout ce beau monde, que le peuple déjà trop patient, éprouve désormais de la lassitude, que l'administration, elle, commence à s'engourdir et que l'hivernage approche. Alors, par Dieu ! Libérons nos généreux hôtes et finissons vite nous-mêmes de construire le toit de notre demeure, sa charpente est déjà là, mais elle ne résistera pas longtemps à l'abandon qui la guette et à l'érosion du temps qui la menace toujours.

Ahmed Baba Ould Deida

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