Madior FALL
24 Juin 2009
La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) paie trois mois d'arriérés de salaire aux militaires Bissau guinéens. Le Premier ministre du Niger, Seïni Oumarou a assuré pour sa part que « toutes les parties continueraient d'oeuvrer dans le respect de la légalité constitutionnelle et qu'aucune action en violation de la Constitution ne sera prise » dans son pays, apprend-on de sources proches du sommet. Tels sont parmi d'autres résultats, les faits marquant du 36e sommet de la Cedeao qui s'est tenu lundi 22 juin 2009 à Abuja et qui a eu à son ordre du jour le cas des deux Guinées (Conakry et Bissau) et celui du Niger. En marge, un sommet regroupant pour la première fois, la Cedeao et l'Espagne, tandis que la veille, dimanche 21 juin, les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone monétaire de l'Afrique de l'Ouest (ZMAO) sous la houlette du président gambien Yaya Jammeh président en exercice s'y sont aussi concertés.
Abuja. (Envoyé spécial). Abuja, la capitale fédérale nigériane est assurément le passage obligé de l'Afrique de l'Ouest le week-end dernier et ce début de semaine. Trois sommets en un auxquels il faut rajouter une rencontre initiée par le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (Codesria), en collaboration avec la Commission « Open society initiative for west africa » (Osiwa) pour parler de « corruption, gouvernance démocratique en Afrique de l'Ouest : défis et opportunités ». La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) a en effet tenu son 36ème sommet, le lundi 22 juin dernier à Abuja. Le processus d'élargissement du tarif extérieur commun (Tec) en vue de créer un marché commun, l'impact des crises économique et financière mondiales sur la région et les mesures à prendre pour limiter leurs effets sur les économies des 15 pays membres de l'organisation régionale, la situation politique en Afrique de l'Ouest, notamment en Guinée, Guinée-Bissau et au Niger ont retenu l'attention des chefs d'Etat et de gouvernements ayant participé à la rencontre.
En marge de ce 36e sommet, celui regroupant pour la première fois la Cedeao et l'Espagne sur l'initiative de cette dernière, notamment de son chef de gouvernement, Joses-Luis Rodriguez Zapatero a-t-on appris à Abuja de sources diplomatiques. La veille dimanche 21 juin, celui des chefs d'Etat et de gouvernement de la zone monétaire de l'Afrique de l'Ouest (ZMAO) s'est également tenu sous la houlette du président gambien Yaya Jammeh président en exercice.
Conakry, Bissau et Niamey en question
La situation politique dégradée et/ou très instable qui prévaut en Guinée Conakry, en Guinée Bissau et au Niger a interpellé les onze chefs d'Etats présents à la rencontre d'Abuja. A l'ouverture de celle-ci, le président nigérian Umaru Yar'Adua, président en exercice de la Communauté, a estimé que la région faisait « face à des défis politiques et économiques importants ». Pour Mohamed Ibn Chambas, le président de la Commission, la situation régionale s'est dégradée depuis le dernier sommet. « Les perspectives économiques sont devenues moroses, caractérisées par la crise économique mondiale et l'instabilité dans certains pays », a-t-il souligné. Concernant la Guinée Conakry, les onze chefs d'Etats présents ont exprimé leur « inquiétude » en constatant le retard accusé sur le calendrier de retour à l'ordre constitutionnel. Les militaires qui ont pris le pouvoir en décembre 2008 peu après le décès du président Lansana Conté, ont cependant réitéré leur promesse d'organiser des législatives en octobre 2009 et une présidentielle en décembre 2009, ont-ils retenu. En Guinée-Bissau, où le président Joao Bernardo Vieira a été assassiné le 1er mars, une présidentielle est prévue dans moins d'une semaine, le 28 juin précisément. Cette date a été maintenue en dépit des assassinats le 5 juin dernier par des militaires du ministre de l'Administration territoriale et candidat, Baciro Dabo et de l'ex-ministre de la Défense, Helder Proença. Le sommet a réaffirmé son « engagement à lutter contre l'impunité » dans ce pays. Selon des sources présentes, pour faciliter le bon déroulement de l'élection, la Cedeao a versé trois mois d'arriérés aux forces armées de Guinée-Bissau, a indiqué M. Yar'Adua qui a appelé à une conférence des bailleurs de fonds après le scrutin.
L'autre préoccupation au haut niveau : le Niger où le président Mamadou Tandja tente de rester au pouvoir au-delà de son dernier quinquennat. Les chefs d'Etat ont exprimé leurs « vives préoccupations » face aux « risques de dérives qui pourraient découler des récents évènements autour de la constitution". Le Premier ministre nigérien Seïni Oumarou présent à la rencontre, a de son côté assuré que « toutes les parties continuent d'oeuvrer dans le respect de la légalité constitutionnelle et qu'aucune action en violation de la constitution ne sera tentée », révèlent les mêmes sources. Le président nigérien, on s'en souvient a convoqué un référendum sur une nouvelle Constitution, refusé tant par la Cour constitutionnelle que la Commission électorale nationale.
Dans son pays, le débat public contradictoire sur les vertus et la constitutionnalité du « Tazartché » a dégénéré en confrontation ouverte, lorsque, au mois de mai 2009, il avait souscrit au projet de changement de régime constitutionnel, de passage de la V° à la VI° République, par la voie du référendum. Ainsi malgré l'assurance d'un respect de la légalité républicaine par les autorités, on pense à Abuja que Tandja ruse encore et qu'il, selon des sources généralement bien informées, disposerait d'un plan « D » qu'il tentera encore de mettre en pratique pour fausser le jeu démocratique dans son pays. Pour l'heure son Premier ministre a annoncé à ses pairs de la Communauté que le calendrier et le chronogramme électoraux seront respectés au Niger. Gbazgbo, Blaise, Ellen et José Maria exposent
Le président Laurent Gbagbo a exposé lors du sommet sur le développement du secteur des transports en Afrique de l'Ouest dont la charge lui avait été confiée par ses pairs à leur dernière rencontre « burkinabé », les présidents Burkinabé, Blaise Compaoré, du Liberia, Ellen Johnson Sirleaf ainsi que le chef du gouvernement du Cap-Vert, José Maria Neves, ont énoncé aussi les thèmes spécifiques qui leur ont été confiés. La réunion a analysé, par ailleurs, l'impact de la crise économique mondiale sur l'Afrique de l'Ouest et a ensuite cherché les voies et moyens d'atténuer les effets sur les 15 Etats membres. De sources présentes à la rencontre, le sommet a évoqué, la question des accords de partenariat économique (APE) avec l'Union européenne et l'harmonisation de la TVA parmi les Etats membres de la Cedeao. Les participants ont échangé également sur le processus d'élargissement du tarif extérieur commun (TEC) en vue de la création d'un marché commun. Au sujet des Accords de partenariat économique (APE) en cours de négociation avec l'Union européenne, les dirigeants de la Cedeao ont « exhorté les négociateurs en chef à finaliser les questions encore en suspens".
A la veille de ce sommet, la capitale nigériane a accueilli le dimanche 21 juin un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de la zone monétaire de l'Afrique de l'Ouest,(ZMAO). Le chef de l'Etat gambien, président en exercice de la ZMAO, y a convoqué un sommet de ladite zone qui regroupe le Ghana, la Gambie, la Guinée, la Sierra-Leone et le Nigeria. Ce sommet s'est penché sur la feuille de route visant à la mise en circulation d'une monnaie unique pour l'Afrique de l'Ouest d'ici l'an 2020. Créée en 1975, la Cedeao s'est fixée pour but principal de promouvoir la coopération et l'intégration entre ses pays membres avec pour objectif de créer une union économique et monétaire. Elle regroupe aujourd'hui, 15 pays, le Bénin, le Burkina Faso, le Cap-Vert, la Côte d'Ivoire, le Ghana, la Gambie, la Guinée, la Guinée- Bissau, le Liberia, le Mali, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone et le Togo. La Mauritanie ayant depuis longtemps quitté cette communauté.
Me Wade épate
En marge de ce sommet de la Cedeao s'est déroulé le premier sommet Espagne-Cedeao, une première selon des sources diplomatiques présentes dans la capitale fédérale. La rencontre a vu la présence du chef du gouvernement espagnol, José-Luis Rodriguez Zapatero. L'impact de la crise économique mondiale sur les pays de l'organisation régionale figurait également à l'agenda en fin de journée avec M. Zapatero. Une rencontre qui a mis en vedette le président sénégalais, Me Abdoulaye Wade. Iconoclaste, le président sénégalais l'est s'il ne cultive pas jalousement le trait de caractère. Selon en effet des sources présentes à la réunion, il a encore une fois « épaté son monde » en s'exprimant concomitamment dans les trois langues : français, anglais et espagnol pendant son intervention. Si la salle (acquise ?) l'a applaudi « chaudement » ont ajouté les mêmes sources, les préposés à la traduction ont été eux, à la bourre, ne sachant à quel...Wade se fier, celui qui parlait français, anglais ou encore espagnol ? Toujours est-il que le chef d'Etat sénégalais est revenu longuement sur les relations avec l'Espagne en particulier et l'Europe en général, abordant au passage la question de l'immigration et détaillant pour l'assistance les efforts et politiques sénégalais à ce niveau.
Le chef du gouvernement espagnol a souligné quant à lui, l'importance d'un renforcement des relations de son pays avec les quinze Etats membres de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest. Il a fait l'annonce d'un versement par son pays de 262 millions d'euros à différents projets de la Communauté. Lors du premier sommet Cedeao-Espagne ont été abordées les questions de la bonne gouvernance, du développement, de l'energie ou encore des infrastructures. M. Zapatero a affirmé attacher « une grande importance à cette réunion qui marque un tournant historique dans nos relations ». L'Espagne s'est engagée à verser 262 millions d'euros « pour renforcer l'intérgration régionale en Afrique de l'Ouest », a annoncé un communiqué de la Cedeao à l'issue de la rencontre. Cet argent ira essentiellement à des projets agricoles, mais aussi au développement d'infrastructures et au secteur des énergies renouvelables.
Certains participants et des membres de la société civile africaine présents à Abuja s'interrogent cependant sur ce subit intérêt espagnol pour le continent et sa partie occidentale en particulier. Qu'est-ce qui fait courir l'Espagne se sont-ils inquiétés et depuis quand celle-ci est un modèle de bonne gouvernance et de démocratie pour venir en disserter avec les pays africains ?
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