L'Express de Madagascar (Antananarivo)

Madagascar: Des enfants traumatisés

Lova Rabary-Rakotondravony

24 Juin 2009


L'Unicef a sorti un rapport accablant sur l'impact de la crise politique sur les enfants. Plusieurs témoignages font état de traumatismes psychologiques. «Je rêve de ce que j'ai vuà la télé toutes les nuits. Je vois le sang et les pleurs. J'entends les cris et je vois la mort venir». Un témoignage d'enfant parmi tant d'autres que l'équipe de facilitation de l'évaluation qualitative de l'impact de l'instabilité politique sur les jeunes, ont rencontré dans leurs travaux. Les résultats de la recherche réalisée parl'Unicef etses partenaires, ont été officiellement publiés, hier.

À travers des dessins et despoèmes,dansdes discussions en groupe ou en entretien individuel, 12800 enfants et adolescents de six à dix-huit ans, habitant Antananarivo et ses environs, ont exprimé leur perception de la situation dupays.Le document intitulé La boîte de Pandore synthétise les peurs, les inquiétudes, mais aussi les rêves et les espoirs d'une jeunesse qui se trouve à la croisée des chemins.

Le bien et le mal

Témoins, victimes ou acteurs des violences, les jeunesont fortement ressenti les impacts de l'instabilité politique et de la crise socio-économique que vit le pays depuis janvier 2009. «Jeme sens très malheureuse car papa n'a plus de travail», crie l'un d'entre eux.

«Je me sens fâchée, les polémiques politiques prennent place dans les établissements scolaires», poursuitune autre. Avant d'ajouter qu'elle se sent aussitriste parce que «les Malgachesdeviennent violents et que la fraternité est détruite».

Outre le traumatisme généré par les actes de violence qu'ils ont vus à la télé ou dont ils ont été directement témoins, ou même auxquels ils ont participé, l'Unicef et le système des Nations unies craignent surtout pour le développement psychologique des jeunes.

«Les expériences négatives de la crise exposent les jeunes à des risques à long terme etconduisentà l'appréhension permanente de devenir agressifs», alerte Bruno Maes, représentant résident de l'Unicef.

Une jeunesse traumatisée

La crainte porte surtout sur «les conséquences de la crise sur la capacité des jeunes et des enfants à discerner le bien du mal». «Ceux qui ont participé aux pillages des magasins sont considérés comme des héros dans les cours des écoles, tandis que ceux qui n'ont rien eu sont perçus comme des incapables», rapporteun travailleur social ayant participé aux travaux. «Le pire, ajoute-t-il encore, c'est que ces actes, ainsi que les violences, ont été encouragéspar des adultes, commeles parents, les enseignants et les leaders communautaires».

Au-delà de l'évaluation, le rapport se veut aussi un signal d'alarme pour les décideurs politiques, les partenaires internationaux, les familles, les communautés, la société civile et les médias. «Ignorerces signaux équivaut à faire délibérément fi des épisodes tragiques de l'histoire africaine», a alerté Bruno Maes.

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