Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Filière anacarde - "Les mauvais acheteurs seront sanctionnés"

Alakagni Hala

23 Juin 2009


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Trouver des solutions aux problèmes de la filière fait certainement partie des missions d'Intercajou. C'est l'occasion de préciser ces missions. Parce qu'apparemment les producteurs ne sont pas contents de vous.

Je voudrais faire une première remarque. Intercajou est une interprofession. L'expérience interprofessionnelle en Côte d'Ivoire est jeune. Elle est très récente. Nous comprenons que parfois, par ignorance, il puisse y avoir des jugements. Nous allons vous éclairer sur la situation.

La filière anacarde a pris de l'importance à partir des années 90 au niveau économique et social. Ce sont 11 régions sur 19 qui pratiquent cette culture en Côte d'Ivoire. Nous sommes 2e producteur mondial et malheureusement le premier exportateur mondial. L'année dernière nous avons produit 330 mille tonnes. Nous représentons 48% de la production africaine et avons plus de 15% de la production mondiale. Et puisque nous ne transformons pas notre production, nous sommes le premier exportateur de noix de cajou sur le marché mondial.

L'importance du rang occupé par la Côte d'Ivoire a amené l'Etat à créer un cadre pour une bonne gestion de la filière par l'ordonnance 2002-448 du 16 septembre 2002. Ce texte prévoit la création de quatre organes qui sont en fait des structures de régulation de la filière.

Quelles sont ces structures?

Elles sont de deux catégories. Deux qui agissent pour le compte de l'Etat et deux autres qui agissent pour le compte des opérateurs de la filière. Les deux premières sont le Comité interministériel des matières première (cet organe existait déjà avant la signature de l'ordonnance) et l'Autorité de régulation du coton et de l'anacarde (Areca). Les deux autres structures sont l'Intercajou qui est l'organe interprofessionnel de la filière, et le Fonds de réserve anacarde. Intercajou a vu le jour le 12 décembre 2007. L'Areca a été mise en place en 2002. Le Fonds de réserve n'est pas encore créé.

Les missions d'Intercajou sont d'intérêt général. Nous avons des attributions administratives et commerciales. Elles consistent à rechercher des mécanismes de financement et des financements pour le compte des opérateurs de la filière. Nous avons la charge de promouvoir les produits de l'anacarde. De façon spécifique, nous avons des missions qui nous sont assignées par l'ordonnance et nos propres statuts. Nous régulons et contrôlons tout ce qui est exportation. Nous faisons, à ce titre, de la centralisation et de la coordination. Nous faisons ce qu'on appelle la prévision des récoltes qui devrait nous permettre de faire des signatures d'engagement avec les exportateurs ainsi que le suivi des stocks. Nous avons aussi pour tâche de tenir les statistiques.

En ce qui concerne le volet achat, l'Intercajou est la structure qui détermine le prix d'achat aussi bien de la noix de cajou que ceux des autres produits de l'anacarde. Nous suivons les déclarations d'achat que les exportateurs font.

Pour l'encadrement, nous sommes chargés d'organiser les trois collèges qui composent notre organisation, notamment par la recherche d'appuis en leur faveur. Ces trois collèges sont le collège des producteurs, le collège des exportateurs et le collège des transformateurs.

Nous jouons un rôle d'arbitre entre les différents acteurs de façon à trouver toujours un compromis dynamique sur les questions transversales. Et veillons à ce qu'aucun collège n'écrase un autre.

Les producteurs ont le sentiment qu'ils sont écrasés au niveau de la prise de décision. Qu'est-ce que vous en pensez?

A ce sujet, il y a des précisions à faire. Il faut savoir que les producteurs sont majoritaires au sein des organes dirigeants d'Intercajou. L'assemblée générale est composée de 25 producteurs sur 36 membres. Il y a 7 producteurs sur 12 membres du conseil d'administration.

En réalité, c'est l'activité économique qui relie les trois catégories professionnelles. A ce niveau les producteurs ont un certain nombre de faiblesses que nous reconnaissons tous. Je fus moi-même producteur. Il s'agit du mauvais niveau d'organisation qu'on observe au niveau des coopératives. Ces faiblesses résident au niveau de la gestion, du fonctionnement et des capacités techniques.

Que fait l'Intercajou pour les aider?

Nous avons en projet la mise en place d'unions de coopératives au niveau régional. Ces unions devront être perçues comme des unions d'entreprises. Cela leur permettra d'avoir une meilleure capacité de collecte de produits et une commercialisation centralisée au niveau des régions. Ainsi les producteurs pourront faire face, avec efficacité, aux autres acteurs tels que les exportateurs.

Le but recherché est de faire sortir les intermédiaires du système parce que ces derniers cherchent toujours à gagner. Ils gagnent parfois entre 15 et 25 francs par kilogramme.

L'instrument économique que nous comptons mettre en place, cette année, c'est le système des magasins généraux. Un magasin général est un espace transactionnel qui permet au producteur, tout en restant maître de ses produits, de le vendre aux plus offrants. Cela permet véritablement au producteur d'être sur le marché physique dès l'intérieur. Les magasins généraux vont résoudre le problème de l'absence de bourse dans notre filière.

Quelle place l'Intercajou accorde-t-elle à la transformation?

C'est la priorité. En 2008, nous avons produit 330 mille tonnes. Nous avons eu des flux financiers de près de 179 milliards de francs. Sur cette somme, les producteurs n'ont obtenu qu'au plus 62 milliards de francs. Si ces 330 mille tonnes avaient été transformées entièrement en Côte d'Ivoire, cela aurait permis d'engranger 271 milliards de francs. Non seulement les producteurs auraient eu ce minimum de 62 milliards de francs, mais on aurait aussi pu créer près de 90 emplois dans les différentes régions. Notre potentiel actuel de transformation par rapport aux quelques unités de transformation qui existent dans le pays, est de l'ordre de 5%. Mais dans la pratique, nous arrivons à ne transformer que 1,8% de la production nationale.

Je voudrais qu'on note bien que la transformation ne devrait pas concerner que la noix de cajou. Il y a aussi la pomme qui représente plus de 70% de la valeur du fruit. Aujourd'hui, ce sont 70% qui sont rejetés en brousse. Notre objectif est de pouvoir transformer 50% de la production nationale. C'est un impératif parce que les pays qui importent aujourd'hui sont dans une dynamique d'augmentation de leur rendement. Certains ont atteint près de deux tonnes à l'hectare. Alors que nous sommes en Côte d'Ivoire à moins d'une demi tonne à l'hectare. La menace est que s'ils arrivent à satisfaire leurs besoins, nous auront du mal à écouler notre production. Nous avons donc intérêt à passer à la transformation.

Les technologies nécessaires pour la transformation existent en Côte d'Ivoire. Il s'agira pour nous de les améliorer pour passer du manuel à l'automatique.

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