Papa Mayelad FALL
24 Juin 2009
billet
L'essence migratoire de l'industrie du textile, plus particulièrement celle de la confection de l'habillement, a toujours été liée à sa demande intensive de main-d'oeuvre. L'industrialisation du textile a vu sa naissance en Grande-Bretagne, motivée par l'invention de la machine pour le nettoyage du coton. L'amélioration précédente des machines à tisser le coton en tissu et une abondante population européenne fournissant une forte main-d'oeuvre nécessaire pour supporter le développement de l'industrie.
Plus tard la migration massive d'Européens vers le nouveau continent devient alors la cause principale de la délocalisation de l'industrie du textile vers les Usa (1910-1990). Durant les deux dernières décennies, certaines nations, principalement asiatiques, ont eu à profiter de la répétition de l'aspect nomadique de l'industrie du textile.
Une fois de plus, elle était à la recherche d'une nouvelle terre d'accueil plus adéquate ; cependant la nouvelle raison de l'exil de l'industrie des Usa vers l'Asie diffère, car cette fois-ci, elle est plutôt due à un aspect socio-économique contrairement à un paramètre démographique.
Le taux élevé des salaires aux Usa est la raison pour laquelle la société américaine est restée plus compétitive et plus orientée dans le domaine de la technologie et du service qu'à celle de la production industrielle.
Cette industrie qui, il y a juste dix ans, était massive aux Usa devient alors un fardeau pour les industriels américains du textile, mais surtout pour son gouvernement qui a eu à subventionner la production de son textile à des pays de leur choix, tant qu'ils ont pu.
Avec un intérêt de plus de 35 % de la consommation mondiale d'habillement, l'Amérique se trouve alors concernée par les héritiers de l'industrie en exode : soit principalement la Chine, l'Inde, le Pakistan, la Turquie et d'autres pays de l'Est qui n'avaient pas toutes les meilleures relations d'échange avec les Usa.
La plupart des pays bénéficiaires de la nouvelle transition avaient déjà établi l'existence d'usine de production du tissu, mais ils ont réussi finalement à intégrer verticalement ce secteur à celle de la confection industrielle de vêtements. Ce qui a donné des avantages essentiels à ces pays, comme l'exportation de produits à valeur ajoutée.
Un choix qui leur a permis de percevoir une marge de profit plus grande sur le marché international ; mais aussi une diminution considérable du taux de chômage dû à la demande intensive de main-d'oeuvre requise par l'industrie du textile.
Quant aux Usa, pour contenir leur approvisionnement de vêtements, ils ont réagi par la mise en place de programmes d'échange en vue de mieux équilibrer et diversifier leurs fournisseurs d'habillement. On assiste d'abord à la naissance de Nafta qui a favorisé leurs voisins frontaliers (Mexico et Canada) à des avantages d'exportation vers les Usa.
En 2000 la création de l'Agoa (African Growth Opportunity Act) visait sans aucun doute à initier une politique d'alliance économique, mais aussi à développer une alliance stratégique avec les pays de l'Afrique sub-saharienne qui dispose d'une situation géographique favorable pour l'exportation vers les Usa.
Ce programme de partenariat (Agoa) loin d'être parfait est certainement une opportunité considérable pour finalement intégrer l'industrie du textile africain qui est en déclin, à cause de son existence partiale.
Le but de l'Agoa serait d'ouvrir une 'pipeline' sur le marché américain aux exportateurs Africains ; mais depuis l'annulation du free quota system en 2005 l'Afrique se doit d'être plus agressive pour pénétrer le marché international et participer à l'échange mondial.
Nos gouvernements africains doivent faire de l'Agoa un programme bilatéral et opérationnel, car ses avantages ne viennent pas sous forme d'aide monétaire ; mais plutôt d'un cadre d'échange économique pour développer nos industries de production.
Presque 10 ans depuis le démarrage de l'Agoa, on constate quelques rares succès pour les pays africains sélectionnés. Nos gouvernements doivent appuyer la culture et la transformation locales du coton ; multiplier les centres de formation et les unités de production vestimentaire. Ceci est nécessaire pour soutenir les producteurs de tissu local reliant sur l'exportation incertaine de produit semi-fini (le tissu).
La majorité des producteurs de tissu en Afrique est confrontée à de nombreuses difficultés pour exporter leurs produits pour la simple raison qu'il y a moins d'acheteurs de tissu. Le manque d'acheteurs est lié à l'accumulation de l'industrie du textile partout ailleurs pour exporter du prêt-à-porter (full packaging).
La demande exigeante des acheteurs de vêtements exige que les fabricants doivent pouvoir répondre rapidement à la demande. Il est donc préférable aux producteurs de vêtements de collaborer avec un fournisseur local pour sa matière première (le tissu) enfin d'écourter les délais de production.
Alors que tout le monde pointe la Chine du doigt ; peut-être que l'Afrique devrait plutôt s'inspirer du modèle chinois et le parfaire pour le développement de la production industrielle. Le taux de la monnaie chinoise est certes resté bas (certains estiment même qu'elle est dépréciée de 40 % de ce que devrait être sa valeur réelle), mais d'autres forces politiques émergeantes supportent le textile en Chine.
La moitié de cette industrie appartient ou est subventionnée par l'Etat chinois ; leur gouvernement accorde des bonifications d'intérêt aux exportateurs de 50 % sur les prêts concernant ce secteur en particulier. Les banquiers chinois par subvention du gouvernement attribuent des prêts pour la construction constante d'usine de textile.
La Chine a investi plus de 30 milliards de dollars en 2003 sur le textile pour dominer le marché mondial après la dérégulation des tarifs en 2005. Ceci est une motivation pour l'Afrique d'investir davantage dans le textile et rester ferme à notre volonté de bâtir une usine de textile par jour plutôt que d'accepter la fermeture d'une usine par jour.
L'engagement doit être pris par nos gouvernements à appuyer les opérateurs économiques du textile et de la mode à faire valoir le label 'Made in Africa' sur le marché international ; la volonté des opérateurs s'arrête là ou commence le pouvoir de nos Etats.
L'incertitude que ressentent les acheteurs américains vis-à-vis du fournisseur africain peut être renversée si nos gouvernements font pression pour une nouvelle régulation du libre tarif, mais surtout forcent la Chine à réduire ses pratiques irrégulières de production et renforcent notre capacité de production locale.
Les pays africains ont besoin de réaliser leur 'pouvoir volontaire de restriction' à savoir que nous avons une meilleure chance de sensibiliser la Chine que le gouvernement américain ; sans doute pour des raisons géopolitiques.
Les gouvernements africains se doivent de faciliter les échanges entre les investisseurs, la bureaucratie locale, mais surtout avec les institutions financières pour établir des bonifications sur les taux d'emprunt pour la production.
Une formation adéquate est vitale pour préparer les banquiers africains à s'adapter aux nouveaux défis de l'échange mondial ; quand le prêt ne peut pas aboutir localement, alors les banquiers devraient être en mesure de mettre en synergie les opérateurs industriels à percevoir l'accès aux capitaux internationaux.
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